La prise d’Al-Mokha puis de l’île de Mayyun place les forces houthies au contact direct de l’un des principaux détroits énergétiques de la planète. Au même moment, l’oléoduc saoudien permettant de contourner Ormuz a été frappé par des drones. Entre avancée territoriale, soutien américain limité à Riyad et utilisation documentée de l’intelligence artificielle par une cellule d’ingénierie militaire au Yémen, la crise change d’échelle.
Le véritable enjeu de l’offensive yéménite ne se mesure peut-être plus seulement en kilomètres carrés. Il se mesure désormais en millions de barils de pétrole et en kilomètres de routes maritimes.
Après la prise du port stratégique d’Al-Mokha, les forces houthies ont atteint Mayyun, ou Perim, l’île volcanique située au milieu de Bab el-Mandeb. Le retrait des forces gouvernementales de l’île a été confirmé par des responsables locaux et des témoins. Cette progression donne désormais au mouvement contrôlant Sanaa une présence militaire directe autour de l’une des portes de la mer Rouge.
Il faut cependant distinguer contrôle territorial et fermeture d’un détroit international. Disposer de positions sur les côtes et sur Mayyun accroît considérablement les capacités de surveillance et d’interdiction, mais ne signifie pas que les Houthis contrôlent mécaniquement chaque navire traversant Bab el-Mandeb.
L’enjeu économique suffit néanmoins à expliquer l’inquiétude. Selon les dernières données de l’Energy Information Administration américaine, environ 8,1 millions de barils par jour de pétrole et de produits pétroliers transitaient par Bab el-Mandeb au deuxième trimestre 2026. Le détroit était redevenu particulièrement important alors que les tensions autour d’Ormuz poussaient les producteurs du Golfe à rechercher des itinéraires alternatifs.
C’est précisément là que la crise yéménite rencontre la vulnérabilité saoudienne.
L’oléoduc Est-Ouest, ou Petroline, reliant les régions pétrolières orientales au terminal de Yanbu sur la mer Rouge, a été touché par des drones et temporairement fermé. Riyad affirme que les appareils ont été lancés depuis l’Irak. Bagdad a annoncé une enquête. Cette infrastructure constitue justement l’une des grandes solutions saoudiennes permettant d’expédier du brut sans passer par Ormuz.
Sur le terrain, le porte-parole militaire houthi Yahya Saree affirme que l’offensive engagée le 3 septembre a permis de reprendre six districts couvrant quelque 5 400 km². Il avance également des bilans beaucoup plus lourds concernant les unités adverses et l’aviation saoudienne. Ces chiffres restent des revendications militaires et ne peuvent, en l’état, être considérés comme indépendamment établis.
Washington, de son côté, semble vouloir éviter l’ouverture d’un nouveau front direct. Selon Axios, Mohammed ben Salmane a demandé au président Donald Trump des frappes américaines contre les Houthis. L’administration américaine aurait refusé pour l’instant, tout en acceptant de fournir du renseignement et des données de ciblage à Riyad. Environ 200 militaires américains assureraient déjà un soutien non combattant en Arabie saoudite.
Un autre élément illustre l’évolution du conflit. Anthropic affirme avoir détecté dans le nord du Yémen une cellule d’ingénierie utilisant Claude Code pour développer des logiciels de guidage et de navigation destinés à plusieurs projets d’armes. Le rapport évoque notamment un objectif de missile balistique de plus de 2 000 kilomètres et une variante impliquant un planeur hypersonique. Mais l’entreprise ne désigne pas formellement cette cellule comme houthie et reconnaît que sa visibilité sur le programme était limitée.
La bataille du Yémen ne se joue donc plus seulement à Sanaa, Taëz ou Hodeïda. Elle touche désormais simultanément la géographie maritime, les infrastructures pétrolières, le renseignement américain et les nouvelles technologies militaires.
Bab el-Mandeb n’est pas encore nécessairement fermé. Mais il vient de redevenir un levier stratégique capable de faire monter la température bien au-delà du Yémen.












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