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En proie à la crise pandémique, la Jellaba marocaine en phase de lâcher-prise ?


Notre patrimoine culturel est à préserver, consommons marocain traditionnel

Parmi les artisans qui ont pâti et souffrent encore des conséquences de la pandémie, ce sont les maallems et les couturières ou stylistes modélistes traditionnelles qui travaillent de la matière première purement classique et ancestrale.



A lire ou à écouter en podcast :

en_proie_a_la_crise_pandemique,_la_jellaba_marocaine_en_phase_de_lacher_prise.mp3 En proie à la crise pandémique, la Jellaba marocaine en phase de lâcher-prise.mp3  (8.1 Mo)

Ces métiers en perpétuel développement et innovation qui résistent, principalement parce qu’ils sont ancrés dans nos mœurs, à travers des événements tels que mariages, deuils, aids  ou fêtes religieuses et Ramadan, ont du mal à joindre les deux bouts en cette période de crise sanitaire.

Depuis deux ramadans consécutifs, c’est le calme plat pour ces artisans qui innovent, suivent les tendances, à l’international, tout en préservant l’empreinte traditionnelle de notre patrimoine culturel, à savoir, le travail du maallem et la broderie. Notre caftan a bel et bien transcendé les frontières marocaines et devient reconnu et imité à l’international.

Notre jellaba s’exporte, certes, mais pour le moment, ce « gel » au niveau des ventes appauvrit les artisans et les couturières, d’où l’intérêt, pour les citoyens, d’essayer d’aider, à travers l’achat de produits artisanaux, qu’il s’agisse de caftans, de tapis, de porcelaine...., afin de préserver ces métiers traditionnels et « réanimer » ce secteur.

Le caftan marocain à l’ère du COV 19

La tenue marocaine (takchita) et notre caftan traditionnel ne cessent de se distinguer. Malgré la Covid, cette année encore, en ce mois de ramadan, il y a une grande diversité et de nouvelles tendances. Si la takchita est oubliée pour un bon bout de temps, faute aux cérémonies de mariage interdites, le caftan refait peau neuve via nos artisans et stylistes qui le revalorisent de saison en saison. Quoique les collections du ramadan aient été façonnées avec amour du métier bien fait et précision, les expositions, en ligne, de nos jours, n’ont pas eu un grand succès. La situation sanitaire actuelle a rendu les gens réticents, par manque d’argent à débourser, à défaut de sorties ou face à la crainte d’attraper le coronavirus.  

On a fait le tour de la question avec trois stylistes modélistes de Rabat, Fatiha Bennani, Rhita Squalli et Aicha Bouassab, qui ont confectionné, malgré les conditions fâcheuses, leurs collections de ramadan, et opté pour la vente en ligne, mais sans grand succès. De jolies pièces, créations artisanales au design original qui reflètent en premier lieu une grande recherche dans le patrimoine culturel marocain, particulièrement pour ce qui est de la broderie, de "randa" et du travail du "maallem".

Si Mme Bennani a bel et bien roulé sa bosse dans ce domaine des caftans, jellabas et takchitas depuis belle lurette, puis atteint la renommée nationale et arabe aussi, dans le domaine de tanaggafet, un métier qui est loin de « redémarrer » tant que la Covid 19 sévit encore, les deux autres jeunes sont tout un autre profil. Ce sont deux jeunes ingénieures en informatique qui ont laissé germer leurs créativités jusqu’après obtention de leurs diplômes et leur accès au travail pour vaquer à leurs vocations et violon d’Ingres.


Entre authenticité et modernité, avec Fatiha Bennani

La broderie (trz) revient de plus belle en cette saison avec « zouak et maallam » : « trz tkhrag » fait à la machine, « trz  rbati » fait main, yougoslave, « tounsi » ou point de croix donnant parfois l’effet de « randa ». De jolis motifs brodés sur des tissus de couleurs unies, pour relever le travail de l’artisan. Parmi les modèles de Mme Bennani, il y a aussi des jellabas travaillées en « randa », assemblées en perlage ou avec  « randa » perlée (randa de laakik).

La grande mode est pour le mixage des broderies et « randa » : « tarz rbati » avec « randa », un assortiment de broderie yougoslave et point de croix, point de croix et « tounsi ». La collection  affiche aussi des jellabas appelées tableaux, autrement dit, donnant l’effet d’un tableau brodé, vers le bas du tissu. Pour la coupe, les tendances sont pour les épaules qui tombent comme la jellaba jeblia, et un goût prononcé pour les jellabas courtes, surtout pour les jeunes.

