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Clowneries sur la scène politique internationale


Le président russe, Vladimir Poutine, serait-il un tueur ? Oui, a répondu le président américain, Joe Biden. « C’est celui qui le dit qui l’est », rétorque le maître du Kremlin. Sommes-nous toujours dans le registre de la diplomatie ?



Biden : "Vladimir, tu n'as pas d'âme"... Poutine : "On se comprend, Joe" !
Biden : "Vladimir, tu n'as pas d'âme"... Poutine : "On se comprend, Joe" !
Le commun des mortels a tendance à croire que tous les dirigeants politiques sont des gens très rationnels et pragmatiques, encore plus ceux qui sont à la tête des grandes puissances militaires.

L’actualité tend à démontrer que ce n’est pas toujours le cas.

Mercredi 17 mars, le président américain Joe Biden, réagissant à la question d’un journaliste de la chaîne de télévision ‘ABC’ pour savoir si le président russe Vladimir Poutine serait un tueur, l’occupant de la Maison blanche confirme !

Mauvaise question

Il faut d’abord souligner que la question du confrère américain est mal posée. Parce qu’il faudrait d’abord préciser ce que l’on entend par « tueur ». Un chef d’Etat qui donne l’ordre à ses militaires de tirer pour tuer des ennemis déclarés serait-il un tueur ?

Si c’est le cas, tous les chefs d’Etat américains l’ont également été, Joe Biden, qui a récemment ordonné des frappes aériennes aux frontières entre l’Irak et la Syrie, ne sortant pas du lot.

Faut-il plutôt comprendre par ce terme que Poutine serait un assassin, ordonnant des exécutions extrajudiciaires, en se référant aux affaires Skripal et Navalny ?

Le moins que l’on puisse dire, de ce fait, est que l’ancien colonel du KGB se serait montré beaucoup moins efficace que Donald Trump.

Ce dernier a fait éliminer d’un tir de drone le Général iranien Qassem Soleimani, alors que Poutine aurait échoué à venir à bout de l’agent double Sergueï Skripal et de son opposant condamné pour fraude Alexeï Navalny, même en usant d’un poison de qualité « militaire ».

Gamineries

Ce ne sont là, en fin de compte, que des détails, car s’il y a des inquiétudes à avoir, c’est plutôt au niveau du bon sens et de la sagesse de dirigeants politiques détenant les codes de lancement d’engins nucléaires.

En 2014, Joe Biden, à l’époque vice-président de Barak Obama, avait déclenché un scandale suite à une déclaration accordée au quotidien américain « New Yorker ».

Biden avait affirmé que lors d’une rencontre avec le président Poutine, il lui aurait dit : « Je vous regarde dans les yeux et je ne pense pas que vous ayez une âme ». Ce à quoi, selon Biden, Poutine aurait répondu : « Nous nous comprenons » !

Les propos de Vladimir Poutine à la télévision russe, le 18 mars, en réponse à sa qualification de « tueur » par le président américain, font encore plus cour de récréation : « C’est celui qui le dit qui l’est » !


Personnalisation

Dans un article publié, le 14 mars, sur le site ‘Strategic-culture’, l’ancien analyste du département canadien de la défense et spécialiste de la Russie, Patrick Armstrong, regrette l’obsession des hauts responsables occidentaux à personnaliser à l’excès le pouvoir dans les pays qu’ils considèrent comme adverses.

Intitulé « La grande illusion occidentale : C’est la faute de ce seul type », le texte souligne la fixation maladive et irrationnelle des hauts responsables occidentaux sur les leaders politiques étrangers les moins « coopératifs ».

Comme si le seul départ du pouvoir de ces « méchants » serait garant de meilleures relations avec leurs pays, ou plus exactement, d’un alignement sur les positions occidentales.

Réponses imprévues

L’élimination de Saddam Hussein n’a pas rendu les Irakiens plus pro-occidentaux. Nombre de ses anciens officiers et soldats, chassés de l’armée irakienne, sont allés constituer l’ossature de Daech.

Et suite à l’exécution du Général Soleïmani, autre « Satan » personnifié tel que présenté par les médias occidentaux, les bases américaines sont devenues les cibles des milices chiites, autrefois alliées des Américains contre Saddam.

L’assassinat de Mouammar Khaddafi a surtout révélé que ce dernier servait de clé de voûte à un système sociopolitique tribal, sa suppression de l’équation libyenne à plusieurs paramètres n’a conduit qu’au délitement de cet Etat maghrébin.

Même le cas de Bachar Assad est parlant. Comment peut-on s’imaginer que le président syrien aurait pu tenir dix années de guerre sur son propre territoire s’il n’avait pas le soutien de son Etat profond et d’une bonne part de la population ?

Simplification réductrice

On en est arrivé à la situation, quasi-caricaturale, ou le dictateur biélorusse, Alexandre Loukachenko, peut affirmer à son peuple que si les Occidentaux le diabolisent autant, c’est qu’il est le meilleur garant contre une « ukrainisation » de son pays.

Pour en revenir à Vladimir Poutine, personne n’ignorait, au moment de son accès au Kremlin, il y a plus de 20 ans, qu’il était le représentant de l’appareil sécuritaire et de l’armée, qui ont négocié, au terme de la désastreuse ère Eltsine, un partage du pouvoir avec l’oligarchie russe, représentée par Dimitri Medvedev.

Pour ceux qui ne trouveraient pas Vladimir Poutine à leur goût, ses parrains pourront toujours avancer le Général Sergueï Choïgou, actuel ministre de la défense russe. Tout aussi populaire que son patron, il n’en est pas moins souverainiste et sûrement plus militariste.

L’échiquier international n’est indéniablement pas un jeu d’enfants, sauf si quelques joueurs perdent le sens des réalités et s’amusent à en ignorer les règles, aux risques et périls de l’ensemble de l’humanité.



Ahmed Naji


Rédigé par Ahmed Naji le Vendredi 19 Mars 2021

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