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6400 médecins marocains et des toubibs étrangers : Entre réalité et desiderata


6400 médecins marocains de plus à l’horizon 2022-2023, c’est l’objectif envisagé par l’Etat en marge du nouveau modèle de développement. Sans oublier les médecins étrangers qui n’y verront que plus clair, une fois sur place, sachant qu’on a beau malmené depuis quelques années l’honneur et la bonne volonté de nos médecins. La marée humaine ou la marche des blouses blanches, révélatrice de la problématique du secteur, n’a pas encore réveillé nos gouvernements.



6400_medecins_marocains_et_des_toubibs_etrangers_entre_realite_et_desiderata.mp3 A lire ou à écouter en podcast :  (4.41 Mo)

La problématique du secteur est beaucoup plus profonde que de souhaits et de visions. En perspective, tout un tas d’infrastructures, d’approches et de stratégies pérennes engagées et ciblées sont nécessaires avant d’envisager des améliorations.

Dans ce volet, il est tout d’abord impératif de mettre en exergue que nos bacheliers, quoiqu’ils postulent pour le concours de médecine faute à d’autres alternatives, ne choisissent cette carte qu’en dernier lieu. Pour la plupart, ces étudiants ne font pas médecine par choix mais elle leur est imposée quand ils réussissent à ce seul concours, à défaut d’aller à une autre université où ils vont galérer encore plus.

Les études médicales ont perdu la cote depuis que l’un des anciens ministres de la santé, pourtant médecin, a malmené cette noble doctrine et engouffré son dossier jusqu’à ne plus pouvoir en émerger. Aussi, cette génération « cocotte minute » n’est pas faite pour des études qui durent 8 ans au Maroc (et non 7 ans). Elle préfère des cursus moins longs et plus avantageux sachant que le médecin ne peut assurer son avenir qu’au-delà de la trentaine, et encore.

Au Maroc, après obtention du diplôme, il n’y aucune perspective en vue. Peine perdue pour travailler  avec l’Etat, vu les inconvénients, les conditions et le système LMD non encore envisagé, et pour ouvrir son cabinet, les moyens sont limités. Aussi, la spécialité est encore hors portée puisque le nombre de places donné est en deçà du nombre de candidats.   

Parmi les entraves aux études médicales, outre le côté matériel, à savoir, la bourse et les indemnités des gardes, il y a tout un lot de problématiques auxquels ces lauréats, qui entament la vie pratique dès la deuxième année universitaire, font face. 8 ans d’études pour un salaire de Bac +5, alors que des doctorants d’autres universités sont mieux payés et plus reconnus.
 
Dès la 5è année, année du concours d’internat, commence la galère des étudiants, vu le nombre de postes d'internes pourvu  par le ministère de la santé, très bas au vu du nombre de postulants, comme si les habitants étaient, assuré médicalement parlant, comme dicté par l’OMS. Rien à dire.

Quant au concours de spécialité, bien qu’on ait augmenté le nombre de postes, ce n’est pas suffisant. Il y a aussi un problème de structuration des examens. L’étudiant  apprend 365 cours et doit les réciter comme du Coran, de A à Z, de l’introduction à la conclusion, le jour du concours. Alors que dans des pays développés, ce sont des QCM et des cas cliniques, où ils testent les vraies connaissances médicales et non la capacité à apprendre bêtement.
 
Le système LMD (Licence-Master-Doctorat) est encore un dossier ou équivalence qui stagne. En 2012, lors d’un entretien avec un doyen, c’était une question mise sur la table des discussions. 9 ans après, on est toujours au point zéro.

Quel est l’avenir des étudiants qui décrochent après 4 ou 5 ans d’études de médecine pour des raisons de santé ou autres ? Il n’y a qu’à faire un micro-trottoir auprès des vendeurs de légumes, de représentants médicaux, d’opérateurs en pharmacie ou de vendeurs de café ambulant  pour avoir une idée sur la réalité et le vécu des étudiants.
 
Relever toutes ces problématiques et entraves est une manière de rappeler aux décideurs qu’il ne suffit pas d’entamer réunions sur réunions pour décider des choses, le blabla et les décisions à la va-vite ne présagent rien de bon, il y a toujours anguille sous roche.

Il faut du concret, des structures de base pour permettre aux médecins de servir dans toutes les régions et patelins du pays, avec une chambre au sein de l’établissement de santé pour leur sécurité et tranquillité d’esprit, et ne pas leur dire d’aller travailler, au risque de se faire agresser ou violer, sur des chemins belliqueux, surtout pour la gent féminine. Mais aussi leur donner les moyens nécessaires pour cela, afin d’évoluer et d’apprendre et non  leur donner l’occasion juste de faire la piqure et des soins dignes de secouriste des colonies de vacances.
A bon entendant !
 






Journaliste professionnelle. 30 ans d'expérience à L'Opinion. Actuellement journaliste à Radio Web... En savoir plus sur cet auteur
Mercredi 2 Juin 2021

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