La récente dynamique impulsée par le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, illustre cette évolution.
La modernisation des laboratoires du ministère en partenariat avec le Massachusetts Institute of Technology et des instituts de recherche chinois s’inscrit dans une logique claire : connecter la recherche marocaine aux réseaux scientifiques les plus avancés.
Dans un domaine où la modélisation hydrologique, la télédétection et l’intelligence artificielle deviennent déterminantes, la maîtrise technologique constitue désormais un levier essentiel de gouvernance.
Cette ambition se traduit également par un projet institutionnel structurant : la création d’instituts dédiés à l’eau, à l’intelligence artificielle et à la physique quantique, adossés à un pôle technologique au sein de l’École Hassania des Travaux Publics.
Derrière cette architecture académique se dessine une vision plus large : former une nouvelle génération d’ingénieurs, de chercheurs et de gestionnaires capables d’affronter les défis hydriques du XXIᵉ siècle.
La question n’est pas seulement nationale. Elle est profondément continentale.
C’est dans cette perspective que l’UNESCO souligne la nécessité urgente de former de nouveaux experts africains de l’eau, capables de concevoir des politiques intégrées et d’anticiper les crises hydriques.
Dans ce cadre, l’expérience marocaine attire une attention croissante.
Les outils développés par le ministère pour la surveillance et la gestion des risques hydrologiques, notamment les systèmes Vigirisques et Vigicrues, illustrent une approche de plus en plus fondée sur l’anticipation et l’analyse des données.
L’expertise internationale en matière d’alerte précoce pour les sécheresses et les inondations pourrait d’ailleurs renforcer ces dispositifs et en faire des références régionales. Au-delà de la technologie, la gouvernance territoriale de l’eau évolue également.
Les « contrats de rivière » et les « contrats de nappe » introduisent une logique nouvelle : associer collectivités, usagers et institutions autour d’une gestion concertée des ressources.
L’expérience menée autour de la nappe côtière Rhiss-Nekkor, dans la région d’Al Hoceima, illustre ce modèle de régulation locale qui pourrait être progressivement étendu à d’autres bassins hydrologiques.
Cette approche intégrée fera d’ailleurs l’objet d’une attention particulière lors de la Conférence internationale sur les rivières africaines organisée à l’Mohammed V University in Rabat en juillet 2026.
La célébration prochaine de la World Water Day, organisée avec le Mohammed VI Museum for Water Civilization, l’Mohammed VI Polytechnic University et l’Cadi Ayyad University, s’inscrit dans cette dynamique de mobilisation intellectuelle.
L’appel à contributions sur la question « eau et femmes » ainsi que le concours dédié à l’innovation hydrique chez les jeunes témoignent d’une volonté d’élargir le débat au-delà des seuls experts.
Au fond, l’enjeu dépasse la simple gestion d’une ressource naturelle.
Dans un monde où l’eau devient progressivement l’un des déterminants majeurs de la stabilité et du développement, la stratégie marocaine esquisse peut-être les contours d’un nouveau modèle.
Un modèle où la politique hydraulique ne se limite plus aux barrages et aux infrastructures, mais s’inscrit dans une vision plus large : celle d’une diplomatie scientifique et d’une souveraineté hydrique fondée sur la connaissance.
Par Said Temsamani.












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