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Barrages marocains : le solaire flottant révèle un important potentiel énergétique et hydrique


Rédigé par Salma Chmanti Houari le Mardi 9 Juin 2026

Une étude publiée dans la revue scientifique npj Clean Energy met en lumière le potentiel du solaire flottant sur les barrages marocains.

Réalisée sur 58 retenues d’eau du Royaume, elle montre que cette technologie pourrait à la fois contribuer à la production d’électricité renouvelable et limiter les pertes d’eau liées à l’évaporation.



Une étude consacrée à 58 barrages du Royaume

Dans un contexte marqué par les défis liés à l’eau et à l’énergie, des chercheurs se sont penchés sur la possibilité d’installer des panneaux photovoltaïques flottants sur les barrages marocains.

Leur analyse, publiée dans npj Clean Energy, évalue la faisabilité technique et économique de cette solution sur 58 barrages dont les retenues couvrent une superficie totale d’environ 433 kilomètres carrés.

L’objectif est de valoriser des surfaces déjà disponibles pour produire de l’électricité renouvelable tout en réduisant les pertes d’eau provoquées par l’évaporation.


Près de 909 millions de mètres cubes d’eau perdus chaque année

Selon les résultats de l’étude, les retenues étudiées enregistrent des pertes annuelles d’environ 909,46 millions de mètres cubes d’eau en raison de l’évaporation.

Ce phénomène atteint son niveau le plus élevé durant la période estivale.
Le mois de juillet représente à lui seul près de 108,76 millions de mètres cubes d’eau évaporés. Ces chiffres illustrent l’ampleur des pertes observées dans un pays régulièrement confronté à des épisodes de sécheresse.


Une technologie qui répond à deux enjeux

La solution analysée repose sur l’installation de panneaux photovoltaïques sur des structures flottantes déployées à la surface des retenues d’eau.

Cette approche permet de produire de l’électricité sans mobiliser de terrains agricoles, urbains ou industriels.

Les panneaux réduisent également l’exposition directe de l’eau au rayonnement solaire, contribuant ainsi à limiter l’évaporation. Selon les chercheurs, cette technologie peut donc répondre simultanément aux besoins de transition énergétique et de préservation des ressources hydriques.


Des barrages particulièrement concernés par l’évaporation

L’étude identifie plusieurs barrages où les pertes d’eau sont particulièrement importantes. Le barrage Al Wahda arrive en tête avec environ 183,88 millions de mètres cubes d’eau évaporés chaque année.
 

Il est suivi du barrage Al Massira avec 131,35 millions de mètres cubes, puis du barrage Oued El Makhazine avec 76,86 millions de mètres cubes.

Le barrage Idriss Ier enregistre pour sa part près de 59,33 millions de mètres cubes de pertes annuelles, tandis que le barrage Sidi Mohammed Ben Abdellah atteint environ 47,10 millions de mètres cubes.
 
Les chercheurs expliquent ces écarts par plusieurs facteurs, notamment la superficie des retenues, les conditions climatiques locales, l’ensoleillement, la profondeur de l’eau et les caractéristiques propres à chaque site.


Un potentiel énergétique significatif

Le Maroc bénéficie d’un ensoleillement moyen estimé à près de 3 000 heures par an ainsi que d’une irradiation solaire quotidienne moyenne d’environ 5,80 kWh/m².
 

D’après l’étude, la couverture de seulement 1 % de la surface totale des barrages analysés par des panneaux photovoltaïques flottants permettrait déjà de générer une production électrique notable tout en offrant un retour sur investissement rapide.
 

Les chercheurs estiment également qu’une couverture théorique d’environ 40 % des surfaces étudiées pourrait produire un volume d’électricité équivalent à la demande nationale, évaluée à 42,38 TWh en 2023.


Une mise en œuvre à adapter à chaque barrage

Les auteurs soulignent toutefois que cette projection ne constitue pas une recommandation visant à couvrir massivement l’ensemble des barrages du pays. Elle illustre avant tout l’importance du potentiel disponible.
 

Chaque projet devrait être étudié individuellement en tenant compte des multiples fonctions assurées par les barrages, notamment l’alimentation en eau potable, l’irrigation, la production hydroélectrique, la régulation des crues et les différentes activités économiques associées.
 

Le choix des surfaces à équiper et des technologies à privilégier devra ainsi s’appuyer sur les spécificités hydrologiques, environnementales et économiques de chaque site.


L’importance de l’inclinaison des panneaux

Les chercheurs ont également examiné l’impact de l’inclinaison des panneaux sur leur rendement. Selon leurs calculs, un angle d’environ 31 degrés permettrait d’atteindre les meilleures performances énergétiques.
 

Des inclinaisons plus faibles, proches de 11 degrés, présentent néanmoins plusieurs avantages. Elles peuvent améliorer la stabilité des plateformes flottantes, réduire certaines contraintes techniques, limiter les coûts et renforcer l’effet de réduction de l’évaporation.
 
L’étude souligne par ailleurs que la proximité de l’eau peut favoriser le refroidissement des panneaux et améliorer leur rendement par rapport à certaines installations terrestres exposées à des températures élevées.


Des projets déjà engagés au Maroc

Le Maroc compte déjà plusieurs initiatives dans le domaine du solaire flottant. L’étude cite notamment une installation de 360 kW à Sidi Slimane ainsi qu’un projet de 13 MW sur le barrage Oued Rmel, près de Tanger.
 

Ce dernier devrait contribuer à couvrir une partie des besoins énergétiques du complexe portuaire Tanger Med, avec une participation estimée à 14 %.


Une technologie en phase avec les objectifs nationaux

Le développement du solaire flottant s’inscrit dans la stratégie énergétique du Maroc, qui vise à porter la part des énergies renouvelables à 52 % de la capacité électrique installée d’ici 2030.
 

Selon les auteurs, cette technologie pourrait venir compléter les grands projets solaires et éoliens déjà déployés dans le Royaume tout en apportant une réponse supplémentaire aux pertes d’eau observées dans les retenues de barrage.
 

Ils rappellent toutefois que la mise en œuvre de tels projets nécessite des études approfondies portant notamment sur les variations du niveau des eaux, la résistance des infrastructures flottantes, les impacts éventuels sur la qualité de l’eau, la biodiversité, les activités agricoles ainsi que les modalités de raccordement au réseau électrique.
 

Pour les chercheurs, le potentiel du solaire flottant est bien réel, mais son développement doit s’appuyer sur une planification rigoureuse et adaptée aux caractéristiques de chaque site.






Mardi 9 Juin 2026

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