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Europe-Russie : Danse avec l’ours sur un gazoduc


Les Européens ne savent vraiment plus quelle politique commune adopter envers la Russie. Pendant que les médias européens s’épuisent à monter en épingle l’affaire de l’opposant russe Alexeï Navalny, l’Allemagne tient mordicus à voir s’achever et entrer en service le gazoduc « Nord Stream 2 » la reliant à la Russie. La France doit se rappeler avec amertume avoir renoncé à céder deux navires porte-hélicoptères, de la classe Mistral, commandés par la marine russe, suite à la crise de Crimée en 2014.



Tracé du gazoduc Nord Stream 2
Tracé du gazoduc Nord Stream 2
Quand Berlin a décidé, en 2011, de mettre à l’arrêt ces centrales nucléaires et tout miser sur les énergies renouvelables, pour le plus grand bonheur des écologistes, elle ne s’attendait sûrement pas à se retrouver, une décennie plus tard, à dépendre du gaz russe pour remplacer ses centrales électriques thermiques fonctionnant au charbon.

La faiblesse intrinsèque des énergies renouvelables (solaire et éolien) est leur intermittence. Quand le soleil ne brille pas et que le vent ne souffle pas, le recours aux énergies fossiles devient incontournable pour produire de l'énergie électrique. 

Jusqu’à présent, le mix énergétique allemand comporte, entre autres, des centrales à charbon, une source à forte émission de Co2. Pour les remplacer, une autre source d’énergie fossile moins polluante est la mieux indiquée ; le gaz naturel.

La « guerre » du gaz

Depuis 2012, l’Allemagne est déjà alimentée de gaz naturel russe, livré via le gazoduc Nord Stream 1. Les travaux d’installation du Nord Stream 2 ont été lancés en 2018, dans le but de doubler le volume du gaz naturel russe vendu à l’Allemagne, et c’est l’année dernière qu’il devait normalement entrer en service.

Sauf que les Etats-Unis, également producteurs de gaz de schiste, se sont opposés au projet russo-germanique et ont même multiplié les sanctions pour empêcher son achèvement. Pour les Allemands, grands pragmatiques devant le Créateur, le choix est évident.

Non seulement le gaz naturel russe est moins cher que le gaz de schiste américain, livré sous forme liquéfiée, mais ce dernier est également une source de grave pollution des nappes phréatiques, en raison de la méthode d’extraction utilisée, la fracturation hydraulique.

La marionnette Navalny

C’est dans ce contexte qu’éclate l’affaire Alexeï Navalny, une opposant russe célèbre… en Occident. Un sondage effectué en Russie, en 2017, relatif aux élections présidentielles de 2018, a donné 63 % d’intentions de vote pour Vladimir Poutine, contre un modeste 2 % pour Alexeï Navalny.

Il y a bien d’autres candidats aux élections présidentielles russes qui ont réalisé des scores moins insignifiants au scrutin. Ils ne sont cependant pas conformes aux attentes des médias occidentaux. Il s’agit de Pavel Groudinine, du Parti communiste russe, et de Vladimir Jirinovski, le leader d’extrême droite.

Pour en revenir à Navalny, le 20 août 2020, il aurait été victime d’un empoisonnement au Novitchok. Il s’agit de poison de « qualité militaire » qui aurait été, selon les médias occidentaux, déjà été utilisé par les services secrets russes, en mars 2018, contre un agent double russe et sa fille, Sergueï et Ioulia Skripal.


Un poison qui ne tue pas

Pose du gazoduc en Mer Baltique
Pose du gazoduc en Mer Baltique
Il y a, toutefois, un petit problème avec ce poison de « qualité militaire ». Apparemment, il ne tue jamais les personnes ciblées. Même l’antique et vulgaire gaz sarin utilisé en Syrie s’est avéré plus efficace.

Le reste de l’histoire de Navalny, que les médias occidentaux ont semé aux quatre vents, n’en est pas plus crédible. L’avion au bord duquel voyageait Navalny, quand il s’est évanoui, s’est posé en urgence à Omsk, en Sibérie, pour qu’il puisse être hospitalisé.

Le FSB, tout-puissant service de sécurité intérieure de Russie, qui s’est donné la peine d’empoisonner Navalny, à en croire les médias occidentaux, aurait donc laissé ce dernier se faire admettre dans une unité de soins intensifs dans un hôpital en Sibérie !

Mieux encore, les « méchants espions » de Poutine auraient aussi permis à celui qu’ils voulaient assassiner d’être évacué vers un hôpital en Allemagne…

Manipulateurs manipulés

De nombreuses rumeurs circulent dans les médias alternatifs à propos de Navalny. Il serait si médiocre que Poutine fait tout son possible pour qu’il demeure le leader de l’opposition adoubée par les pays occidentaux, de peur que ces derniers ne lui trouvent un remplaçant plus intelligent.

Il est même dit que le dernier ratage grand public de Navalny, le faux palais de Poutine à propos duquel il a tourné un film, serait un coup du FSB, qui lui a fourgué une fake news pour mieux le décrédibiliser. Les services secrets occidentaux ont foncé dans le panneau têtes baissées.

La décoration luxueuse en 3D du fameux palais de Poutine, une fois comparée à la réalité d’un chantier ou les gros œuvres ne sont même pas encore achevés, constitue indéniablement le comble du ridicule. Décidément, la CIA et le MI6 ne sont plus vraiment ces machiavéliques agences anglo-saxonnes d’espionnage qu’elles furent, autrefois.

La raison de toutes ces gaffes d’amateurs ? Le gazoduc Nord Stream 2, que les Etats-Unis veulent à tout prix empêcher d’atteindre l’Allemagne. Surtout que la mère Merkel s’entête à répéter « Nein ! » aux pressions américaines.

Joueurs et pions sur l’échiquier

Le rôle du dindon de la farce revient au président français, Emmanuel Macron, qui a vraiment cru pouvoir surfer sur la vague Navalny pour stopper l’achèvement du gazoduc de la discorde européenne et plaire ainsi à l’oncle Sam. Non seulement la carte Navalny est définitivement grillée, après le flop du palais Poutine, mais aussi la tentative de Macron de s’imposer en leader de l’Union européenne a encore une fois tourné court.

À Moscou, au Kremlin, le tsar Vladimir de toutes les Russies, anciennement colonel du KGB en poste à Berlin-Est, regarde, posé sur la table une bouteille de vodka non-entamée et un verre vide à côté. Il s’est juré de ne boire un bon coup que lorsque le gazoduc aura atteint l’autre rive de la mer Baltique, au pays des chevaliers teutoniques. Avec la mère Merkel, il s’entend si bien en allemand.

On dit que John Mackinder, le fondateur britannique de la géopolitique, et Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller à la sécurité nationale des Etats-Unis, seraient en train de se retourner dans leurs tombes.

Par Ahmed NAJI








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