Betis, Ceuta et football : la responsabilité des clubs doit aussi être interrogée
Abdessamad Ezzalzouli a porté, avec ses coéquipiers du Real Betis et les joueurs de Villarreal, un tee-shirt proclamant « Todos somos Caballas », en référence aux habitants de Ceuta. Au Maroc, l’image a immédiatement dépassé le football. Le joueur pouvait-il refuser ? Sans doute. Faut-il pour autant transformer une erreur d’appréciation en procès en patriotisme ? Ce serait aller beaucoup trop vite.
Un international marocain ne portera jamais tout à fait un tee-shirt comme les autres
Sur une pelouse espagnole, quelques minutes avant le coup d’envoi, le geste pouvait paraître routinier : les joueurs de Villarreal et du Real Betis revêtent le même tee-shirt, dans le cadre d’une opération présentée par les clubs comme un soutien aux habitants de Ceuta après la crise migratoire de l’été. Le slogan : « Todos somos Caballas ». Villarreal assume publiquement cette lecture de solidarité.
Mais Abdessamad Ezzalzouli n’est pas n’importe quel salarié du football professionnel.
Né au Maroc, international marocain, joueur des Lions de l’Atlas et ancien capitaine de la sélection olympique, il porte avec lui une représentation qui dépasse son contrat de travail. C’est parfois lourd à assumer. C’est pourtant ainsi.
Dans le contexte marocain, Sebta reste une question politiquement et historiquement sensible. Dès lors, mettre ce tee-shirt sans mesurer la lecture qui en serait faite au Maroc relevait au minimum d’un manque de vigilance.
Un sportif professionnel conserve sa liberté de conscience. Et dans le monde du travail, y compris celui du football, appartenir à une entreprise ou à un club ne signifie pas devoir endosser automatiquement tous les messages symboliques proposés par son employeur. Le débat mérite d’ailleurs d’être posé : jusqu’où un club peut-il engager publiquement ses joueurs dans des opérations comportant une dimension politique possible ?
Une faute d’appréciation ne suffit pas à fabriquer un soi-disant « traître »
Là où la polémique dérape, c’est lorsque la critique du geste devient condamnation de l’homme.
Ezzalzouli a reçu insultes et menaces sur les réseaux sociaux. Certains commentaires sont allés jusqu’à mettre en cause son patriotisme. Des médias espagnols ont documenté cette vague d’hostilité.
Le joueur a expliqué publiquement que, selon lui, le tee-shirt avait « un caractère social » et visait à soutenir une population, sans intention d’offenser le Maroc. Il a également réaffirmé son attachement à ses origines et à la sélection nationale.
On peut trouver cette explication insuffisante. On peut lui reprocher de ne pas avoir anticipé la portée symbolique de l’image. Mais aucun élément public vérifié ne permet aujourd’hui d’affirmer qu’Ezzalzouli aurait délibérément voulu prendre position contre les intérêts de son pays.
Et c’est précisément là qu’une société doit conserver son sang-froid.
Dans une entreprise, lorsqu’un jeune salarié commet une erreur, le rôle d’une organisation responsable consiste d’abord à établir les circonstances : qui a décidé ? Quelles consignes ont été données ? Existait-il réellement une possibilité de refus ? Le message avait-il été clairement expliqué aux joueurs ?
Le football professionnel ne devrait pas échapper à ces questions.
Le Betis et Villarreal ont aussi une responsabilité
L’attention s’est concentrée presque exclusivement sur Ezzalzouli. C’est commode. Mais le tee-shirt n’a pas été imaginé par lui.
Il s’agissait d’une opération collective. Le Villarreal CF a lui-même expliqué officiellement que les deux équipes souhaitaient témoigner leur solidarité avec Ceuta et ses habitants.
Voilà donc le vrai sujet.
Lorsqu’un club utilise ses joueurs comme supports d’un message public touchant à une question territorialement sensible pour l’un d’entre eux, il lui appartient aussi d’anticiper les conséquences. Les institutions sportives devraient protéger leurs salariés autant qu’elles protègent leur image.
Ezzalzouli pouvait probablement faire preuve de davantage de discernement. Ce rappel est légitime. Le transformer en bouc émissaire ne l’est pas.
Le Maroc a suffisamment confiance dans ses institutions, son histoire et ses convictions pour ne pas avoir besoin de mesurer le patriotisme d’un jeune homme à quelques secondes d’une cérémonie d’avant-match.
Exiger de ses internationaux de la vigilance, oui. Leur rappeler que le maillot national crée des responsabilités particulières, également. Mais la responsabilité appelle la proportion, le droit à l’explication et, lorsque les circonstances le justifient, le droit à l’erreur.
