Pendant longtemps, apprendre un métier signifiait se rendre dans un centre, s’asseoir devant un formateur, suivre un programme découpé en modules, passer quelques examens puis partir en stage.
Internet a ajouté une deuxième couche : le e-learning.
Les LMS, ces plateformes numériques de gestion de la formation, ont permis de déposer des cours, des vidéos, des PDF, des questionnaires et de suivre la progression des apprenants.
L’intelligence artificielle pourrait maintenant provoquer une rupture beaucoup plus importante. Car elle ne consiste plus simplement à mettre le cours sur Internet. Elle pourrait progressivement remplacer le cours lui-même par une conversation permanente entre l’apprenant et une intelligence pédagogique.
De la classe identique pour tous au professeur personnel pour chacun
Imaginez un stagiaire marocain préparant un diplôme en maintenance industrielle. Il ne comprend pas le fonctionnement d'un variateur de fréquence. Aujourd'hui, il peut relire son cours, regarder une vidéo ou attendre le prochain échange avec son formateur.
Demain, son professeur IA pourra lui demander ce qu'il a compris, détecter précisément son erreur, reformuler l'explication en français, en arabe ou éventuellement en darija, générer une animation, proposer trois exercices, augmenter progressivement leur difficulté puis lui faire recommencer la séquence une semaine plus tard s'il détecte que la notion a été oubliée.
Son camarade de classe pourra recevoir une séquence complètement différente.
Même programme. Même diplôme. Mais deux apprentissages différents.
Voilà probablement la véritable révolution de l'IA pédagogique.
Le modèle industriel de la formation reposait sur l'idée qu'un formateur pouvait transmettre le même contenu à vingt ou trente personnes.
L'IA rend techniquement possible l'inverse : un professeur différent pour chaque apprenant.
L'OFPPT a déjà franchi une première étape
Le Maroc ne part pas de zéro.
L'OFPPT propose déjà plusieurs modes de formation : résidentiel, alterné et hybride. Dans son dispositif hybride, le volet théorique peut être dispensé à distance à hauteur de 60 % en moyenne et aller jusqu'à 100 % dans certains domaines comme le digital, le commerce ou la gestion ; les travaux pratiques peuvent représenter jusqu'à 40 % en présentiel lorsque le contact avec la machine ou la matière est indispensable.
Le principe est déjà intéressant. Mais l'IA pourrait pousser cette logique beaucoup plus loin. Car le distanciel actuel reste souvent structuré autour de ressources pédagogiques : cours, documents, vidéos, exercices.
Le prochain modèle pourrait être agentique.
L'apprenant ne consulterait plus seulement OFPPT Academy. Il dialoguerait avec un agent pédagogique connaissant son programme, son niveau, ses résultats, ses lacunes et éventuellement le métier qu'il prépare.
Nous passerions alors de la plateforme de formation au compagnon de formation.
Et paradoxalement, les CMC pourraient devenir encore plus importantes
On pourrait penser que cette évolution condamnera progressivement les grands centres physiques de formation.
Ce serait probablement une erreur.
En septembre 2026, l'OFPPT annonce une capacité nationale de 424.000 places pédagogiques, l'ouverture de 18 nouveaux établissements et le déploiement de 193 nouvelles filières. Trois nouvelles Cités des Métiers et des Compétences doivent démarrer à Fès, Guelmim et Errachidia, complétant le programme des douze CMC initialement prévues.
Mais l'utilité future de ces infrastructures pourrait être différente de celle d'une école traditionnelle.
Plus l'intelligence deviendra numérique, plus la CMC devra devenir physique.
Autrement dit : moins de salles destinées uniquement à écouter un cours théorique que l'IA peut parfaitement expliquer à distance, et davantage de lieux où l'on fait ce qu'une intelligence artificielle ne peut pas accomplir à notre place.
Manipuler une machine.
Réparer un moteur.
Câbler une installation industrielle.
Programmer un robot.
Piloter une ligne de production.
Travailler dans une cuisine professionnelle.
Apprendre un geste médical.
Simuler une chambre d'hôtel.
Utiliser une machine agricole.
Collaborer avec une équipe.
Résoudre un incident réel.
La CMC pourrait ainsi devenir moins une Cité des cours qu'une véritable Cité de l'expérience professionnelle.
Demain : théorie avec l'IA, pratique dans les CMC ?
Le modèle pourrait être presque évident. La partie transmissive de la formation — définitions, concepts, réglementation, méthodes, révisions — deviendrait progressivement accessible en permanence grâce aux agents IA.
