La question mérite d’être posée sans détour.
Pourtant, malgré cette position géographique exceptionnelle, le Maroc demeure encore en retrait dans la captation directe de la valeur générée par ce flux permanent.
Cette situation interpelle et appelle à une réflexion de fond : peut-on durablement se contenter d’être un simple territoire de passage dans un monde où la souveraineté économique devient un impératif stratégique ?
Certes, le cadre juridique international, notamment celui défini par la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, impose des limites claires.
L’histoire des relations économiques internationales montre que les normes évoluent, que les États innovent et que des modèles hybrides peuvent émerger, conciliant liberté de circulation et valorisation économique.
Dans ce contexte, toute réflexion sérieuse suppose un dialogue étroit avec l’Espagne. Une initiative unilatérale serait non seulement inefficace, mais potentiellement contre-productive.
En revanche, une approche concertée, fondée sur des intérêts communs et une vision stratégique partagée, pourrait ouvrir la voie à de nouvelles formes de coopération.
Le statu quo actuel bénéficie à de nombreux acteurs internationaux, et toute tentative de remise en cause suscitera inévitablement des résistances.
Dès lors, la véritable question n’est peut-être pas celle, simpliste, de l’instauration de droits de passage.
Elle réside plutôt dans la capacité du Maroc à transformer cet avantage géographique en puissance économique réelle. C’est dans cette optique que des infrastructures comme Tanger Med prennent tout leur sens.
En développant des plateformes logistiques de classe mondiale, en attirant les flux plutôt qu’en les contraignant, et en créant de la valeur autour du transit plutôt que sur le transit lui-même, le Maroc s’inscrit déjà dans une logique plus fine, plus efficace et surtout plus conforme aux réalités du commerce international.
Ce débat, en définitive, dépasse largement la seule question du détroit.
Il ne s’agit pas de fermer des routes, mais de redéfinir notre place sur ces routes. Le détroit de Gibraltar ne deviendra probablement pas un “Hormuz européen”.
Mais il peut, à condition d’une vision claire et assumée, devenir l’un des piliers d’une stratégie marocaine renouvelée, tournée vers la création de valeur, l’influence et le leadership régional.
La vraie question n’est donc pas de savoir si le Maroc peut taxer le passage. Elle est bien plus fondamentale : le Maroc veut-il continuer à subir les dynamiques de la mondialisation, ou entend-il désormais en être un acteur structurant ?
Rédigé par Abdelghani El Arrasse - Économiste Membre de L’AEI.












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