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Attention les maladies rénales chez l’enfant sont souvent silencieuses


Entretien avec Pr Fatima Zahra SOUILMI
Réalisé par Dr Anwar CHERKAOUI



Pr Fatma Zahra SOUILMI
Pr Fatma Zahra SOUILMI
Les maladies rénales chez l’enfant sont complètement différentes de celles observées chez l’adulte. Comme le rein est un organe silencieux, il faut guetter des signes annonciateurs chez votre enfant, pour un diagnostic précoce et une prise en charge rapide. Pour nous parler des spécificités des maladies rénales chez l’enfant, lodj médecine santé, s’est adressé au Pr Fatima Zohra SOUILMI, Professeur de pédiatrie, spécialisée en Néphrologie pédiatrique au CHU Hassan II de Fès / Faculté de Médecine et de Pharmacie de Fès
 
Dr Anwar CHERKAOUI : Quelles sont les pathologies rénales les plus fréquentes qui touchent les enfants? 
 
Pr Fatima Zahra SOUILMI : Contrairement à l’adulte chez qui le diabète et l’hypertension artérielle constituent les principales causes de maladie rénale, l'infection urinaire est la première pathologie qui touche le rein et les voies urinaires  chez l'enfant. Le diagnostic de cette infection est important puisqu'elle peut révéler une anomalie du développement rénal (ou malformation de l'appareil urinaire) dans 70 % des cas. 
Plusieurs maladies du glomérule rénal touchent l’enfant. Elles peuvent être héréditaires, survenir après une infection de la sphère ORL ou cutanée, ou encore être sans cause évidente. On parle alors de syndrome néphrotique idiopathique.
Il y a aussi ce qu’on appelle le syndrome hémolytique et urémique qui associe une insuffisance rénale aiguë et une atteinte hématologique et qui peut être post-diarrhéique surtout chez le nourrisson ou d’origine génétique chez l’enfant plus grand.
Enfin, la majorité des maladies rénales héréditaires, quel que soit leur mode d’expression (Hyperoxalurie, Cystinurie, Cystinose, hypoplasies rénales, polykystoses rénales, acidoses tubulaires…) se révèlent à l’âge pédiatrique.
 
Dr Anwar CHERKAOUI : y a-t-il des signes auxquels les parents doivent accorder de l'importance afin de détecter précocement des maladies rénales chez l'enfant ? 
 
Pr Fatima Zahra  SOUILMI : Le rein est un organe silencieux, et souvent les signes qui orientent vers une pathologie rénale comme une infection urinaire, une hématurie (sang dans les urines), des brûlures mictionnelles, une dysurie (difficulté à uriner, douleur, goutte à goutte) ou l’émission d’un calcul par les voies urinaires… manquent !
Il y a des symptômes non spécifiques mais qui doivent attirer l’attention, aussi bien des médecins que des parents, pour aller explorer le rein.
Parmi ces signes, on retrouve un retard de la croissance avec une prise de taille et de poids insuffisante, un enfant qui boit beaucoup et qui urine énormément, une anémie réfractaire à l’apport en fer, une constipation chronique, des douleurs et des déformations osseuses, des œdèmes même intermittents, une anorexie avec fatigue chronique ou des épisodes de déshydratation répétitifs.
Une attention particulière pour l’énurésie (pipi au lit). Celle-ci est dans la plupart des cas simple mais lorsqu’elle est associée à n’importe quel autre signe ou anomalie (fuite d’urines même le jour, difficulté à uriner, petite taille, surdité….), doit  conduire à consulter en néphrologie ou en chirurgie pédiatrique pour des explorations et une prise en charge spécialisées. L’énurésie ne doit être prise en charge en psychiatrie que dans des certains cas exceptionnels pour traiter son retentissement psychique chez l’enfant et non pas le contraire.

Sinon, la recherche d’une atteinte rénale est systématique chez un enfant qui présente des malformations, une maladie chronique (diabète, cardiopathie, hypertension artérielle, maladie inflammatoire...), une maladie métabolique, lors d’une maladie ou d’une insuffisance rénale dans la famille ou s’il consomme des médicaments potentiellement toxiques pour le rein.
 
Dr Anwar CHERKAOUI : Y-a-t-il des mesures à prendre pour éviter ces maladies rénales chez l’enfant ?
 