Le temps physique serait réservé à ce qui possède la plus forte valeur pédagogique : faire, expérimenter, simuler, collaborer et être évalué en situation réelle.
Cette évolution prolongerait d'ailleurs la philosophie déjà affichée par les CMC. L'OFPPT présente leur modèle pédagogique autour du learning by doing, des outils numériques et d'un formateur appelé à devenir davantage « facilitateur, accompagnateur et catalyseur ».
L'arrivée de l'IA ne détruirait donc pas nécessairement ce modèle. Elle pourrait au contraire le pousser à son aboutissement.
Le formateur ne disparaît pas : son métier monte d'un étage
C'est peut-être là que le débat est mal posé.
On demande souvent : « L'IA va-t-elle remplacer le formateur ? »
La question utile serait plutôt : « Que doit encore faire un formateur lorsque la machine sait expliquer le cours ? »
Probablement davantage de choses importantes.
Observer.
Corriger les gestes.
Mettre les apprenants en situation.
Détecter une difficulté comportementale.
Créer des projets.
Évaluer la capacité à travailler en équipe.
Partager l'expérience du métier.
Faire comprendre les conséquences d'une erreur.
Développer l'esprit critique.
Le formateur passerait donc progressivement du rôle de transmetteur de connaissances à celui de coach de compétences.
Et c'est peut-être une bonne nouvelle. Car répéter chaque année les mêmes explications devant plusieurs groupes n'est pas nécessairement la fonction pédagogique ayant la plus forte valeur ajoutée humaine.
Cap Compétences 2030 arrive au moment décisif
Cette transformation coïncide avec un investissement public important. En mai 2026, la Banque africaine de développement a approuvé 200 millions d'euros pour soutenir le programme « Cap Compétences 2030 ».
Le programme doit notamment renforcer la pertinence et la diversité de l'offre de formation professionnelle, développer l'apprentissage à grande échelle, améliorer l'insertion professionnelle et accélérer la transformation numérique du système.
Le rapport d'évaluation répartit l'intervention autour de trois grands domaines : développement des compétences et partenariats stratégiques, formation-insertion répondant aux besoins des entreprises et transformation numérique des institutions et des systèmes.
La question devient donc presque incontournable : peut-on moderniser en 2026 la formation professionnelle sans placer l'IA pédagogique au cœur de cette transformation numérique ?
Le risque serait de numériser l'ancien modèle au moment précis où le modèle lui-même est en train de changer.
Transformer un cours de trois heures en vidéo de trois heures n'est pas une révolution pédagogique. Mettre un PDF sur une plateforme n'est pas davantage une révolution numérique.
Les acteurs privés vont eux aussi devoir se repositionner
Le phénomène ne concerne évidemment pas seulement l'OFPPT.
Des associations comme EFE Maroc proposent déjà des programmes combinant formation présentielle, e-learning et dispositifs mixtes, avec un diagnostic individuel des compétences permettant de construire un parcours personnalisé. L'organisation met notamment l'accent sur la formation-insertion et sur l'adaptation des compétences aux besoins exprimés par les employeurs.
Autour de Casablanca, Rabat, Tanger ou Marrakech, tout un marché de cabinets de formation continue vit également de sessions de deux ou trois jours consacrées au management, au digital, aux langues, aux ressources humaines ou à la finance.
C'est probablement ce segment qui pourrait être le plus rapidement bousculé.
Pourquoi une entreprise mobiliserait-elle vingt cadres pendant deux journées pour recevoir exactement la même formation si son système interne peut proposer à chacun un parcours correspondant à ses besoins, puis mesurer ce qu'il a réellement appris ?
Le marché ne disparaîtra pas. Mais la valeur pourrait glisser de la vente d'heures de formation vers la conception d'expériences, l'accompagnement humain, la certification et la validation des compétences.
La nouvelle matière première : le savoir de l'entreprise
Une deuxième rupture pourrait être encore plus importante. Les entreprises disposent déjà de milliers de documents qui contiennent leur véritable savoir : procédures, normes, fiches techniques, présentations, notices, retours d'expérience, catalogues, méthodes commerciales.
Jusqu'ici, transformer tout cela en formation était long et coûteux.
Les nouveaux outils d'IA pédagogique permettent désormais de transformer automatiquement cette documentation en explications, exercices, simulations, quiz ou parcours personnalisés.
La formation pourrait donc progressivement quitter le marché du catalogue pour entrer dans celui de la mémoire organisationnelle.
Une banque marocaine pourrait entraîner son professeur IA sur ses procédures.
Un équipementier automobile sur ses méthodes de production.
