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Événements de Fnideq : Quand on oublie les petites gens


Le sit-in qui s’est déroulé dans la ville de Fnideq, vendredi 5 février, et l’intervention des forces de l’ordre qui s’en est suivie, du fait qu’il n’était pas autorisé et en raison de l’état d’urgence ainsi violé, vient rappeler aux décideurs politiques que les grands projets ne peuvent aboutir si l’on oublie les petites gens.



Sit-in à Fnideq pour dénoncer l'absence d'alternatives à la contrebande
Sit-in à Fnideq pour dénoncer l'absence d'alternatives à la contrebande
Mettre un terme à la contrebande en provenance de Sebta a été une décision applaudie, surtout qu’il était aussi question de solutions alternatives au profit des habitants des régions limitrophes du préside. Il s’est avéré que l’on a mis la charrue avant les bœufs.

Il est des contraintes que les Marocains ne manquent pas de percevoir et des sacrifices auxquels ils consentent sans trop se plaindre, pourvu qu’on tienne compte de leur survie.

Constat unanime

Le flux des marchandises de contrebande introduites depuis les présides de Sebta et Mellilia a été estimé par le confrère Média24 à 10 milliards de Dhs par an. Selon des sources officielles citées par le même média, ce chiffre serait plutôt de l’ordre de 15 à 20 milliards de Dhs.

C’est une saignée pour le Trésor public, une concurrence déloyale faite aux opérateurs économiques nationaux et une humiliation quotidienne pour les femmes porteuses de ballots de marchandises, comme des mules.

Freiner cette hémorragie devait normalement s’accompagner, voir même être précédé, par la réalisation de projets créateurs d’emplois et de facilités à la création d’activités génératrices de revenus.


Intolérable mépris

Il semble que la poursuite du grand dessein d’étouffer la contrebande a occulté dans les esprits des responsables publics la nécessité pour les gens qui en vivaient de disposer rapidement d’autres sources de revenus à titre de compensation. C’est tous les jours qu’il faut nourrir sa famille, tous les mois qu’il faut payer ses factures.

C’est du mépris envers les petites gens, que l’on laisse se noyer dans la pauvreté après les avoir privés de leur gagne-pain. Fnideq est une petite ville connue à l’échelle nationale pour n’avoir d’autres ressources que le trafic illicite transfrontalier.

Il n’y a pas eu de manifestations à Fnideq juste après le coup d’arrêt donné à la contrebande avec Sebta. Le message implicite est qu’en présence d’autres activités créatrices d’emplois et de revenus, les habitants de la ville étaient prêts à se reconvertir.

Un regard vers le bas

Le parti de l’Istiqlal a, plus d’une fois, tiré l’alarme sur la situation des zones frontalières, plus d’une fois souligné la nécessité de mettre en œuvre en toute urgence des programmes de développement adaptés aux spécificités de chaque région.

Entre la ville de Fnideq et le port de Tanger Méd, il y a à peine 27,6 kms de route, 15 kms à vol d’oiseau. Pourtant d’un côté une magnifique et colossale infrastructure, de l’autre une ville mourante, qui ne l’était pas du tout quand elle vivait du trafic illicite transfrontalier.

Cette asymétrie est le reflet des politiques mises en œuvre au cours des dernières années, privilégiant les grands ouvrages et délaissant les petites gens. Quand on ne baisse pas souvent le regard, on risque de trébucher.

C’est à se demander si c’est l’économie qui est au service des citoyens ou ces derniers qui sont à son service.

Par Ahmed NAJI








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