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Les risques de l'American Rescue Plan : Surchauffe de l’économie et relance de l’inflation

Un stimulus inflationniste pourrait doper les rendements obligataires et provoquer le crach boursier


Qualifié, par certains de seule et unique solution pour éviter une crise profonde des Etats Unis, le plan de relance de 1.900 milliards de dollars de l’économie US est perçu autrement par bien d’autres experts et analystes qui estiment que, nécessairement, ce stimulus s’avérerait inflationniste, doperait les rendements obligataires et nuirait aux actions.
Ci-dessous les tenants-aboutissants d’un stimulus colossal financé par la dette du gouvernement américain et qui, quelque part, s’inscrit en parfaite ligne avec la nouvelle théorie monétaire qui veut que les déficits ne comptent plus.



A lire ou à écouter en podcast :

break_time500msles_risqu1617068310.mp3 Les risques de l'American Rescue Plan : Surchauffe de l’économie et relance de l’inflation  (1.3 Mo)

L'American Rescue Plan Act, de par les montants d’aides tous azimuts qu’il met en jeu, suscite moult réactions. Au point que tout le monde s’y immisce pour donner son avis.

Du simple scribouillard en herbe qui se rabat sur des soi-disant "dit-on " pour agrémenter son verbatim emprunté, aux érudits au fait des ficelles de la finance, chacun y va de son propre commentaire. 

Et pourtant, l'économie, économie politique ou science économique, est une discipline à part entière dont la rationalité est le maître-mot.
De la science des richesses d’Adam Smith à l’économie comportementale, "la main invisible " a cédé la place aux biais émotionnels et cognitifs. Et la théorie des jeux a fait en sorte que l’économie expérimentale émerge.

D’ailleurs, cette méthode a été couronnée par deux prix Nobel, attribués en 1994 à Reinhard Selten, le pionnier de l’économie expérimentale, récompensé pour ses travaux sur la théorie des jeux, et en 2002 à l’économiste Vernon Smith et au psychologue Daniel Kahneman, les premiers à avoir introduit la psychologie cognitive en sciences économiques, en même temps qu’ils fondaient l’économie comportementale.

Et c’est, d’ailleurs de cela qu’il est question aujourd’hui. Et c’est dans ce genre de mouvance qu’intervient le troisième plan de relance américain.

Les mesures de relance

D'un montant de 1.900 milliards de dollars, ce plan s’apparente à un package incluant de nouveaux chèques pour les foyers, de nouvelles aides pour les chômeurs, un soutien aux collectivités et un plan pour la vaccination contre le Covid.

Ainsi, des millions d'Américains vont toucher des chèques d'aides directes allant jusqu'à 1400 dollars par individu et personne à charge, pour un montant global de quelque 400 milliards de dollars.

Le plan prolonge en outre jusqu'en septembre des allocations chômage exceptionnelles qui devaient expirer le 14 mars. 
Le secteur de la restauration, l’un des secteurs les plus affectés par les mesures de restrictions pour contenir la pandémie, va bénéficier d’une enveloppe de 25 milliards de dollars. 
Quelque 15 milliards de dollars sont consacrés à la vaccination, 50 milliards pour les tests et le traçage et 10 milliards pour la production de vaccins.
Le plan consacre également 126 milliards de dollars aux écoles, de la maternelle au lycée, pour soutenir leur réouverture malgré la pandémie, ainsi que 350 milliards en faveur des Etats, des collectivités locales.

La proposition d’inclure dans la loi l’augmentation du salaire minimum à 15 dollars – contre 7,25 dollars actuellement – a été abandonnée.


La Maison Blanche rassure

D'après la Maison Blanche, cette législation historique" créera plus de 7 millions de nouveaux emplois cette année et rendra les soins de santé plus abordables tout en sauvant des vies grâce aux aides pour la vaccination généralisée. Elle affirme également qu'elle réduira de moitié la pauvreté des enfants. 
Versant dans le même sens des experts estiment que le plan de l’administration Biden devrait permettre aux États-Unis de porter leur croissance en 2021 à 6,5 % , soit le double de ce qui était attendu en décembre. L’économie serait mise sur pied et le chômage réduit
 

Des experts évoquent la surchauffe de la machine et l’envolée des taux

A l’opposé certains experts, à l’image de l’ex-secrétaire au Trésor Larry Summers, ont mis l’accent sur le fait que ce plan de relance pourrait réveiller l’inflation, et ce, au moment où les prix de certains produits dont l’essence, les voitures et l’immobilier ont déjà commencé à grimper et que les taux d’intérêt sont au plus bas.

"Si tout se passe bien, Biden sera vu comme un héros et il le méritera", résume pour le site Politico Len Burman, professeur d’administration publique et d’affaires internationales à la Maxwell School de l’Université de Syracuse, cofondateur du Tax Policy Center. "C’est la première fois que nous créons un stimulus suffisant et le risque, c’est qu’il soit trop fort. L’inflation est un vrai risque. Mais si cela tourne mal, au moins nous connaitrons le résultat d’une telle expérimentation."

Et c’est partant de là que les économistes qui raisonnent en termes d’output gap, écart entre le niveau observé du PIB et son niveau potentiel, puisent toute la pertinence de leur analyse en termes de surchauffe de la machine économique et d’envolée des taux d’intérêt à long terme.
 

Changement de paradigme

En d’autres termes, ce changement de paradigme adossé à une augmentation des taux d’intérêt induite à son tour par une inflation forte conduirait à une réallocation des actifs au profit d’une migration massive vers des obligations. Et par ricochet une réaction violente des marchés financiers.

Un risque que minimise la secrétaire américaine au Trésor, Janet Yellen, qui déjà anticipe à la fois une croissance économique et un possible retour au plein-emploi l'an prochain et estime aussi que la peur de l’inflation est exagérée.
Pour elle, le risque de ne pas faire assez l’emporte sur celui d’en faire trop.

Jusqu’ici, le marché semble apprécier et la question qui se pose alors est, justement, de savoir si, en cas de croissance, celle-ci serait oui ou non entretenue.
Par Noureddine BATIJE 



Noureddine Batije


Rédigé par Noureddine Batije le Lundi 29 Mars 2021

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