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France–Maroc : quel était réellement le plan de Mohamed Ouahbi ?

Analyse d'une stratégie qui semble avoir été conçue pour survivre avant d’attaquer


Rédigé par le Vendredi 10 Juillet 2026

La première indication se trouve dans le onze de départ. Le Maroc a commencé sans véritable avant-centre de référence, avec Brahim Díaz annoncé comme attaquant axial, soutenu par un milieu très dense composé notamment de Neil El Aynaoui, Ayyoub Bouaddi, Azzedine Ounahi, Bilal El Khannouss et Chemsdine Talbi



​Sur le papier, cette organisation pouvait répondre à plusieurs objectifs :

  1. densifier l’axe pour empêcher les combinaisons françaises ;
  2. fermer les espaces entre les lignes ;
  3. obliger la France à attaquer sur les côtés ;
  4. récupérer puis lancer rapidement Díaz, Hakimi ou El Khannouss ;
  5. maintenir un score nul aussi longtemps que possible.

Autrement dit, le Maroc ne cherchait probablement pas à dominer territorialement. Il voulait neutraliser la France, l’impatienter, puis exploiter une transition, un coup de pied arrêté ou une erreur individuelle.

Ce choix n’était pas absurde. La France disposait d’une attaque très dangereuse et avait déjà inscrit quatorze buts dans le tournoi avant ce quart de finale. Didier Deschamps réclamait d’ailleurs davantage d’efficacité offensive à ses joueurs

​Un faux numéro neuf… qui est devenu un vrai problème

Faire jouer Brahim Díaz seul devant pouvait avoir une logique : le faire décrocher pour créer une supériorité numérique au milieu et attirer un défenseur français hors de sa zone.

Mais ce mécanisme ne fonctionne que si plusieurs conditions sont réunies :
  1. les milieux doivent accompagner rapidement ;
  2. les ailiers ou les latéraux doivent attaquer la profondeur ;
  3. la récupération doit être propre ;
  4. le bloc doit remonter ensemble.

Or, dans les faits, Díaz s’est retrouvé souvent isolé. Lorsqu’il décrochait, personne n’occupait vraiment la surface. Lorsqu’il restait haut, il était entouré de défenseurs physiquement plus puissants.

Le Maroc avait donc théoriquement beaucoup de milieux, mais pratiquement aucun point de fixation devant. Il pouvait conserver le ballon dans des zones peu dangereuses, sans disposer d’une présence suffisante pour conclure.

C’est probablement l’une des raisons de cette impression étrange : le Maroc avait parfois le ballon, mais ne semblait jamais véritablement proche de marquer.

​Le plan était-il de jouer le 0-0 jusqu’aux dernières minutes ? C’est l’hypothèse la plus crédible.

La prudence extrême, le milieu renforcé et l’absence d’un avant-centre traditionnel donnent l’impression que le Maroc voulait faire durer le match. Plus le score restait vierge, plus la pression devait se déplacer vers la France.

Dans cette logique, le plan pouvait être découpé en trois temps :

Première phase : défendre bas ou médian, contenir Mbappé, Dembélé, Olise et Doué.
Deuxième phase : fatiguer la circulation française et profiter des espaces laissés par ses latéraux.
Troisième phase : faire entrer des joueurs plus offensifs dans la dernière demi-heure, lorsque la France commencerait à douter.

Le problème est qu’un tel scénario exige une maîtrise défensive presque parfaite. Il suffit d’un but encaissé pour que tout le dispositif perde son sens.

Et même avant de marquer, la France s’est créé suffisamment de situations pour montrer que le verrou marocain était fragile. Le compte rendu de Reuters décrit une victoire française confortable et une supériorité globale que Mohamed Ouahbi a lui-même reconnue après la rencontre.

​Pourquoi Bono a-t-il autant travaillé ?

Parce que le bloc marocain était compact en nombre, mais pas toujours compact en distance.

C’est une différence fondamentale. On peut aligner cinq milieux et rester vulnérable si :
 
  1. la première ligne ne presse pas ;
  2. le porteur français dispose de temps ;
  3. les milieux reculent sans sortir ;
  4. les défenseurs sont attirés hors de leur zone ;
  5. les coureurs adverses ne sont pas suivis.