Pr Fatima Zahra SOUILMI : Pour la prévention ou la prise en charge précoce de ses pathologies on préconise ce qui suit :

- Avant la naissance, équilibrer un diabète maternel avant la conception (la grossesse). La mère doit aussi éviter de consommer des médicaments ayant une toxicité rénale, rechercher systématiquement des infections pourvoyeuses de malformations surtout rénales, recourir au diagnostic anténatal (génétique et biochimique) si une pathologie familiale est connue et réaliser une échographie anténatale pour la détection de toute anomalie pouvant être prise charge dès la naissance (au Maroc cet examen est non accessible à la majorité des mères surtout dans le milieu rural).

- Après la naissance, toute maman doit observer comment son enfant urine (au moins une fois) et la circoncision des garçons doit être précoce.

Garder une bonne hygiène de vie, éviter le surpoids, boire suffisamment d’eau, éviter la surconsommation de sel et de médicaments sans prescription médicale, et attention au tabagisme des jeunes enfants. Ce sont toutes des mesures bénéfiques pour une bonne santé rénale chez l’enfant

Malgré tout cela, certaines maladies rénales restent complètement silencieuses pour de longues années. La prise de la pression artérielle ainsi que la réalisation d’une bandelette urinaire (recherche le sang, protéines dans les urines) doivent donc faire partie de l’examen systématique de l’enfant en cabinet de ville ou en médecine scolaire au moins une fois chaque un ou deux ans. 
 
Dr Anwar CHERKAOUI : Quelles sont les principales évolutions toutt réalisées ces derniers temps en matière de prise en charge des pathologies rénales chez l'entant ? 
 
Pr Fatima Zahra SOUILMI : La néphrologie pédiatrique a bénéficié des grandes avancées de la néphrologie clinique en général en matière de diagnostic et de traitement. Les protocoles thérapeutiques se sont donc améliorés en incluant de nouveaux médicaments et de nouveaux protocoles pour traiter les différentes maladies rénales et/ou retarder leur progression vers l’insuffisance rénale chronique terminale.

Au stade de dialyse, les avancées thérapeutiques ont permis de disposer d’appareils de nouvelle génération offrant la possibilité de dialyser les enfants à des âges de plus en plus jeunes grâce à la miniaturisation des appareils et des dispositifs médicaux utilisés en hémodialyse. La dialyse péritonéale, reconnue comme méthode de choix pour la dialyse de l’enfant,  a aussi profité des avancées technologiques avec particulièrement le recours à la télémédecine pour le suivi et l’adaptation du traitement.

Enfin, la transplantation rénale reste le traitement de choix au stade terminal de l’insuffisance rénale. Le passage en dialyse doit être le plus court possible. Certains enfants sont même transplantés sans passer par la dialyse. Nous parlons de transplantation rénale préemptive. 

Le coût de la prise en charge des maladies rénales à l’âge pédiatrique varie bien sûr en fonction de l’âge de l’enfant, du stade de la maladie et de sa cause. Il reste dans tous les cas beaucoup plus élevé que chez l’adulte, et ce à tous les stades de la maladie rénale. A côté des coûts des médicaments habituels et de la dialyse, la prise en charge chez l’enfant est toujours multidisciplinaire, lourde et prend en considération des aspects spécifiques tels que le recours à l’hormone de croissance, la nutrition spécialisée…

Les dispositifs médicaux nécessaires pour l’hémodialyse sont plus chers et pour la plupart non ou peu disponibles dans notre pays. Ils ne sont tous simplement pas assez rentables vu le nombre relativement faible d’enfants en dialyse par rapport aux adultes.

Les coûts indirects viennent alourdir l’addition. Les enfants et leurs parents sont ainsi souvent amenés à se déplacer vers les centres spécialisés. Le taux de déperdition scolaire est plus élevé parmi les enfants atteints de maladies rénales. Enfin, certaines maladies rénales sont héréditaires et font que la famille doit parfois supporter les coûts de la prise en charge de plusieurs de ses enfants.
Heureusement que la majorité des médicaments indispensables pour traiter ces enfants figurent sur la liste des médicaments remboursables. Ce qui pose réellement un problème,  c’est la non disponibilité au Maroc de certains médicaments qui doivent être utilisés au long cours. 
 
 

Entretien avec Pr Fatima Zohr SOUILMI
Réalisé par Dr Anwar CHERKAOUI

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Mardi 1 Juin 2021




Dr Anwar CHERKAOUI

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