Un hôtel sur ses standards opérationnels.
Une administration sur ses procédures réglementaires.
Chaque organisation pourrait posséder son propre professeur.
La CMC de demain pourrait ressembler davantage à un laboratoire qu'à une école
C'est probablement le scénario le plus intéressant pour les Cités des Métiers et des Compétences. Elles pourraient devenir les infrastructures physiques d'un système pédagogique dont l'intelligence serait largement numérique.
Des ateliers et machines connectées.
Des simulateurs.
Des robots industriels.
Des jumeaux numériques.
Des salles de réalité virtuelle.
Des fablabs.
Des plateformes techniques mutualisées avec les entreprises.
Et, autour de tout cela, des formateurs humains aidés par des agents IA.
Le stagiaire pourrait apprendre la théorie chez lui avec son professeur numérique, simuler une première opération virtuellement puis venir à la CMC pour la réaliser réellement.
IA pour comprendre.
Simulation pour s'entraîner.
CMC pour faire.
Entreprise pour produire.
Voilà peut-être la nouvelle chaîne de la formation professionnelle.
La fin du “cours” ne signifie donc pas la fin de la formation
Elle pourrait même provoquer exactement l'inverse. Nous pourrions apprendre davantage, mais sous forme de séquences beaucoup plus courtes.
Cinq minutes avant d'utiliser une nouvelle machine.
Trois exercices lorsqu'une erreur est détectée.
Une simulation avant un entretien commercial.
Une explication instantanée devant un problème technique.
Une nouvelle certification lorsqu'un métier évolue.
La formation ne serait plus un événement organisé quelques fois dans l'année. Elle deviendrait une couche permanente du travail.
Le défi marocain ne consiste donc probablement pas simplement à construire davantage de centres ou à numériser davantage de cours. Il consiste à organiser intelligemment la complémentarité entre trois éléments que l'on oppose encore trop souvent : l'intelligence artificielle, le formateur humain et l'apprentissage par le réel.
Dans ce nouveau monde, l'IA pourrait effectivement tuer une partie du cours traditionnel.
Mais elle pourrait simultanément redonner toute sa valeur au formateur… et une nouvelle raison d'être aux Cités des Métiers et des Compétences.
Le professeur IA enseignera peut-être partout.
La CMC, elle, devra devenir l'endroit où l'on apprend à faire pour de vrai.
Internet a ajouté une deuxième couche : le e-learning.
Les LMS, ces plateformes numériques de gestion de la formation, ont permis de déposer des cours, des vidéos, des PDF, des questionnaires et de suivre la progression des apprenants.
L’intelligence artificielle pourrait maintenant provoquer une rupture beaucoup plus importante. Car elle ne consiste plus simplement à mettre le cours sur Internet. Elle pourrait progressivement remplacer le cours lui-même par une conversation permanente entre l’apprenant et une intelligence pédagogique.
De la classe identique pour tous au professeur personnel pour chacun
Imaginez un stagiaire marocain préparant un diplôme en maintenance industrielle. Il ne comprend pas le fonctionnement d'un variateur de fréquence. Aujourd'hui, il peut relire son cours, regarder une vidéo ou attendre le prochain échange avec son formateur.
Demain, son professeur IA pourra lui demander ce qu'il a compris, détecter précisément son erreur, reformuler l'explication en français, en arabe ou éventuellement en darija, générer une animation, proposer trois exercices, augmenter progressivement leur difficulté puis lui faire recommencer la séquence une semaine plus tard s'il détecte que la notion a été oubliée.
Son camarade de classe pourra recevoir une séquence complètement différente.
Même programme. Même diplôme. Mais deux apprentissages différents.
Voilà probablement la véritable révolution de l'IA pédagogique.
Le modèle industriel de la formation reposait sur l'idée qu'un formateur pouvait transmettre le même contenu à vingt ou trente personnes.
L'IA rend techniquement possible l'inverse : un professeur différent pour chaque apprenant.
L'OFPPT a déjà franchi une première étape
Le Maroc ne part pas de zéro.
L'OFPPT propose déjà plusieurs modes de formation : résidentiel, alterné et hybride. Dans son dispositif hybride, le volet théorique peut être dispensé à distance à hauteur de 60 % en moyenne et aller jusqu'à 100 % dans certains domaines comme le digital, le commerce ou la gestion ; les travaux pratiques peuvent représenter jusqu'à 40 % en présentiel lorsque le contact avec la machine ou la matière est indispensable.