Le Maroc semblait vouloir protéger l’axe, mais il reculait parfois trop profondément. La France pouvait alors installer ses attaques autour de la surface, multiplier les centres, les dédoublements et les passes en retrait.

Bono est devenu le dernier rempart d’un dispositif qui ne parvenait plus à éloigner le danger. Ce n’est donc pas seulement que le gardien a été excellent : le plan marocain l’a exposé à un volume d’interventions anormalement élevé.

Une contradiction entre le discours et le terrain

Avant le match, Mohamed Ouahbi avait promis un Maroc fidèle à son identité.
Pourtant, sur le terrain, cette identité a été difficile à reconnaître.

Le Maroc avait montré auparavant qu’il pouvait :
 
  • presser haut ;
  • jouer rapidement après récupération ;
  • combiner sur les côtés ;
  • projeter Hakimi ;
  • attaquer avec davantage de joueurs.

Face à la France, l’équipe a paru renoncer à plusieurs de ces qualités. Peut-être par respect excessif pour l’adversaire. Peut-être également parce que le staff redoutait les espaces dans le dos d’Hakimi et de Mazraoui.

Le paradoxe est là : en cherchant à empêcher la France de jouer, le Maroc s’est progressivement empêché lui-même de jouer.

​Le plan a-t-il été mal conçu ou mal exécuté ? Probablement les deux, mais pas dans les mêmes proportions.

Le plan avait une logique : Densifier le milieu contre une équipe techniquement supérieure était défendable. Éviter un match ouvert contre Mbappé et Dembélé relevait du bon sens. Chercher à maintenir le suspense jusqu’à la fin pouvait fonctionner.

Mais il comportait trois faiblesses structurelles

L’absence de profondeur.
Sans attaquant capable de courir derrière la défense ou de conserver le ballon, la France pouvait avancer sans craindre réellement les transitions.

L’isolement de Brahim Díaz.
Le Maroc avait un faux numéro neuf, mais pas assez de joueurs pour profiter de ses déplacements.

L’absence d’un véritable plan B.
Lorsque la France a pris l’avantage, le Maroc devait changer immédiatement de nature : presser plus haut, engager davantage Hakimi et placer une présence supplémentaire dans la surface. Cette transformation a été trop tardive ou trop timide.

​La France avait également parfaitement lu le projet marocain

Deschamps a titularisé Désiré Doué plutôt que Bradley Barcola, renforçant ainsi la capacité française à combiner dans les petits espaces et à occuper les zones intermédiaires.

La France n’a donc pas simplement attaqué le bloc marocain de manière frontale. Elle l’a déplacé, attiré, puis contourné. Ses joueurs offensifs pouvaient permuter, tandis que le Maroc devait constamment décider qui sortir et qui rester.

À force de défendre dans l’incertitude, les Lions ont reculé.

Le verdict : une stratégie de peur plus qu’une stratégie de conquête

Il serait injuste de dire que l’entraîneur n’avait aucune stratégie. Il en avait une.

Mais cette stratégie semblait construite autour de la question : Comment empêcher la France de nous battre ?

Elle ne répondait pas suffisamment à l’autre question : Comment pouvons-nous battre la France ?

C’est là que se situe probablement l’erreur fondamentale. Le Maroc ne pouvait évidemment pas se jeter à l’attaque sans précaution. Mais entre l’inconscience offensive et la prudence paralysante, il existait un espace pour jouer.

Cet espace, les Lions ne l’ont presque jamais occupé.

La conclusion est donc sévère : Mohamed Ouahbi avait imaginé un match d’attente, de résistance et de transitions. Mais les transitions ne sont jamais venues, la résistance a dépendu presque exclusivement de Bono et l’attente s’est transformée en renoncement.

Le Maroc ne s’est pas incliné parce qu’il n’avait aucun plan.Il s’est incliné parce que son plan prévoyait comment rester vivant, beaucoup moins comment gagner.





Vendredi 10 Juillet 2026

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