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A bâtons rompus sur le Bachelor, avec M. Badr Eddine KARTAH, membre du Conseil de l’UM5


Un projet ambitieux qui nécessite la mobilisation de grands moyens logistiques et humains

En marge du lancement, pour la rentrée universitaire, du Bachelor, ce nouveau système de 4 ans remplaçant la Licence de 3 ans, on a contacté un jeune Professeur universitaire à la faculté des Sciences de Rabat, M. Badr Eddine KARTAH, également membre du Conseil de l'université Mohammed V, pour apporter plus détails sur ce cursus. Sachant qu’on a ressenti une certaine appréhension chez certains nouveaux bacheliers et même auprès des parents, faute peut-être à une méconnaissance du système.



Entretien avec M. Badr Eddine KARTAH, Professeur universitaire à la faculté des Sciences de Rabat

L’odj : Tout d’abord, qu’est ce qui a poussé à décider du Bachelor de 4 ans au lieu de la Licence de 3 ans ?  

M. Badr Eddine KARTAH : L’analyse de la mise en œuvre de la réforme LMD, décrié par plusieurs institutions nationales et internationale après 17 ans d’application, permet de conclure que cette réforme a eu certes des acquis, dans la mesure où elle a contribué à introduire une architecture pédagogique, une nouvelle organisation et un renouvellement des filières de formation ainsi qu’un nouveau mode d’évaluation des étudiants. Toutefois, cette réforme s’est vite essoufflée devant les difficultés de mise en œuvre et la non application des mécanismes les plus importants de la réforme, tels que les crédits, la modulation des cours et la capitalisation des acquis par l’étudiant, l’évaluation continue et l’innovation en matière de l’ingénierie pédagogique.

Nous avons enregistré une lente progression de la capacité d’accueil des établissements, la stagnation des effectifs de l’encadrement pédagogique et administratif ainsi que l’insuffisance des ressources financières accordées aux diverses entités de l’enseignement supérieur, notamment les filières à accès ouvert qui accueillent près de 90% des étudiants inscrits dans ce cycle.
Par ailleurs, ce cycle éducatif est miné aussi par le faible rendement, interne et externe. Ce qui a entrainé un ralentissement de la mobilisation autour de la réforme. Ceci incite à interroger les moyens mis en œuvre pour sa réussite et les contraintes qui entravent tout effort d’aboutissement et de consolidation de la réforme pédagogique.

Il faut savoir que dans le système de Licence existant, 47,2% des étudiants abandonnent leurs études sans aucun diplôme et seuls 13,3% arrivent à décrocher leur Licence en 3 ans et se trouvent exposés à un taux de chômage de 18,9%. Actuellement, un étudiant met en moyenne 4,5 à 5 ans pour obtenir sa Licence.

En plus de ces insuffisances, il y a une fracture linguistique entre l’enseignement secondaire et l’enseignement primaire, une faiblesse des acquis disciplinaires et une absence d’un système d'orientation efficient. A cela s’ajoute l’inexistence de formations en soft-skills et une implication insuffisante des partenaires socio-économiques. Ce qui engendre des profils de faible qualité sur le marché de l’emploi et des formations inadaptées à ses besoins.


L’odj : Autrement dit, le Bachelor est une valeur ajoutée pour les étudiants universitaires

M. B.K : Effectivement, avec le Bachelor, l’étudiant disposera de 4 années pour effectuer son cursus et il verra en plus sa formation renforcée par des modules de langues étrangères, de soft skills, et de NTIC (Nouvelles Technologies d’Information et de Communication) pour faciliter son insertion professionnelle.

Ce nouveau système d’enseignement supérieur optimise de professionnaliser en quelque sorte les lauréats de l’enseignement, de telle façon qu’il puisse pallier le déficit de l’inadéquation entre les profils, la formation et le marché d’emploi. Il vient également combler l’écart observé au niveau de l’efficacité du système LMD (Licence-Master-Doctorat).

L’odj : Pour les étudiants, ce passage va leur faire perdre une année, qu’en dites-vous ?

M. B.K : En réalité, il ne s'agit pas d'ajouter une année au cursus de licence, mais plutôt d'adopter un système de crédits.
Le crédit d’évaluation du système Bachelor est l’UV ou crédits de capitalisation. Chaque année comporte 60 crédits de capitalisation, soit un total de 240 crédits de capitalisation au bout des quatre années du Bachelor. Ce système de crédits de capitalisation permet davantage de flexibilité à l’étudiant pour valider ses matières. Il est organisé en quatre ans, toutefois l’étudiant peut obtenir ses 240 UV avant, s’il y arrive, et pourra ainsi décrocher son Bachelor avant la fin du circuit. La validation d’une UV est soumise à l’obtention d’une note supérieure à 10/20. Elle peut être repassée autant de fois jusqu’à ce que l’étudiant la valide.

Si l’on veut résumer l’apport du Bachelor en trois points. Tout d’abord, il permet plus de liberté dans le choix des modules, des langues étrangères, des certifications, des projets sociaux mais aussi dans l’organisation du travail (enseignement hybride, sessions d’été, sessions exceptionnelles...)...En deuxième lieu, en matière d’orientation, l’étudiant s’inscrit dans la filière où il a le plus de chance de réussir. Enfin, il pousse vers plus de professionnalisation grâce aux soft skills et offre aussi plus de mobilité puisque le Bachelor est le diplôme le plus délivré dans le monde.


