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​Maroc : la croissance revient, mais l’emploi reste introuvable


Rédigé par le Dimanche 3 Mai 2026

Le Maroc n’a donc pas un problème d’ambition. Il a un problème de traduction. Traduire l’investissement en productivité. Traduire la croissance en emplois. Traduire les grands chantiers en opportunités concrètes.



La question est simple, presque brutale : où sont les emplois ?

Le Maroc affiche des signaux macroéconomiques encourageants, les investissements publics et privés repartent, les grands chantiers s’accélèrent, les perspectives liées à la Coupe du monde 2030 nourrissent l’optimisme. Et pourtant, dans les foyers, dans les quartiers, dans les petites villes, dans les campagnes comme chez les jeunes diplômés, une impression persiste : la croissance revient, mais l’emploi ne suit pas.

C’est tout le paradoxe soulevé par le rapport de la Banque mondiale Scaling the Atlas: Growth and Jobs for a Prosperous Morocco, publié en avril 2026. Le document reconnaît les acquis marocains : stabilité macroéconomique, infrastructures modernisées, montée en gamme industrielle, intégration progressive dans les chaînes de valeur mondiales. Mais il pointe aussi une faiblesse centrale : depuis plus de deux décennies, l’économie marocaine ne crée pas assez d’emplois pour absorber sa population active potentielle.

Le problème n’est donc pas seulement la croissance. Il est dans sa nature. Le modèle marocain a longtemps reposé sur l’investissement, notamment public, les infrastructures, les grands projets, les équipements, les zones industrielles, les ports, les routes, les plateformes logistiques. Cette stratégie a transformé le pays. Mais elle n’a pas produit suffisamment d’emplois directs, durables et correctement rémunérés.

Autrement dit, le Maroc a beaucoup construit. Mais il n’a pas encore assez embauché.

Le rapport insiste sur un point décisif : l’accumulation de capital a été le principal moteur de la croissance, tandis que les gains de productivité sont restés limités. C’est là que le bât blesse. Une économie peut investir beaucoup sans devenir beaucoup plus productive. Elle peut inaugurer des projets sans créer un tissu suffisant de PME dynamiques. Elle peut afficher des taux de croissance honorables tout en laissant une partie de sa jeunesse au bord de la route.

Ce décalage se voit dans la réalité sociale. Les jeunes diplômés cherchent des emplois à la hauteur de leur formation. Les femmes restent massivement sous-représentées dans le marché du travail. Les travailleurs ruraux, frappés par les sécheresses successives, quittent l’agriculture sans toujours trouver une vraie insertion urbaine. Quant à l’informel, il absorbe encore une grande partie de la main-d’œuvre, mais sans protection, sans stabilité, sans trajectoire claire.

La croissance marocaine devient ainsi une croissance à faible intensité d’emploi. Elle produit du PIB, mais pas assez de postes visibles. Elle améliore certains indicateurs, mais pas toujours les fins de mois. Elle rassure les tableaux macroéconomiques, mais elle ne calme pas l’inquiétude des ménages.

La question centrale devient alors : quel emploi voulons-nous créer ? Des petits boulots précaires ? Des emplois publics devenus impossibles à généraliser ? Des postes industriels limités à quelques bassins ? Des services faiblement productifs ? Ou bien des emplois formels, qualifiés, mieux rémunérés, portés par des entreprises capables de grandir ?

Le défi marocain n’est pas seulement de créer plus d’emplois. Il est de créer de meilleurs emplois, dans une économie où les entreprises productives peuvent croître, accéder au financement, recruter, exporter, innover et payer correctement leurs salariés.

Le rapport de la Banque mondiale ne dit pas que rien n’est possible. Au contraire, il affirme qu’un paquet cohérent de réformes pourrait générer des gains importants d’ici 2035. Mais il envoie un avertissement clair : sans transformation profonde du tissu productif, sans concurrence réelle, sans PME qui grandissent, sans inclusion des femmes et des jeunes, la croissance risque de continuer à passer au-dessus du marché du travail.

Le Maroc n’a donc pas un problème d’ambition. Il a un problème de traduction. Traduire l’investissement en productivité. Traduire la croissance en emplois. Traduire les grands chantiers en opportunités concrètes.

Car au fond, c’est cela que les citoyens attendent. Pas seulement des chiffres. Pas seulement des annonces. Pas seulement des perspectives. Mais une réponse tangible à cette question devenue centrale : emploi, quel emploi ? Pour l’instant, beaucoup ne voient toujours rien venir.





Dimanche 3 Mai 2026

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