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​Réussir tôt ou échouer durablement : le piège de la sélection précoce


Rédigé par le Mardi 24 Février 2026



Réussir tôt ou échouer durablement : le piège de la sélection précoce

Au Maroc, la réussite scolaire se joue de plus en plus tôt. Dès le collège, parfois même avant, les trajectoires commencent à se figer. Filières “d’excellence”, parcours “ordinaires”, orientations par défaut : l’école organise une sélection précoce qui, sous couvert de rationalité et d’efficacité, enferme de nombreux élèves dans des chemins difficilement réversibles. Le message implicite est clair : réussir tôt, ou porter longtemps le poids de l’échec.

Cette logique repose sur une idée profondément ancrée : il faudrait identifier rapidement les “meilleurs” pour optimiser les ressources et préparer l’élite de demain. Dans la pratique, cette sélection s’appuie principalement sur les notes, les classements et la capacité à s’adapter très tôt aux exigences scolaires. Or, à ces âges-là, les trajectoires cognitives, émotionnelles et sociales sont loin d’être stabilisées. L’école demande à des adolescents en construction de se comporter comme des adultes déjà fixés.

Le premier effet de cette sélection est la cristallisation des destins scolaires. Un élève orienté trop tôt vers une filière jugée faible aura plus de difficultés à rebondir, même s’il progresse par la suite. Les passerelles existent sur le papier, mais restent limitées dans la réalité. À l’inverse, ceux qui réussissent tôt bénéficient d’un capital scolaire qui s’auto-renforce : meilleures classes, meilleurs enseignants, meilleures opportunités.

Cette dynamique accentue les inégalités sociales. Les élèves issus de milieux favorisés disposent d’un environnement plus propice pour “réussir tôt” : soutien scolaire, encadrement parental, maîtrise des codes scolaires. Les autres, confrontés à des contraintes économiques ou culturelles, paient plus lourdement les erreurs initiales. La sélection précoce fonctionne alors comme un amplificateur d’inégalités, bien plus que comme un révélateur de talents.

Sur le plan psychologique, les conséquences sont profondes. Être orienté vers une filière perçue comme inférieure affecte durablement l’estime de soi. L’élève intériorise un sentiment d’échec, parfois injustifié, qui pèse sur sa motivation et son rapport à l’école. À l’inverse, la réussite précoce peut générer une pression excessive : peur de décevoir, crainte de perdre son statut, difficulté à accepter l’erreur.

Cette logique binaire — réussir tôt ou être disqualifié — laisse peu de place aux trajectoires lentes, aux progressions différées, aux révélations tardives. Or, l’histoire scolaire et professionnelle montre que de nombreux parcours de réussite se construisent sur le temps long. En valorisant exclusivement la performance immédiate, l’école se prive de potentiels qui n’entrent pas dans ses critères précoces.

Les enseignants eux-mêmes expriment souvent un malaise face à cette sélection. Beaucoup savent que certains élèves “éclosent” plus tard, que les rythmes d’apprentissage varient. Mais les contraintes institutionnelles, les seuils d’orientation et les attentes sociales limitent leur marge d’action. L’école devient alors un système de tri, plus qu’un espace de maturation.

La sélection précoce pose également un problème collectif. Une société qui écarte trop tôt une partie de sa jeunesse se prive de ressources humaines précieuses. Elle nourrit frustration, ressentiment et sentiment d’injustice. À long terme, ces effets fragilisent la cohésion sociale et alimentent la défiance envers les institutions.

Repenser la sélection ne signifie pas nier l’exigence ou renoncer à l’excellence. Il s’agit plutôt de déplacer le curseur : donner plus de temps aux élèves pour se construire, multiplier les passerelles réelles, valoriser les progrès plutôt que les seuls résultats initiaux. Cela suppose aussi de reconnaître que l’échec temporaire n’est pas une condamnation définitive.

Le débat mérite d’être posé sans caricature. La question n’est pas de savoir s’il faut sélectionner, mais quand et comment. Une sélection trop précoce rigidifie les parcours et fige les inégalités. Une sélection plus tardive, mieux accompagnée, pourrait au contraire révéler des talents aujourd’hui invisibles.

Tant que la réussite sera définie par la précocité, l’école marocaine continuera à produire des gagnants pressés et des perdants durables. Sortir de ce piège implique un changement de regard : accepter que l’éducation soit un processus, non une course de vitesse.





Mardi 24 Février 2026

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