L’ère des putschs au Burkina-Faso


Deux coups d’Etat en moins d’un an. C’est le triste record du Burkina Faso, pris en étau entre le changement climatique et les attaques jihadistes.



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Le Capitaine Ibrahim Traoré, nouveau chef de la junte militaire à Ouagadougou
Le Capitaine Ibrahim Traoré, nouveau chef de la junte militaire à Ouagadougou
Avec le Mali, gouverné par une junte militaire depuis août 2020, un autre pays de l’Afrique de l’Ouest continue de sombrer dans l’instabilité politique, le Burkina-Faso, qui vient d’afficher le triste record de deux putschs militaires à huit mois d’intervalle.

Le 24 janvier dernier, le Lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba renverse Roch Marc Christian Kaboré, élu président du Burkina-Faso en décembre 2015.
 
Le 30 septembre, c’est au tour du Capitaine Ibrahim Traoré de mener un coup d’Etat contre son putschiste prédécesseur.

La motivation des organisateurs des deux coups d’Etat militaires successifs est exactement la même. Les attaques des groupes armés jihadistes au Nord et à l’Est du pays, aux frontières avec le Mali et le Niger, ont semé l’insécurité et le chaos, ce qu’aucun des régimes politiques successifs installés à Ouagadougou n’est parvenu à combattre efficacement.

Selon Mahamadou Issoufou, ex-président du Niger et actuel médiateur de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) pour le Burkina –Faso, quelques 40% du territoire burkinabais est « hors du contrôle de l’Etat ».

Un pays dévasté

L’agriculture, c’est 25% du Pib du Burkina-Faso et 80% de sa population active occupée. Les extrêmes variations climatiques subies par ce pays sahélien au cours des dernières années ont porté un coup dur à la production agricole.

Les attaques jihadistes, qui ont commencé aux confins Nord et Est du Burkina-Faso à partir de l’année 2015, pour s’étendre sur les deux cinquième du territoire, sont venues aggraver cette situation.

Le déplacement des populations fuyant les combats, estimées à environ un million de personnes, sur une population totale de 20,8 millions, a entraîné l’abandon de terres agricoles, réduisant d’autant plus la production alimentaire, tout en augmentant le chômage.

Ce ne sont pas moins de 40% des habitants du Burkina-Faso qui vivent sous le seuil de la pauvreté, selon les chiffres de la Banque mondiale.

Le règne de l’insécurité

Membres des milices "Koglwéogo"
Membres des milices "Koglwéogo"
Pour ne rien arranger, et pour faire face aux bandes armés jihadistes ou tout simplement criminelles, des milices populaires d’auto-défense se sont formées, les Koglwéogo », apportant un semblant de sécurité de manière localisée, mais également coupables de graves atteintes aux droits humains dans les zones qu’elles contrôlent, d’après Amnesty Internationale.

De manière très simplifiée, même si quelque peu simpliste, l’Etat burkinabais est dans un tel état de faiblesse qu’il ne parvient pas à exercer pleinement son autorité sur l’ensemble de son propre territoire, ni à assurer les besoins primaires de sa population.

Autre signe de l’évident délitement de l’autorité au sein même de l’armée, la mutinerie d’une unité de forces spéciales « Cobra », spécialisée dans la lutte anti-jihadiste et commandée par le Capitaine Ibrahim Traoré, qui est déployée dans la région de Kaya, dans le Nord du Burkina-Faso.

Officiers et soldats au contact des bandes armées s’estiment, en effet, abandonnés par leurs officiers supérieurs, qui vaquent à leurs petits trafics en toute sécurité, loin des affrontements meurtriers menés par leurs troupes.

Absence de perspectives

Dans un tel contexte socioéconomique et politique, la prise pour cible des symboles de l’Etat français par les émeutiers à Ouagadougou et les drapeaux russes brandis par des manifestants, tout en révélant le dépit grandissant de nombres de peuples de l’Afrique de l’Ouest envers l’ancienne puissance coloniale et l’espoir d’une alternative russe au néocolonialisme français, relève plus de la catharsis que d’une réelle possibilité de changement rapide de la situation sur le terrain.

Les agriculteurs burkinabais ont besoin d’accéder à des engrais bon marché, ce que la Russie ne pourra pas leur fournir dans l’immédiat, malgré sa volonté de le faire, et ce en raison des sanctions européennes.

Il est peu probable, non plus, que le fameux groupe Wagner puisse envoyer au Burkina-Faso suffisamment de mercenaires russes pour contrer et repousser les bandes armées jihadistes, du fait de leur mobilisation actuelle sur le front ukrainien.

Le plus prévisible est une nouvelle vague de migration vers l’Europe de Burkinabais fuyant la guerre et la désertification, faute d’un réel soutien dans leur détresse pour qu’ils puissent rester chez eux en toute sécurité et dans les conditions minimales d’une vie décente.





Ahmed Naji
Journaliste par passion, donner du relief à l'information est mon chemin de croix. En savoir plus sur cet auteur
Mardi 4 Octobre 2022

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