Comme souligné par Mme Bennani, aux temps de la Covid 19, rien ne marche, quoiqu’on essaye de créer et d’innover, de mêler les couleurs, de moderniser et de varier les coupes, selon les tendances et les inspirations du moment. Les stylistes modélistes et les maallems ne tarissent pas d’idées, changent et manient ciseaux et aiguilles,  testent de nouvelles expériences en variant la matière première, le tissage. Seulement, l’offre est plus que la demande depuis la crise sanitaire.  Ils ne savent où écouler leurs pièces de collection. Rien ne va.

Les expositions se déroulent en ligne, les gens apprécient les nouveautés mais ne peuvent ni ne veulent acheter. Les femmes appellent les vendeuses et disent attendre la « disparition » de cette pandémie et le retour à la vie normale pour faire leurs emplettes. Les collections restent dans les armoires, seules quelques pièces sont écoulées. Il est où le temps où femmes et hommes se payaient, au moins, une jellaba par an, à l’occasion du ramadan, sinon plus ?

De nouvelles collections et créativités et personne ne daigne acheter, pandémie oblige. Si au moins les gens pouvaient sortir le soir, à la mosquée, assister à des cérémonies religieuses ou sorties de Ramadan, même le travail se fait pour la plupart  en distanciel, autant d’événements et sorties pour afficher nos tendances vestimentaires traditionnelles.

Mme Bennani termine avec un appel pour une formule pouvant faire émerger ce secteur artisanal, avec un regard plus avantageux et particulier pour les maallems qui n’ont d’autre source de revenu  que ce travail fait main. Ce sont des artisans ingénieux qui travaillent de paire avec les couturières et stylistes modélistes pour produire des œuvres uniques et contribuent à la valorisation de ce patrimoine artisanal.  

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Quand la jeunesse s’y met, c’est la pérennité de nos habits traditionnels

Design, coupe, prise de  photos professionnelles…, les deux ingénieures Rhita Squalli et Aicha Bouassab font le tout, elles imaginent même la manière des poses, le choix des accessoires…  

En tant qu’informaticiennes, elles profitent de leur savoir informatique et exploitent leurs esprits créatifs et leurs études pour faire la commercialisation de leurs produits finis au niveau des réseaux sociaux.

Rhita et Aicha ont une marque de prêt à porter de beldi revisité avec des pièces authentique, une  touche qui les distingue. Elles font aussi des beachwear inspiré de  notre culture marocaine tout en suivant les dernières tendances internationales.

Tout ce travail se fait en parallèle de leur emploi, elles en font leur passe-temps favori, étant  amoureuses de la mode et des tendances depuis de longues années.

Pour ce qui est des tendances actuelles, nos jeunes designers parlent du retour des  broderies marocaines traditionnelles :  « rbati », « fassi », « lghrza » et « zemmouri ». La jellaba over size style jellaba jebliya modernise son apparence.  L'originalité de la pièce vient des mélanges de couleurs improbables. Cette année, toutes les couleurs sont tendance, c'est le mélange qui fait l'originalité : bleu pastel - bleu nuit- jaune flashy ; bordeaux- vert canard-moutarde- rose... Les motifs ethniques sont également tendance.

Avec la pandémie, la collection de ramadan 2020 qui était à moitié prête, a été avortée. Elle a été remodelée en 202O prenant une nouvelle touche et look: kimono- jellaba ouverte pouvant être portée avec un jeans et un t-shirt. L’exposition se déroule chaque année dans un local précis avec de nouveaux partenaires, pour cette fois, c’est au Time-Square, le magasin des montres à Mahaj Ryad. Malheureusement, les ventes sont en deçà des espérances, les gens ont beaucoup apprécié la collection,  encouragent les créativités mais disent temporiser les achats beldi jusqu'à l’aid, s’il y a reprise du cours de vie normal.

« Le contexte Corona nous a appris, au moins, à tel point il est important de consommer marocain et d’améliorer les conditions de nos artisans ».

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Rédigé par le Vendredi 23 Avril 2021
Journaliste professionnelle. 30 ans d'expérience à L'Opinion. Actuellement journaliste à Radio Web... En savoir plus sur cet auteur

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