L'ODJ Média

Portail L'ODJ Média



Bank Al-Maghrib entre prudence monétaire et pari assumé sur les TPE


le Jeudi 18 Décembre 2025

Le maintien du taux directeur à 2,25 % n’a pas réservé de surprise. Mais derrière cette décision attendue, le point de presse du 16 décembre a surtout mis en lumière une inflexion stratégique claire : faire des très petites entreprises le nouveau cœur de la transmission de la politique monétaire. Abdellatif Jouahri l’assume. Le chantier est vaste, les obstacles nombreux, mais l’urgence sociale et économique impose un changement d’échelle.



Taux directeur : la stabilité comme ligne de conduite

Sans surprise, Bank Al-Maghrib (BAM) a décidé de maintenir son taux directeur à 2,25 %, son plus bas niveau depuis trois ans. Pour le Wali, cette stabilité reflète une lecture fine d’un environnement encore incertain, marqué par des tensions géopolitiques persistantes et une normalisation monétaire progressive à l’international. L’objectif reste inchangé : soutenir la croissance sans compromettre la stabilité des prix.
 

L’inflation, principal indicateur scruté, demeure contenue. Elle s’est établie à 0,8 % en moyenne sur les dix premiers mois de 2025, portée par l’amélioration de l’offre alimentaire et la détente des prix énergétiques. Les projections officielles tablent sur 1,3 % en 2026 et 1,9 % en 2027, des niveaux compatibles avec le mandat de la Banque centrale.


Croissance solide, portée par le non agricole

Sur le front de l’activité, le diagnostic est plus encourageant. La croissance devrait atteindre 5 % en 2025, un rythme inédit hors année de rattrapage post-Covid. Cette dynamique repose essentiellement sur les activités non agricoles, attendues elles aussi à +5 %, leur meilleur niveau depuis quatre ans.
 

L’agriculture, toujours soumise aux aléas climatiques, reste volatile. Mais la vigueur de l’investissement et la reprise industrielle, notamment dans l’automobile et les phosphates, offrent un socle plus robuste à l’économie nationale. À moyen terme, BAM anticipe une croissance moyenne de 4,5 % sur 2026-2027, avec un impact positif déjà perceptible sur l’emploi.


Crédit bancaire : une transmission encore incomplète

Le crédit au secteur non financier s’accélère, passant de +2,6 % en 2024 à +4,1 % en 2025, pour atteindre 5 % en 2026 et 2027. Les prêts à l’équipement des entreprises privées progressent fortement (+17 % à fin octobre 2025), tout comme ceux accordés aux entreprises publiques.
 

Mais le gouverneur le reconnaît : la baisse des taux débiteurs reste partielle. Depuis juin 2024, la transmission cumulée n’atteint que 58 points de base, contre 75 points pour le taux directeur. En cause, la prédominance des crédits à taux fixe, qui représentent environ 85 % des encours. Un sujet que BAM compte aborder frontalement avec les banques début 2026.


TPE : le vrai tournant stratégique

C’est sur ce terrain que le discours de Jouahri prend une tonalité plus volontariste. La Charte de financement des TPE, signée le 4 décembre, vise un segment qui représente 94 % du tissu productif. Le programme Intelaka a déjà mobilisé 9 milliards de dirhams au profit de 38.000 entreprises. L’ambition affichée est claire : au moins doubler cette performance.
 

Mais l’argent ne suffit pas. Près de 42 % des dossiers Intelaka ont été rejetés faute de viabilité. D’où l’insistance sur l’accompagnement, jugé « indispensable » pour des structures dont 80 % réalisent moins de 3 millions de dirhams de chiffre d’affaires annuel. Un dispositif national d’appui et un scoring spécifique aux TPE sont en préparation.


Réformes structurelles et vigilance externe

Sur les autres dossiers, BAM avance prudemment. Le ciblage de l’inflation entrera en phase pilote en 2026, avec une mise en œuvre prévue en 2027. La réforme du régime de change reste, elle, cantonnée à l’élargissement de la bande de fluctuation du dirham à ±5 %.
 

Enfin, sur la directive bancaire européenne, un accord a été trouvé avec la France, en attente de validation par Bruxelles. L’enjeu est majeur : préserver l’activité des banques marocaines en Europe et sécuriser les transferts des MRE avant l’échéance de janvier 2026.
 

À travers ce discours, Bank Al-Maghrib confirme une ligne claire : prudence monétaire en façade, volontarisme ciblé sur le terrain réel de l’économie. Les TPE ne sont plus un angle mort. Elles deviennent, enfin, un test de crédibilité pour la politique économique et sociale du pays.






Jeudi 18 Décembre 2025

Immo & Habitat | Analyses & Finance & Bourse | Emploi & Formation | Brèves Eco Business & emploi & Habitat | Flash Actu Bourse


Avertissement : Ces analyses sont fournies à titre purement informatif et ne constitue en aucun cas un conseil en investissement. Elle a été réalisée par la rédaction de L'ODJ Média, sur la base des données publiées par la société et des tendances du marché. Les investisseurs sont invités à effectuer leurs propres recherches et à consulter des experts financiers avant toute prise de décision.


Bannière Lodj DJ

Bannière Réseaux Sociaux




News Finance & Bourse

Inscription à la newsletter

Plus d'informations sur cette page : https://www.lodj.ma/CGU_a46.html

Last publication

Parution de LODJ Studio du 22/06/2026

Ce nouveau numéro de I-STUDIO By LODJ met en lumière une véritable plateforme de production et de diffusion de contenus médiatiques, pensée comme un espace professionnel opérationnel presque toute l’année. À travers une présentation visuelle soignée, la revue dévoile un studio doté d’une régie moderne, d’équipements techniques avancés et d’une organisation conçue pour fonctionner 265 jours par an, dans une logique de continuité, de qualité de production et de diffusion maîtrisée.







Vos contributions
LODJ Vidéo