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Brent à 104,61 dollars : le budget marocain avait misé sur 65, combien de temps peut durer l’écart ?


Rédigé par le Lundi 14 Septembre 2026

Le Brent a terminé la semaine à 104,61 dollars le baril, soit plus de 60 % au-dessus de l’hypothèse de 65 dollars autour de laquelle avait été construit le cadrage budgétaire marocain pour 2026. Une journée à 104 dollars ne fait évidemment pas une moyenne annuelle. Mais si le choc pétrolier s’installe, le Maroc devra regarder simultanément sa facture énergétique, ses coûts de transport, son inflation et ses équilibres budgétaires. Le problème n’est donc plus seulement le prix du baril. C’est sa durée.



Le pétrole vient de franchir une nouvelle frontière psychologique.

Vendredi, le Brent a clôturé à 104,61 dollars le baril, tandis que le WTI américain terminait à 100,05 dollars. Malgré un recul pendant la dernière séance de la semaine, le Brent a gagné plus de 8 % sur la semaine, sur fond de perturbations et de craintes persistantes autour des routes énergétiques du Moyen-Orient.

Pour le Maroc, un chiffre mérite immédiatement d’être placé à côté de 104,61 : 65 dollars.

C’est l’ordre de grandeur retenu comme hypothèse pétrolière dans le cadrage budgétaire 2026.

L’écart instantané dépasse donc 60 %.

Spectaculaire ? Oui.
Synonyme de dérapage budgétaire automatique ? Non.

Car un budget ne se construit pas sur le prix du pétrole observé un vendredi soir. Il repose sur une hypothèse moyenne sur l’année.

Toute la question tient donc dans un mot : combien de temps ?

À 104 dollars pendant une semaine, ce n’est pas la même histoire qu’à 104 dollars pendant six mois

Le Maroc importe l’essentiel de ses besoins en hydrocarbures.

Une hausse durable du pétrole finit donc, directement ou indirectement, par entrer dans l’économie nationale.

Elle peut peser sur la facture énergétique extérieure, les coûts logistiques, le transport aérien, certaines productions industrielles et, à terme, les prix payés par les entreprises et les ménages.

Mais l’effet n’est ni instantané ni uniforme.

Il dépend des contrats d’approvisionnement, des stocks, du taux de change, des marges de distribution et de la capacité des entreprises à absorber temporairement une partie de la hausse.

Il faut également distinguer pétrole brut, diesel, essence, kérosène et gaz.

Autrement dit, multiplier mécaniquement l’écart entre 65 et 104 dollars par la consommation marocaine donnerait une illusion de précision.

Le bon raisonnement consiste plutôt à construire des scénarios.

​Trois scénarios plutôt qu’une prophétie

Premier scénario : le choc géopolitique se détend rapidement et le Brent revient progressivement sous 90 dollars.

Le dépassement actuel resterait alors douloureux, mais temporaire.

Deuxième scénario : le pétrole s’installe autour de 100 dollars pendant plusieurs mois.
La pression sur la facture énergétique deviendrait beaucoup plus visible et commencerait à se diffuser dans les coûts de production et de transport.

Troisième scénario : une aggravation des perturbations sur les routes maritimes fait grimper durablement le pétrole vers 120 dollars ou davantage.

Nous changerions alors de catégorie.

La question ne serait plus seulement énergétique, mais macroéconomique.

​Ormuz, Bab el-Mandeb : le prix du baril est aussi devenu le prix du passage

Le marché ne regarde plus uniquement combien de pétrole est produit.

Il regarde également s’il peut circuler.

Le détroit d’Ormuz reste évidemment au centre des préoccupations mondiales. Mais les tensions autour de Bab el-Mandeb ajoutent une deuxième vulnérabilité aux routes maritimes reliant l’Asie, le Golfe, la mer Rouge, Suez et la Méditerranée.

Cela signifie que le choc potentiel ne passe pas uniquement par le prix du pétrole.

Il peut aussi passer par le coût du fret, les assurances maritimes, les délais et les détours imposés aux navires.

Pour une économie marocaine fortement intégrée aux chaînes de commerce internationales, cette dimension compte presque autant que le baril lui-même.

​Le butane rappelle que l’énergie reste aussi une question sociale

Le Maroc a libéralisé depuis longtemps les prix de l’essence et du gasoil.

Mais l’État reste exposé à certains produits énergétiques, notamment à travers le soutien au gaz butane.

Une tension énergétique prolongée pose donc également une question budgétaire et sociale.

À quel moment une hausse internationale suffisamment longue finit-elle par obliger à réviser certaines hypothèses ?

Et quelle partie de cette hausse doit être absorbée par l’État, les entreprises ou les ménages ?

Ce débat est d’autant plus important que la protection du pouvoir d’achat demeure une priorité politique.

​65 dollars était une hypothèse, pas une promesse faite au marché

Il serait facile de présenter les 104,61 dollars comme la preuve que « le budget s’est trompé ».

Ce serait intellectuellement paresseux.

Une hypothèse budgétaire n’est pas une prévision garantie.

Elle sert à construire un cadre.

La vraie mesure de la robustesse budgétaire est précisément sa capacité à absorber les écarts lorsque le monde ne respecte pas les hypothèses.

Le Maroc ne contrôle ni Ormuz, ni les décisions des producteurs, ni les conflits régionaux.
Il peut en revanche agir sur sa vulnérabilité.

Accélérer les renouvelables, améliorer l’efficacité énergétique, renforcer le stockage, diversifier les approvisionnements et électrifier davantage certains usages ne relèvent plus uniquement de la politique climatique.

Ce sont aussi des instruments de souveraineté économique.

Le Brent vaut aujourd’hui 104,61 dollars.

La question essentielle n’est pas de savoir combien il vaudra lundi matin.

Elle est de savoir combien de temps l’économie marocaine peut supporter un pétrole très éloigné de ses hypothèses sans que l’écart ne finisse par apparaître ailleurs.





Lundi 14 Septembre 2026

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