L’école, là où se joue une grande partie de l’avenir
Cette question commence à l’école.
Dans son programme 2026-2031, l’Istiqlal fait de la réforme de l’école publique un axe important de son projet social. Le parti ne la présente pas seulement comme un service administratif ou un secteur à moderniser. Il la traite comme une condition de la justice sociale, de la cohésion nationale et de la confiance dans l’avenir.
Car au Maroc, l’école reste l’un des lieux où les inégalités se voient le plus tôt. Entre un élève d’un centre urbain bien équipé et un élève d’un douar éloigné, entre une famille capable de financer du soutien scolaire et une autre qui dépend entièrement de l’école publique, les chances ne sont pas toujours les mêmes.
C’est précisément ce déséquilibre que le programme de l’Istiqlal cherche à corriger.
La justice territoriale avant les grands discours
Elle suppose des salles de classe dignes, des équipements fonctionnels, des sanitaires corrects, une connexion internet, des internats, du transport scolaire et des conditions d’apprentissage acceptables.
L’Istiqlal fixe notamment l’objectif de raccorder les établissements scolaires à Internet à hauteur de 100 % à la fin du mandat.
Cette mesure peut sembler technique. Elle est pourtant politique.
Dans un pays où l’accès au savoir passe de plus en plus par le numérique, une école non connectée devient une école isolée. Elle coupe ses élèves d’une partie des ressources pédagogiques, de l’accompagnement à distance, des outils d’apprentissage modernes et même de certaines formes d’orientation.
Connecter les écoles, ce n’est donc pas seulement installer un réseau. C’est réduire une fracture.
L’enseignant au centre de la réforme
Le programme de l’Istiqlal insiste sur l’amélioration de la situation professionnelle des professeurs et sur la nécessité d’une formation continue obligatoire, liée à l’évolution de carrière. L’idée est de renforcer les compétences pédagogiques, d’accompagner les transformations du métier et de mieux préparer les enseignants aux nouvelles réalités de la classe.
Car enseigner aujourd’hui n’est plus seulement transmettre un contenu. C’est gérer des niveaux différents, repérer les difficultés d’apprentissage, accompagner des élèves parfois fragilisés socialement, intégrer les outils numériques, dialoguer avec les familles et maintenir l’attention dans un monde saturé d’écrans.
Le parti propose aussi d’améliorer les conditions de travail des enseignants dans les zones reculées, notamment à travers une prime d’enseignement rural.
C’est un point important. On ne peut pas demander à l’école rurale de réussir si les enseignants qui y travaillent se sentent oubliés, isolés ou pénalisés. Valoriser leur mission, c’est reconnaître que l’égalité territoriale repose aussi sur leur engagement.
L’abandon scolaire : prévenir avant de réparer
L’Istiqlal propose de mettre en place un système d’alerte précoce capable de détecter les signes de décrochage avant que l’élève ne quitte définitivement l’école.
C’est une approche intéressante parce qu’elle change la logique habituelle. Trop souvent, les politiques publiques interviennent lorsque l’élève est déjà sorti du système. Or, à ce stade, le retour devient plus difficile.
Un enfant qui s’absente régulièrement, dont les résultats chutent, qui se replie sur lui-même ou dont la famille traverse une difficulté sociale n’est pas simplement un cas statistique. C’est un signal. Si l’école, la famille, les services sociaux et les collectivités arrivent à réagir assez tôt, l’abandon peut parfois être évité.
Le programme prévoit aussi l’élargissement du réseau des écoles de la deuxième chance. Cette mesure reconnaît une réalité : tous les parcours ne sont pas linéaires. Certains jeunes sortent du système scolaire, mais peuvent y revenir si on leur propose un cadre adapté, plus souple, plus concret et plus proche de leurs besoins.
L’objectif n’est donc pas seulement de sanctionner l’échec. C’est d’offrir une possibilité de recommencement.
L’intelligence artificielle comme outil d’accompagnement, pas comme gadget
Cette mesure mérite attention.