L’odj : Quelle est la place des soft skills dans le nouveau Bachelor et quels sont leurs intérêts ?

M. B.K : Pour partir à la conquête du marché du travail, un étudiant doit disposer de deux types de compétences : les compétences techniques (hard skills), directement liées à son champ disciplinaire d’études, et les compétences émotionnelles qui sont les soft skills. En raison des mutations rapides du monde du travail, les recruteurs ont tendance à accorder aujourd’hui plus d’importance aux soft skills qu’aux hard skills des candidats à l’emploi.

Ces skills visent à donner à l’étudiant des outils pour apprendre à résoudre des problèmes complexes et à développer son sens critique, en plus de la créativité, du sens de l’initiative, du leadership, du développement de l’intelligence émotionnelle, de la capacité d’arbitrage et de prise de décision…

Chacune des 4 années du Bachelor comprendra deux modules de soft skills :
• Study skills (1ère année): Accompagnement transition secondaire-supérieur, méthodes de travail universitaire, gestion du temps et planification...
• Life skills (2ème année): Connaissance de soi, compétences émotionnelles, leadership, esprit critique, travail en équipe...
• Civic skills (3ème année): Développement de l’esprit de citoyenneté, sens de la solidarité, engagement communautaire, connaissance du développement humain au Maroc...
• Professional skills (4ème année): Bilan de projet professionnel, préparation à la candidature à l’emploi, entrepreneuriat, connaissance du marché du travail...


L’odj : Outre les soft skills, les langues prennent une importance capitale dans cette architecture pédagogique... Y-aura-t-il des certifications ou « diplômations » ?

M. B.K : Effectivement, les langues étrangères ont une place essentielle et particulière dans le nouveau système, elles sont incontestablement un outil indispensable à l’employabilité et à la mobilité internationale des étudiants, Elles sont mises au même pied d’égalité que les matières fondamentales à raison de 6 UV.

Des tests de langues seront dispensés à l’entrée universitaire pour fixer le niveau des étudiants. Chaque étudiant sera orienté selon son niveau en langues. Un étudiant qui maîtrise le français et réussit avec brio le test d’entrée sera dispensé de cette langue, mais sera orienté vers l’anglais ou l’espagnol.

Les langues ne sont plus des matières complémentaires, mais essentielles. La formation en langues sera sanctionnée par des certificats reconnus comme le TOIC en anglais par exemple. L’obtention du niveau B2 (ou équivalent) dans les différentes langues devient une condition sine qua none pour l’obtention du Bachelor. Un étudiant qui n’atteint pas le niveau souhaité en langues n’obtiendra pas son diplôme universitaire.


L’odj : C’est pour quand le lancement du Bachelor ?

M. B.K : La réforme du Bachelor démarrera progressivement à partir de la prochaine rentrée dans l’ensemble des 12 universités marocaines qui ont opté pour quelques filières uniquement, dans la perspective de sa généralisation en 2022-2023. Sachant que le Bachelor devait être lancé dès cette année 2020-2021, mais il a été retardé à la rentrée universitaire de 2021 en raison du contexte marqué par l’état d’urgence sanitaire. Cette crise sanitaire n’a pas permis d’atteindre cet objectif.


L’odj : Y-a-t-il eu des séances de sensibilisation au niveau de l'université au profit des étudiants mais aussi des parents ?

M. B.K : Le Ministère et les universités ont organisé des journées d’information et de sensibilisation ainsi que des rencontres sur la mise en œuvre du système du Bachelor, au profit des inspecteurs et conseillers de l’orientation éducative de l’Académie et de tous les intervenants concernés par le Bachelor, aussi bien que pour les étudiants de la 2è année du cycle du Baccalauréat.

Toutes ces rencontres s’inscrivent dans le cadre des efforts pour une grande mobilisation autour de ce chantier stratégique, à travers une approche participative, associant les différents acteurs du système d’éducation et de formation.

Elles visent aussi à échanger les visions, à consolider les expériences réussies sur les projets du Bachelor et à harmoniser les visions et les actions des inspecteurs et des conseillers de l’orientation administratives de l’AREF, et ce, afin de promouvoir et de pérenniser la qualité de l’enseignement et sa compétitivité.

L’odj : Ce Bachelor permet-il une mobilité à l’international pour les étudiants qui partent faire des masters à l'étranger ? Renforcera-t-il le positionnement de nos universités et de nos étudiants ?

M. B.K : Les objectifs de ce nouveau système sont multiples. En plus d’améliorer le rendement de l’université en augmentant le taux de « diplomation », il va booster  l’employabilité des étudiants en mettant l’accent sur les langues étrangères, le savoir-être, les soft skills, les life skills, les civic et professionnal skills.

La culture générale devient également une composante essentielle dans la formation. Ces atouts ouvriront sûrement l’université marocaine sur l’international, le Bachelor étant le système le plus répandu dans le monde. Ce qui facilitera également la mobilité des étudiants marocains à l’international, rendra les universités marocaines plus attractives pour les étudiants étrangers et mettra en adéquation l'enseignement supérieur marocain avec les universités du monde.





Journaliste professionnelle. 30 ans d'expérience à L'Opinion. Actuellement journaliste à Radio Web... En savoir plus sur cet auteur
Mardi 3 Août 2021

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