Le principe est déjà intéressant. Mais l'IA pourrait pousser cette logique beaucoup plus loin. Car le distanciel actuel reste souvent structuré autour de ressources pédagogiques : cours, documents, vidéos, exercices.
Le prochain modèle pourrait être agentique.
L'apprenant ne consulterait plus seulement OFPPT Academy. Il dialoguerait avec un agent pédagogique connaissant son programme, son niveau, ses résultats, ses lacunes et éventuellement le métier qu'il prépare.
Nous passerions alors de la plateforme de formation au compagnon de formation.
Et paradoxalement, les CMC pourraient devenir encore plus importantes
On pourrait penser que cette évolution condamnera progressivement les grands centres physiques de formation.
Ce serait probablement une erreur.
En septembre 2026, l'OFPPT annonce une capacité nationale de 424.000 places pédagogiques, l'ouverture de 18 nouveaux établissements et le déploiement de 193 nouvelles filières. Trois nouvelles Cités des Métiers et des Compétences doivent démarrer à Fès, Guelmim et Errachidia, complétant le programme des douze CMC initialement prévues.
Mais l'utilité future de ces infrastructures pourrait être différente de celle d'une école traditionnelle.
Plus l'intelligence deviendra numérique, plus la CMC devra devenir physique.
Autrement dit : moins de salles destinées uniquement à écouter un cours théorique que l'IA peut parfaitement expliquer à distance, et davantage de lieux où l'on fait ce qu'une intelligence artificielle ne peut pas accomplir à notre place.
Manipuler une machine.
Réparer un moteur.
Câbler une installation industrielle.
Programmer un robot.
Piloter une ligne de production.
Travailler dans une cuisine professionnelle.
Apprendre un geste médical.
Simuler une chambre d'hôtel.
Utiliser une machine agricole.
Collaborer avec une équipe.
Résoudre un incident réel.
La CMC pourrait ainsi devenir moins une Cité des cours qu'une véritable Cité de l'expérience professionnelle.
Demain : théorie avec l'IA, pratique dans les CMC ?
Le modèle pourrait être presque évident. La partie transmissive de la formation — définitions, concepts, réglementation, méthodes, révisions — deviendrait progressivement accessible en permanence grâce aux agents IA.
Le temps physique serait réservé à ce qui possède la plus forte valeur pédagogique : faire, expérimenter, simuler, collaborer et être évalué en situation réelle.
Cette évolution prolongerait d'ailleurs la philosophie déjà affichée par les CMC. L'OFPPT présente leur modèle pédagogique autour du learning by doing, des outils numériques et d'un formateur appelé à devenir davantage « facilitateur, accompagnateur et catalyseur ».
L'arrivée de l'IA ne détruirait donc pas nécessairement ce modèle. Elle pourrait au contraire le pousser à son aboutissement.
Le formateur ne disparaît pas : son métier monte d'un étage
C'est peut-être là que le débat est mal posé.
On demande souvent : « L'IA va-t-elle remplacer le formateur ? »
La question utile serait plutôt : « Que doit encore faire un formateur lorsque la machine sait expliquer le cours ? »
Probablement davantage de choses importantes.
Observer.
Corriger les gestes.
Mettre les apprenants en situation.
Détecter une difficulté comportementale.
Créer des projets.
Évaluer la capacité à travailler en équipe.
Partager l'expérience du métier.
Faire comprendre les conséquences d'une erreur.
Développer l'esprit critique.
Le formateur passerait donc progressivement du rôle de transmetteur de connaissances à celui de coach de compétences.
Et c'est peut-être une bonne nouvelle. Car répéter chaque année les mêmes explications devant plusieurs groupes n'est pas nécessairement la fonction pédagogique ayant la plus forte valeur ajoutée humaine.
Cap Compétences 2030 arrive au moment décisif
Cette transformation coïncide avec un investissement public important. En mai 2026, la Banque africaine de développement a approuvé 200 millions d'euros pour soutenir le programme « Cap Compétences 2030 ».
Le programme doit notamment renforcer la pertinence et la diversité de l'offre de formation professionnelle, développer l'apprentissage à grande échelle, améliorer l'insertion professionnelle et accélérer la transformation numérique du système.
Le rapport d'évaluation répartit l'intervention autour de trois grands domaines : développement des compétences et partenariats stratégiques, formation-insertion répondant aux besoins des entreprises et transformation numérique des institutions et des systèmes.
La question devient donc presque incontournable : peut-on moderniser en 2026 la formation professionnelle sans placer l'IA pédagogique au cœur de cette transformation numérique ?
Le risque serait de numériser l'ancien modèle au moment précis où le modèle lui-même est en train de changer.
