PoÚme, version mise en musique, à écouter de Adnane Benchakroun
Pour ceux qui aiment encore lire : PoĂšme de Adnane Benchakroun
les matins ont perdu leur innocence,
on croyait vivre une parenthĂšse,
câĂ©tait le dĂ©but dâune longue absence.
Les villes ont fermĂ© leurs fenĂȘtres,
les avions sont restés au sol,
et dans les yeux de la planĂšte,
la peur a pris la parole.
On a compté les jours, les cas, les absents,
les mains quâon ne pouvait plus serrer,
on a caché nos sourires derriÚre le blanc,
en apprenant à se méfier.
Le monde entier parlait de distance,
de gestes barriĂšres et dâisolement,
mais derriĂšre les murs du silence,
câest lâĂąme qui tremblait doucement.
Puis la guerre est revenue frapper lâEurope,
avec ses chars, ses nuits, ses frontiĂšres,
elle a réveillé de vieux fantÎmes,
quâon croyait enterrĂ©s sous la pierre.
Des familles ont fui sous les sirĂšnes,
des villes ont perdu leur nom,
et chaque image sur nos antennes
a creusĂ© le mĂȘme frisson.
Puis les prix sont montés sans bruit,
dans les paniers, les pleins, les loyers,
le pain semblait peser plus lourd,
mĂȘme quand il restait le mĂȘme objet.
Le salaire courait derriĂšre le mois,
la vie devenait calcul mental,
et dans chaque ticket de caisse froid,
on lisait une fatigue sociale.
Loin des maisons, les puissants se défient,
les mots deviennent missiles parfois,
entre Washington, Téhéran, la nuit,
le monde retient encore sa voix.
On parle de frappes, de ripostes,
de lignes rouges et de raisons dâĂtat,
mais ce sont toujours les peuples qui portent
le poids des dĂ©cisions dâen haut.
Au dĂ©troit dâOrmuz, la mer se crispe,
le pétrole devient peur liquide,
un navire passe, le monde sâinquiĂšte,
et les marchés changent de visage.
Une route étroite tient nos hivers,
nos moteurs, nos usines, nos prix,
quelques vagues dans cette lumiĂšre
et tout vacille jusquâici.
La terre se fend sous nos pas,
les champs regardent le ciel sans réponse,
les puits parlent plus bas quâautrefois,
et lâeau devient une annonce.
Les saisons ne tiennent plus parole,
lâĂ©tĂ© avance sans demander pardon,
et dans les campagnes quâon dĂ©sole,
le futur prend un goût de charbon.
Le climat nâest plus une thĂ©orie,
câest la chaleur sur les visages,
les incendies dans les nuits,
les tempĂȘtes dans les paysages.
On a trop longtemps négocié
avec la fumée, le vent, la mer,
maintenant la planĂšte vient frapper
Ă la porte de nos priĂšres.
Les enfants grandissent dans lâĂ©cran,
sous les jugements et les lumiĂšres,
ils apprennent Ă sourire souvent
avant mĂȘme de savoir se taire.
On leur vend des vies idéales,
des corps parfaits, des rĂȘves en boucle,
et leur enfance devient fragile
dans le miroir froid dâune foule.
Puis les machines ont appris nos mots,
nos images, nos voix, nos gestes,
elles écrivent plus vite que nos cerveaux,
et nos certitudes nous détestent.
Lâavenir frappe Ă nos mĂ©tiers,
sans frapper toujours Ă la porte,
alors chacun se met Ă douter
de ce que sa valeur transporte.
Le travail nâest plus seulement travail,
câest une course contre lâinstant,
un CV qui tremble, une bataille,
un métier qui change en avançant.
On parle dâagilitĂ©, de transition,
de compétences à réinventer,
mais derriĂšre les belles expressions,
il y a des vies Ă rassurer.
Et quand revient un nom de virus,
mĂȘme lointain, mĂȘme contenu,
nos mémoires se couvrent de blessures,
comme si le passé revenait nu.
Cas, isolement, transmission,
ces mots suffisent à réveiller
la grande fatigue des nations
qui nâont jamais vraiment respirĂ©.












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âLâhumanitĂ© est fatiguĂ©e, elle demande une pause