L’intelligence artificielle dans l’éducation ne doit pas être perçue comme un slogan technologique ou une mode. Bien utilisée, elle peut permettre de mieux identifier les lacunes, de proposer des exercices adaptés, d’aider l’élève à avancer à son rythme et de fournir aux enseignants des informations utiles sur les besoins de chaque classe.
Dans un système où les effectifs peuvent être élevés et où les enseignants n’ont pas toujours le temps d’accompagner individuellement chaque élève, un outil numérique bien conçu peut devenir un appui.
Mais l’enjeu est clair : l’IA ne doit pas remplacer l’enseignant. Elle doit le renforcer.
Elle doit rester un outil au service de la pédagogie, de l’équité et de la réussite, et non une solution magique présentée comme capable de résoudre seule les difficultés de l’école.
L’école publique comme garantie de cohésion nationale
Le projet “École de l’appartenance” s’inscrit dans cette logique. Il propose notamment de rapprocher les élèves de figures marocaines inspirantes et de développer leur participation à des actions citoyennes, sociales ou environnementales.
Cette orientation peut parler à une génération fortement exposée aux réseaux sociaux, aux contenus mondialisés et parfois à une perte de repères.
L’objectif n’est pas de fermer les jeunes sur eux-mêmes. Au contraire, il s’agit de leur donner les moyens d’être ouverts au monde sans être déracinés, connectés sans être perdus, modernes sans tourner le dos à leur identité.
Une école qui transmet des savoirs mais aussi un sens de l’appartenance peut devenir un rempart contre l’indifférence, le décrochage civique et la perte de confiance dans le collectif.
Famille et école : renouer le dialogue
L’Istiqlal propose notamment la création d’unités d’assistance sociale dans les établissements scolaires pour accompagner les élèves en situation difficile.
Cette mesure est importante, car beaucoup de problèmes scolaires ont aussi des causes sociales, familiales ou psychologiques. Un élève qui décroche n’est pas toujours un élève qui refuse l’école. Il peut être confronté à la pauvreté, à l’éloignement, à des tensions familiales, à un manque de soutien ou à des fragilités invisibles.
En rapprochant l’école des familles et en y intégrant une capacité d’écoute sociale, le programme cherche à faire de l’établissement scolaire un espace plus humain, capable de repérer les difficultés au lieu de les laisser s’aggraver.
C’est une manière de rappeler que l’éducation ne dépend pas seulement des programmes scolaires. Elle dépend aussi de l’environnement de l’enfant.
Réhabiliter l’école publique, c’est réhabiliter la promesse sociale
Car une société peut difficilement parler de mobilité sociale si l’école ne permet plus à un enfant modeste de progresser. Elle peut difficilement parler de classe moyenne si les familles doivent consacrer une part croissante de leurs revenus au soutien scolaire ou au privé. Elle peut difficilement parler de confiance si les parents doutent de la capacité de l’école publique à préparer leurs enfants à l’avenir.
L’enjeu est donc immense.
Réformer l’école, ce n’est pas seulement rénover des bâtiments ou introduire des outils numériques. C’est redonner de la valeur à l’effort, au mérite, au savoir et à la possibilité pour chaque enfant, quelle que soit son origine sociale ou géographique, d’espérer une trajectoire meilleure.
Un test majeur pour le prochain quinquennat
Ces propositions ne répondent pas à un seul problème. Elles dessinent une vision : celle d’une école publique plus juste, plus moderne et plus proche des réalités sociales du pays.
Bien sûr, la réussite dépendra de la mise en œuvre, du financement, de la coordination entre les ministères, les académies, les collectivités et les familles. Mais le message politique est clair : le Maroc de demain ne se construira pas seulement dans les grands projets économiques. Il se construira aussi, chaque matin, dans une salle de classe.
Et si l’Istiqlal veut convaincre que “Mon pays, mon avenir” n’est pas seulement un slogan, l’école publique sera sans doute l’un des premiers endroits où cette promesse devra devenir visible.












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