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​Génération Z : reine des réseaux, angle mort des listes électorales


Rédigé par le Jeudi 2 Avril 2026



À moins de six mois des élections législatives prévues le 23 septembre 2026, le Maroc se retrouve face à un paradoxe politique de plus en plus visible.

D’un côté, une génération Z omniprésente dans l’espace numérique, ultra-connectée, expressive, rapide, inventive. De l’autre, une jeunesse qui demeure faiblement visible dans la mécanique électorale, au point de donner l’impression d’exister davantage dans les algorithmes que dans les listes électorales. Le sujet dépasse de loin la simple question de la participation. Il touche au lien même entre jeunesse, représentation et crédibilité du politique.

Les chiffres sur les usages numériques sont sans appel. L’ANRT montre que la fréquentation des réseaux sociaux tend désormais vers la généralisation parmi les internautes marocains, avec des niveaux qui frôlent les 100 % chez les plus jeunes. Pour les 15-24 ans, les réseaux ne sont plus un divertissement annexe : ils sont un espace de vie, de socialisation, d’information, d’identification et parfois même de projection professionnelle. DataReportal relève de son côté qu’au Maroc, on comptait début 2025 environ 21,3 millions d’identités d’utilisateurs sur Facebook, 13,1 millions sur Instagram, 14,6 millions sur TikTok et 21,1 millions sur YouTube. La jeunesse marocaine est donc bel et bien là, massivement présente, captée, mesurée, suivie, monétisée.

Mais cette visibilité numérique ne produit pas automatiquement une présence politique. C’est même tout l’inverse qui semble se dessiner. L’enquête L’Economiste-Sunergia publiée en janvier 2026 montre que 24 % des Marocains disent ne pas vouloir voter aux prochaines législatives, avec une abstention potentielle davantage marquée chez les 18-34 ans. Plus révélateur encore, parmi ceux qui disent ne pas vouloir voter, 53 % invoquent le manque de confiance dans les partis politiques, tandis que 10 % expliquent ne pas être inscrits. Cette donnée est politiquement lourde : le problème n’est pas seulement l’indifférence, mais une combinaison de défiance et de décrochage administratif.

Il serait trop facile d’en conclure que la génération Z est paresseuse civiquement, frivole ou absorbée par les écrans. Ce serait une lecture de confort pour un système politique qui peine à se remettre en question. En réalité, cette jeunesse n’est pas absente du débat public ; elle a simplement déplacé le débat public hors des formes classiques.

Elle s’exprime dans les commentaires, les formats courts, les vidéos, les codes viraux, les micro-communautés, les controverses en ligne.
Elle réagit vite, repère les contradictions, démonte les postures, compare les discours et ne s’encombre plus du respect automatique autrefois accordé aux structures partisanes.


Ce n’est pas une génération sans conscience politique. C’est une génération qui ne reconnaît plus spontanément la politique là où les institutions pensent encore la loger. Cette lecture est cohérente avec les résultats d’Afrobarometer, selon lesquels une forte part des non-inscrits ou non-votants invoque le désintérêt, le manque de temps ou la faible attractivité du processus électoral.

Le fond du problème est là : la génération Z marocaine a grandi dans un univers d’instantanéité, de comparaison permanente et de défiance envers les récits officiels. En face, elle trouve souvent une offre politique lente, verticale, rhétorique, parfois usée avant même d’être entendue.

Entre des jeunes qui consomment l’information en flux et des partis qui continuent à parler comme si la confiance allait de soi, le malentendu devient structurel. Les formations politiques croient encore qu’être visible en campagne suffit. Or la jeunesse ne demande pas seulement de la présence ; elle demande de la preuve, du sens, de la cohérence et, surtout, une utilité concrète.

Il faut ajouter à cela une donnée sociale décisive. Le rapport au vote n’est jamais séparé du rapport à l’avenir. Or au Maroc, les jeunes demeurent confrontés à des fragilités persistantes sur l’emploi, la formation et l’insertion.

Quand l’horizon économique est brouillé, la promesse électorale perd mécaniquement de sa force. Le problème de la sous-inscription des jeunes n’est donc pas seulement technique. Il est aussi existentiel : pourquoi entrer dans un jeu institutionnel quand on a le sentiment que les dés sont déjà pipés, ou que le résultat changera peu sa trajectoire réelle ? C’est ici que le numérique devient un refuge ambigu : il donne une scène, mais pas nécessairement un pouvoir.

Le plus inquiétant, politiquement, n’est pas que les jeunes désertent les partis. C’est que les partis semblent parfois accepter cette désertion comme un dommage collatéral. Pourtant, une démocratie qui perd sa jeunesse dans la phase d’inscription avant même le vote envoie un signal clair : elle ne réussit plus à fabriquer du consentement civique durable. Le jour où la génération la plus connectée du pays cesse de croire à l’utilité du bulletin, le risque n’est pas seulement une abstention élevée. Le risque est un basculement plus profond vers une citoyenneté intermittente, émotionnelle, discontinue, mobilisable sur un scandale mais peu investie dans la durée institutionnelle.

À l’approche du scrutin du 23 septembre, la question centrale n’est donc pas de savoir si la génération Z aime ou non la politique. Elle est de savoir si la politique marocaine, telle qu’elle fonctionne aujourd’hui, mérite encore d’être jugée crédible par cette génération. Car au fond, la jeunesse marocaine ne manque ni de voix, ni d’outils, ni d’énergie. Ce qui lui manque, de plus en plus, c’est la conviction que l’inscription, puis le vote, ouvrent réellement un chemin. Et c’est peut-être cela, la vraie crise : une génération surinformée, surexposée, surconnectée, mais encore sous-convaincue par la démocratie électorale telle qu’on la lui présente.





Jeudi 2 Avril 2026

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