Puis commence le spectacle.
L'invité impoli n'est pas forcément celui qui parle fort. Non. Le plus redoutable est celui qui occupe l'espace avec une politesse de façade. Il distribue des sourires calibrés, serre les mains sans regarder les visages, interrompt les conversations avec l'assurance tranquille de celui qui pense qu'aucun sujet ne peut être plus intéressant que lui-même.
Il connaît tout. Il a rencontré tout le monde. Il a conseillé tous les ministres, sauvé plusieurs entreprises, inspiré quelques écrivains et presque entraîné l'équipe nationale. À l'écouter, le Maroc aurait pris un retard considérable le jour où il a décidé de passer quelques semaines en vacances.
À table, le ballet continue.
Le serveur devient invisible. Les hôtes deviennent du mobilier. Les autres invités ne sont plus des interlocuteurs mais un public. Il répond au téléphone sans quitter sa chaise. Il consulte ses messages pendant que quelqu'un raconte une histoire. Il coupe la parole avec une élégance qui n'appartient qu'aux gens convaincus que le temps des autres vaut moins que le leur.
Le plus amusant est qu'il se croit raffiné.
Il confond souvent l'arrogance avec l'assurance, le mépris avec l'intelligence et le sarcasme avec l'humour. Il imagine impressionner son entourage alors qu'il ne fait que révéler une étonnante pauvreté de savoir-vivre.
Au Maroc, pourtant, nous avons hérité d'une tradition bien différente.
La véritable distinction n'a jamais consisté à être le personnage principal d'une soirée. Elle réside dans l'art de mettre les autres à l'aise. Les anciennes maisons le savaient. Les grands hôtes parlaient peu d'eux-mêmes. Ils observaient, écoutaient, servaient parfois avant d'être servis. Leur autorité naissait de leur discrétion.
Aujourd'hui, certains semblent avoir remplacé cette école de l'élégance par une formation accélérée aux réseaux sociaux. Plus ils parlent d'eux, plus ils pensent exister. Plus ils monopolisent la conversation, plus ils s'imaginent passionnants.
Erreur de casting.
Une soirée réussie ne se mesure pas au nombre de cartes de visite distribuées ni au volume sonore d'un ego. Elle se mesure aux souvenirs que chacun emporte en rentrant chez lui.
Et c'est souvent là que le verdict tombe.
On ne retient pas le costume le plus cher, la montre la plus brillante ou les anecdotes les plus spectaculaires. On se souvient de celui qui a écouté avec sincérité, qui a présenté les personnes entre elles, qui a fait rire sans humilier, qui a remercié le personnel, qui a quitté la table en laissant derrière lui une impression de simplicité.
L'autre laisse également une trace.
On se rappelle ses interruptions, ses regards condescendants, sa façon d'ignorer ceux qui ne pouvaient rien lui apporter. On évoque son nom une fois la porte refermée, rarement avec admiration.
Il existe une règle silencieuse dans toutes les réceptions. Les invités pensent observer les autres. En réalité, ils sont tous observés.
L'éducation finit toujours par parler plus fort que les discours.
Voilà pourquoi, lorsque je croise ces professionnels de l'autocélébration, je ne ressens plus l'envie de répondre sur le même registre. L'impolitesse est contagieuse seulement chez ceux qui acceptent de l'imiter.
Je préfère une autre stratégie. Je reste maître de mes élégances.
Parce que l'élégance n'est pas un vêtement que l'on porte pour les grandes occasions. C'est une discipline intérieure. Elle résiste aux provocations, aux vanités et aux petits théâtres de salon.
Et dans les dîners comme dans la vie, il arrive qu'un simple sourire courtois soit la réponse la plus mordante que l'on puisse offrir.












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