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CNSS : l’IPE avance, mais la perte d’emploi reste un risque mal couvert au Maroc

Protection sociale : le problème reste l’accès au dispositif, l’IPE protège près de 39.000 Marocains, le filet reste trop étroit


Rédigé par La Rédaction le Mardi 15 Septembre 2026

CNSS : l’IPE avance, mais la perte d’emploi reste un risque mal couvert au Maroc



IPE existe bien, mais elle reste insuffisante !

En 2025, près de 38.800 salariés ont bénéficié de l’Indemnité pour perte d’emploi. C’est mieux qu’hier et il faut le reconnaître. Mais vu du terrain syndical, un chiffre dérange : dans un pays où perdre son emploi peut faire basculer en quelques semaines tout l’équilibre d’une famille, moins de 40.000 bénéficiaires restent bien peu. L’IPE existe. Elle protège. Elle doit maintenant changer de dimension.

Quand un salarié marocain perd son emploi, les statistiques arrivent souvent après les problèmes.

Le loyer, lui, n’attend pas. Le crédit non plus. Il faut continuer à remplir le réfrigérateur, payer le transport des enfants, les factures, parfois les médicaments des parents. Derrière l’expression administrative « perte d’emploi », il y a une réalité beaucoup plus brutale : du jour au lendemain, un salaire disparaît.

Dans ce contexte, il faut commencer par rendre justice à l’Indemnité pour perte d’emploi, l’IPE. Elle existe réellement, elle fonctionne et elle aide plusieurs dizaines de milliers de familles.

En 2025, 38.796 assurés en ont bénéficié, contre 37.615 en 2024. La CNSS a consacré 449,5 millions de dirhams au dispositif, en hausse de 8,2 %. La prestation annuelle moyenne atteint 11.587 DH.

Ce n’est pas rien. Mais ce n’est pas assez.

IPE et pouvoir d’achat : quelques mois pour éviter la chute

L’intérêt de l’IPE apparaît clairement lorsqu’on regarde le profil des bénéficiaires.

68,4 % d’entre eux gagnaient au maximum 5.000 DH par mois avant de perdre leur emploi. Ces salariés ont reçu près de 296 millions de dirhams, soit environ les deux tiers de l’enveloppe consacrée à l’IPE.

Autrement dit, nous parlons principalement de travailleurs dont les marges financières étaient déjà limitées avant même le licenciement.

Pour eux, l’indemnité n’est pas un bonus. C’est un amortisseur.

Il faut également reconnaître les progrès administratifs. Le délai moyen du premier versement est passé de 29 à 27 jours entre 2024 et 2025. Deux jours peuvent sembler anecdotiques vus d’un bureau. Quand on attend de quoi payer ses dépenses courantes après une rupture de contrat, chaque journée compte.

À charge donc de ne pas caricaturer la CNSS : le mécanisme verse effectivement des prestations et son poids augmente. L’IPE représente désormais près de 30 % des prestations à court terme de la Caisse.

Protection sociale : le problème reste l’accès au dispositif

Le vrai débat commence ici.

Le Maroc avait inscrit dans le chantier de généralisation de la protection sociale l’objectif d’élargir l’IPE à toute personne disposant d’un emploi stable, avec une simplification des conditions d’accès et un élargissement du nombre de bénéficiaires.

C’est précisément là que le syndicaliste doit rappeler une évidence : un droit social trop difficile à ouvrir finit par laisser sur le bord de la route ceux qui en ont le plus besoin.

Historiquement, l’accès à l’IPE a notamment reposé sur une durée minimale de cotisation à la CNSS : 780 jours d’assurance au cours des trois années précédant la perte d’emploi, dont 260 jours durant les douze derniers mois. Le CESE avait déjà souligné que de telles conditions limitaient fortement l’accès au dispositif dans un marché du travail marqué par la discontinuité des emplois et la sous-déclaration.

Voilà le nœud du problème.

Le salarié qui a travaillé par intermittence, changé plusieurs fois d’employeur ou subi des périodes de non-déclaration n’est pas nécessairement moins vulnérable. Souvent, c’est même l’inverse.

Casablanca concentre 55 % des bénéficiaires : un signal à regarder

La géographie de l’IPE raconte elle aussi quelque chose du Maroc du travail.

Casablanca-Settat concentre 21.305 bénéficiaires, soit 55 % du total national. Rabat-Salé-Kénitra arrive loin derrière avec 15 %, puis Tanger-Tétouan-Al Hoceïma avec 8 %. Les services comptent 10.228 allocataires, devant la construction, l’industrie manufacturière et le commerce.

Ces chiffres reflètent évidemment la concentration de l’emploi salarié déclaré dans les grands pôles économiques. Mais ils rappellent aussi une réalité moins confortable : une protection sociale fondée sur la déclaration à la CNSS protège mieux ceux qui sont déjà dans le secteur formel.

L’enjeu des prochaines années est donc simple à formuler, plus difficile à réaliser : faire de l’IPE un véritable droit de transition entre deux emplois plutôt qu’une protection réservée à ceux qui réussissent à franchir toutes les conditions administratives.

Le Maroc a beaucoup avancé en matière de protection sociale. Il serait injuste de nier le chemin parcouru.

Le mouvement syndical doit justement partir de cette avancée pour réclamer la suite : simplifier réellement l’accès, accélérer les paiements, accompagner le chômeur vers un nouvel emploi et élargir progressivement la couverture.

Car le meilleur système d’indemnisation du chômage reste celui qui permet au salarié de tenir debout assez longtemps pour retrouver du travail.

L’IPE existe bien. Maintenant, il faut qu’elle protège davantage de monde.





Mardi 15 Septembre 2026

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