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Le bac ouvre des portes, mais qui paie le loyer ?


Rédigé par le Lundi 14 Septembre 2026

Il y a une phrase que l’on répète souvent aux jeunes : « Si tu travailles bien, tu réussiras. » Une phrase rassurante, presque évidente. Le mérite, les efforts, les résultats scolaires devraient, en principe, ouvrir les portes. Mais après le bac, une autre réalité peut rapidement apparaître : encore faut-il pouvoir se rendre jusqu’à la porte que l’on vous ouvre.



Parce qu’au Maroc, toutes les formations ne sont pas disponibles dans toutes les villes. Pour un jeune de 17 ou 18 ans qui décroche son bac, intégrer l’établissement ou la formation qu’il souhaite peut donc signifier quitter sa ville, parfois sa région, et partir vivre ailleurs. Rabat, Casablanca, Fès, Marrakech, Tanger… Le diplôme obtenu dans sa ville d’origine ne suffit plus. Il faut pouvoir financer la ville dans laquelle se trouve l’avenir que l’on a choisi.

Et c’est là que commence une autre histoire, beaucoup moins visible que celle de l’orientation universitaire.

Une fois l’admission obtenue, il faut trouver où dormir. La cité universitaire existe, bien sûr, mais elle répond à des critères et ses places ne sont pas infinies. Pour ceux et celles qui n’y ont pas accès, il reste les résidences privées, les logements étudiants ou la location classique. Certains optent pour la colocation à deux, à trois, parfois davantage, pour partager les charges. D’autres prennent une chambre seuls, lorsque les moyens familiaux le permettent. Et puis il y a ceux qui font leurs comptes et découvrent que la formation qu’ils viennent d’obtenir est, tout simplement, trop loin et trop chère.

Le paradoxe est brutal : on peut avoir le bac, être admis dans une formation, avoir les capacités de la suivre… et pourtant ne pas pouvoir y aller.

On parle beaucoup de décrochage scolaire, de chômage des jeunes, d’orientation et d’égalité des chances. Mais il existe aussi une forme de renoncement beaucoup plus silencieuse : celui du jeune qui ne s’inscrit pas, non pas parce qu’il ne veut pas étudier, mais parce que sa famille ne peut pas financer son départ.

Car le coût des études ne se résume jamais aux frais d’inscription. Il faut additionner le loyer, la caution, l’électricité, l’eau, Internet, le transport, la nourriture, les déplacements entre la ville universitaire et la famille… Pour un foyer aux revenus modestes, envoyer un enfant étudier dans une autre ville peut rapidement devenir une deuxième économie familiale à gérer.

Et cette dépense n’est pas répartie de manière égale entre les familles.

Pour une famille aisée, le départ d’un enfant vers une autre ville peut être une étape normale. Pour une famille qui vit déjà avec un budget serré, cela peut devenir un véritable arbitrage : payer le logement de l’aîné, continuer à financer les études des autres enfants, assumer les dépenses quotidiennes… ou demander au jeune de choisir une formation moins adaptée, mais plus proche.

C’est là que la question du logement étudiant devient une question d’égalité des chances.

Deux jeunes peuvent avoir les mêmes notes, le même diplôme, les mêmes ambitions et être admis dans la même formation. Mais si l’un vit à quelques kilomètres de son établissement et que l’autre doit parcourir plusieurs centaines de kilomètres pour y accéder, ils ne partent déjà plus avec les mêmes chances.

La géographie devient alors une forme d’inégalité sociale.

On pourrait pourtant réfléchir à des solutions plus ambitieuses. Pourquoi ne pas développer davantage les cités universitaires publiques, notamment dans les villes qui accueillent le plus d’étudiants venant d’autres régions ? Pourquoi ne pas créer davantage de résidences à loyers encadrés, avec des tarifs réellement adaptés aux revenus des familles ? Pourquoi ne pas développer un système d’aide au logement étudiant qui accompagnerait le jeune pendant ses années d’études, plutôt que de laisser chaque famille trouver seule une solution ?

Il pourrait également être intéressant de réfléchir à un mécanisme de crédit ou de financement public destiné aux familles qui doivent supporter les frais liés à la mobilité de leurs enfants. Un crédit à taux très faible, voire sans intérêt, pourrait permettre de financer temporairement le logement et les dépenses essentielles, avec un remboursement adapté aux capacités du foyer. L’objectif ne serait pas d’endetter davantage les familles, mais justement d’éviter qu’une contrainte financière immédiate ne détruise un projet d’études qui peut, à terme, améliorer la situation économique de toute la famille.

On pourrait aussi imaginer des partenariats entre l’État, les universités, les collectivités territoriales et le secteur privé pour développer des résidences étudiantes à prix accessibles. Pas nécessairement des logements luxueux. Simplement des logements décents, sûrs, proches des établissements et financièrement supportables.

Parce qu’un étudiant n’a pas besoin d’un appartement haut de gamme pour réussir. Il a besoin d’un endroit où dormir, étudier, manger et vivre dignement.

Il faudrait également regarder la question sous l’angle de la mobilité territoriale. Si l’objectif est réellement de donner à chaque jeune la possibilité de choisir sa formation en fonction de ses capacités et de ses aspirations, alors la mobilité doit faire partie de la politique éducative. Aider un étudiant à se déplacer vers sa formation, ce n’est pas lui offrir un privilège. C’est lui permettre d’accéder concrètement à un droit.

On parle souvent de mérite. Mais le mérite ne devrait pas s’arrêter devant un bail de location.

À 18 ans, un jeune ne devrait pas avoir à choisir entre la formation qu’il souhaite et celle que sa famille peut financièrement se permettre. Il ne devrait pas non plus être obligé de renoncer à une admission parce qu’il n’a pas trouvé de logement abordable dans la ville où se trouve son établissement.

La vraie égalité des chances ne consiste donc pas uniquement à ouvrir les portes de l’université. Elle consiste aussi à permettre aux étudiants de franchir ces portes, même lorsqu’elles se trouvent loin de chez eux.

Parce qu’après le bac, certains jeunes quittent leur famille pour poursuivre leurs études. D’autres quittent leur ville. Et certains, faute de moyens, quittent tout simplement leur projet.

C’est peut-être là que nous devons déplacer le débat : le logement étudiant n’est pas une question secondaire autour de l’université. Il fait partie de l’accès à l’université.

Et si nous voulons réellement parler de mobilité sociale, il faudrait peut-être commencer par permettre aux jeunes de bouger.
 





Salma Labtar
Journaliste sportive et militante féministe, lauréate de l'ISIC. Dompteuse de mots, je jongle avec... En savoir plus sur cet auteur
Lundi 14 Septembre 2026

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