Transformer un cours de trois heures en vidéo de trois heures n'est pas une révolution pédagogique. Mettre un PDF sur une plateforme n'est pas davantage une révolution numérique.
Les acteurs privés vont eux aussi devoir se repositionner
Le phénomène ne concerne évidemment pas seulement l'OFPPT.
Des associations comme EFE Maroc proposent déjà des programmes combinant formation présentielle, e-learning et dispositifs mixtes, avec un diagnostic individuel des compétences permettant de construire un parcours personnalisé. L'organisation met notamment l'accent sur la formation-insertion et sur l'adaptation des compétences aux besoins exprimés par les employeurs.
Autour de Casablanca, Rabat, Tanger ou Marrakech, tout un marché de cabinets de formation continue vit également de sessions de deux ou trois jours consacrées au management, au digital, aux langues, aux ressources humaines ou à la finance.
C'est probablement ce segment qui pourrait être le plus rapidement bousculé.
Pourquoi une entreprise mobiliserait-elle vingt cadres pendant deux journées pour recevoir exactement la même formation si son système interne peut proposer à chacun un parcours correspondant à ses besoins, puis mesurer ce qu'il a réellement appris ?
Le marché ne disparaîtra pas. Mais la valeur pourrait glisser de la vente d'heures de formation vers la conception d'expériences, l'accompagnement humain, la certification et la validation des compétences.
La nouvelle matière première : le savoir de l'entreprise
Une deuxième rupture pourrait être encore plus importante. Les entreprises disposent déjà de milliers de documents qui contiennent leur véritable savoir : procédures, normes, fiches techniques, présentations, notices, retours d'expérience, catalogues, méthodes commerciales.
Jusqu'ici, transformer tout cela en formation était long et coûteux.
Les nouveaux outils d'IA pédagogique permettent désormais de transformer automatiquement cette documentation en explications, exercices, simulations, quiz ou parcours personnalisés.
La formation pourrait donc progressivement quitter le marché du catalogue pour entrer dans celui de la mémoire organisationnelle.
Une banque marocaine pourrait entraîner son professeur IA sur ses procédures.
Un équipementier automobile sur ses méthodes de production.
Un hôtel sur ses standards opérationnels.
Une administration sur ses procédures réglementaires.
Chaque organisation pourrait posséder son propre professeur.
La CMC de demain pourrait ressembler davantage à un laboratoire qu'à une école
C'est probablement le scénario le plus intéressant pour les Cités des Métiers et des Compétences. Elles pourraient devenir les infrastructures physiques d'un système pédagogique dont l'intelligence serait largement numérique.
Des ateliers et machines connectées.
Des simulateurs.
Des robots industriels.
Des jumeaux numériques.
Des salles de réalité virtuelle.
Des fablabs.
Des plateformes techniques mutualisées avec les entreprises.
Et, autour de tout cela, des formateurs humains aidés par des agents IA.
Le stagiaire pourrait apprendre la théorie chez lui avec son professeur numérique, simuler une première opération virtuellement puis venir à la CMC pour la réaliser réellement.
IA pour comprendre.
Simulation pour s'entraîner.
CMC pour faire.
Entreprise pour produire.
Voilà peut-être la nouvelle chaîne de la formation professionnelle.
La fin du “cours” ne signifie donc pas la fin de la formation
Elle pourrait même provoquer exactement l'inverse. Nous pourrions apprendre davantage, mais sous forme de séquences beaucoup plus courtes.
Cinq minutes avant d'utiliser une nouvelle machine.
Trois exercices lorsqu'une erreur est détectée.
Une simulation avant un entretien commercial.
Une explication instantanée devant un problème technique.
Une nouvelle certification lorsqu'un métier évolue.
La formation ne serait plus un événement organisé quelques fois dans l'année. Elle deviendrait une couche permanente du travail.
Le défi marocain ne consiste donc probablement pas simplement à construire davantage de centres ou à numériser davantage de cours. Il consiste à organiser intelligemment la complémentarité entre trois éléments que l'on oppose encore trop souvent : l'intelligence artificielle, le formateur humain et l'apprentissage par le réel.
Dans ce nouveau monde, l'IA pourrait effectivement tuer une partie du cours traditionnel.
Mais elle pourrait simultanément redonner toute sa valeur au formateur… et une nouvelle raison d'être aux Cités des Métiers et des Compétences.
Le professeur IA enseignera peut-être partout.
La CMC, elle, devra devenir l'endroit où l'on apprend à faire pour de vrai.












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