Dans cette affaire, c’est peut-être la leçon la plus utile : avant de condamner le joueur qui porte un tee-shirt, regardons aussi ceux qui l’ont imprimé, ceux qui ont organisé la séquence et les conditions dans lesquelles il lui a été demandé de le porter.
Un international marocain ne portera jamais tout à fait un tee-shirt comme les autres
Sur une pelouse espagnole, quelques minutes avant le coup d’envoi, le geste pouvait paraître routinier : les joueurs de Villarreal et du Real Betis revêtent le même tee-shirt, dans le cadre d’une opération présentée par les clubs comme un soutien aux habitants de Ceuta après la crise migratoire de l’été. Le slogan : « Todos somos Caballas ». Villarreal assume publiquement cette lecture de solidarité.
Mais Abdessamad Ezzalzouli n’est pas n’importe quel salarié du football professionnel.
Né au Maroc, international marocain, joueur des Lions de l’Atlas et ancien capitaine de la sélection olympique, il porte avec lui une représentation qui dépasse son contrat de travail. C’est parfois lourd à assumer. C’est pourtant ainsi.
Dans le contexte marocain, Sebta reste une question politiquement et historiquement sensible. Dès lors, mettre ce tee-shirt sans mesurer la lecture qui en serait faite au Maroc relevait au minimum d’un manque de vigilance.
Un sportif professionnel conserve sa liberté de conscience. Et dans le monde du travail, y compris celui du football, appartenir à une entreprise ou à un club ne signifie pas devoir endosser automatiquement tous les messages symboliques proposés par son employeur. Le débat mérite d’ailleurs d’être posé : jusqu’où un club peut-il engager publiquement ses joueurs dans des opérations comportant une dimension politique possible ?
Une faute d’appréciation ne suffit pas à fabriquer un soi-disant « traître »
Là où la polémique dérape, c’est lorsque la critique du geste devient condamnation de l’homme.
Ezzalzouli a reçu insultes et menaces sur les réseaux sociaux. Certains commentaires sont allés jusqu’à mettre en cause son patriotisme. Des médias espagnols ont documenté cette vague d’hostilité.
Le joueur a expliqué publiquement que, selon lui, le tee-shirt avait « un caractère social » et visait à soutenir une population, sans intention d’offenser le Maroc. Il a également réaffirmé son attachement à ses origines et à la sélection nationale.
On peut trouver cette explication insuffisante. On peut lui reprocher de ne pas avoir anticipé la portée symbolique de l’image. Mais aucun élément public vérifié ne permet aujourd’hui d’affirmer qu’Ezzalzouli aurait délibérément voulu prendre position contre les intérêts de son pays.
Et c’est précisément là qu’une société doit conserver son sang-froid.
Dans une entreprise, lorsqu’un jeune salarié commet une erreur, le rôle d’une organisation responsable consiste d’abord à établir les circonstances : qui a décidé ? Quelles consignes ont été données ? Existait-il réellement une possibilité de refus ? Le message avait-il été clairement expliqué aux joueurs ?
Le football professionnel ne devrait pas échapper à ces questions.
Le Betis et Villarreal ont aussi une responsabilité
L’attention s’est concentrée presque exclusivement sur Ezzalzouli. C’est commode. Mais le tee-shirt n’a pas été imaginé par lui.
Il s’agissait d’une opération collective. Le Villarreal CF a lui-même expliqué officiellement que les deux équipes souhaitaient témoigner leur solidarité avec Ceuta et ses habitants.
Voilà donc le vrai sujet.
Lorsqu’un club utilise ses joueurs comme supports d’un message public touchant à une question territorialement sensible pour l’un d’entre eux, il lui appartient aussi d’anticiper les conséquences. Les institutions sportives devraient protéger leurs salariés autant qu’elles protègent leur image.
Ezzalzouli pouvait probablement faire preuve de davantage de discernement. Ce rappel est légitime. Le transformer en bouc émissaire ne l’est pas.
Le Maroc a suffisamment confiance dans ses institutions, son histoire et ses convictions pour ne pas avoir besoin de mesurer le patriotisme d’un jeune homme à quelques secondes d’une cérémonie d’avant-match.
Exiger de ses internationaux de la vigilance, oui. Leur rappeler que le maillot national crée des responsabilités particulières, également. Mais la responsabilité appelle la proportion, le droit à l’explication et, lorsque les circonstances le justifient, le droit à l’erreur.
Dans cette affaire, c’est peut-être la leçon la plus utile : avant de condamner le joueur qui porte un tee-shirt, regardons aussi ceux qui l’ont imprimé, ceux qui ont organisé la séquence et les conditions dans lesquelles il lui a été demandé de le porter.












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