Le Maroc rural change, mais ses règles d’aménagement restent souvent prisonnières d’une vision ancienne.
D’un côté, les campagnes se transforment sous l’effet de la mobilité, du numérique, des nouveaux métiers, des changements climatiques et de l’évolution des modes de vie. De l’autre, les politiques d’urbanisme continuent trop fréquemment de traiter ces territoires comme de simples périphéries agricoles, auxquelles seraient appliqués, avec retard, des modèles pensés pour la ville.
C’est contre ce décalage que Nizar Baraka a plaidé, à Rabat, lors d’un colloque organisé par l’Alliance des Architectes Istiqlaliens. Le secrétaire général du Parti de l’Istiqlal défend l’adoption d’une législation spécifique à l’urbanisme rural, estimant que le cadre actuel ne permet plus de répondre aux réalités économiques, sociales et environnementales des campagnes.
Son message est clair : le monde rural ne peut plus être administré à coups de dérogations, de permis de construire et de documents de planification souvent dépassés. Il doit devenir un véritable espace de développement.
Une loi dédiée plutôt qu’une adaptation permanente des règles urbaines
Au cœur de la proposition figure l’élaboration d’une loi spécifique au monde rural. L’objectif serait de sortir d’une logique dans laquelle les normes urbaines sont simplement transposées aux campagnes, alors que les réalités foncières, démographiques et économiques y sont profondément différentes.
Nizar Baraka souhaite notamment que les futures Agences régionales de l’urbanisme et de l’habitat disposent de structures entièrement consacrées aux territoires ruraux. Ces départements auraient pour mission de mieux intégrer les contraintes locales, de simplifier les démarches administratives et d’accélérer l’instruction des projets.
L’enjeu n’est pas seulement juridique. Il est aussi économique. Dans de nombreuses communes, la lenteur des procédures, l’ancienneté des documents d’urbanisme et la complexité des régimes fonciers freinent les investissements, bloquent des projets et poussent parfois les habitants vers la construction informelle.
À travers cette réforme, Nizar Baraka défend aussi l’idée d’une nouvelle Charte nationale de l’urbanisme rural, fondée sur la justice territoriale, l’équité entre les espaces et la protection des ressources.
Cette charte devrait répondre à une question simple : comment construire sans détruire les terres agricoles, comment développer sans bétonner, et comment équiper les campagnes sans reproduire les déséquilibres des grandes villes ?
Rester au village doit devenir un choix
Le diagnostic posé est également démographique. Le monde rural continue de perdre une partie de sa population. Près de deux millions de personnes auraient quitté les campagnes au cours de la dernière décennie, soit environ 200.000 départs par an.
Le phénomène ne traduit pas seulement une attirance pour la ville. Il révèle surtout un écart persistant dans l’accès aux services, à l’emploi, aux soins, à l’éducation, aux transports et aux opportunités économiques.
Pour Nizar Baraka, l’objectif ne doit pas être d’empêcher la mobilité vers les villes. Il s’agit plutôt de faire en sorte que rester dans une commune rurale ne soit plus subi, faute d’alternative.
Autrement dit, l’exode rural ne se combat pas par des discours, mais par des conditions de vie comparables, des emplois accessibles et des services publics dignes.
Cette approche renvoie à l’idée d’un « Maroc à une seule vitesse », dans lequel le lieu de résidence ne déterminerait plus la qualité de l’école, la proximité d’un centre de santé, l’accès à l’eau potable ou la possibilité d’entreprendre.
Autre point central : le développement rural ne peut plus reposer presque exclusivement sur l’agriculture.
Ce secteur demeure essentiel, mais il ne peut absorber à lui seul les besoins d’emploi, notamment ceux des jeunes. La sécheresse, la pression sur les ressources hydriques, la fragmentation des exploitations et les mutations technologiques obligent à repenser les modèles économiques locaux.
Nizar Baraka plaide ainsi pour une diversification des activités : tourisme rural, artisanat, petites industries, commerce électronique, services numériques, énergies renouvelables et zones d’activités économiques.
Cette diversification suppose cependant des infrastructures. Sans routes, sans connexion numérique fiable, sans accès à l’eau, sans assainissement et sans foncier mobilisable, l’entrepreneuriat rural restera davantage un slogan qu’une politique publique.
L’urbanisme devient alors un levier économique. Il ne sert plus seulement à déterminer où l’on peut construire, mais aussi où installer un atelier, une petite unité industrielle, un service logistique, un projet touristique ou une activité commerciale.
L’eau, préalable absolu : Toute stratégie consacrée aux campagnes se heurte désormais à une réalité incontournable : la sécurité hydrique.
Nizar Baraka a rappelé les investissements réalisés ou programmés dans les barrages, le dessalement de l’eau de mer et la réutilisation des eaux usées traitées. Le Royaume prévoit notamment la construction de 155 nouveaux barrages dans les prochaines années.
Mais l’infrastructure hydraulique ne suffit pas si elle n’est pas intégrée à une vision territoriale plus large. L’accès à l’eau doit être pensé avec l’habitat, l’agriculture, les activités économiques, les établissements scolaires, les centres de santé et les réseaux de transport.
Le responsable istiqlalien résume cette évolution par une formule : il faut passer d’un urbanisme qui organise la construction à un urbanisme qui organise la vie.
Cette logique implique aussi d’intégrer davantage les risques naturels. Inondations, glissements de terrain, sécheresses et événements climatiques extrêmes doivent être anticipés dans les documents d’aménagement, plutôt que traités après la catastrophe.
Le défi de l’exécution
Les orientations avancées sont ambitieuses. Elles répondent à des blocages connus depuis longtemps : lourdeur administrative, multiplicité des intervenants, complexité foncière, documents dépassés et faibles moyens techniques de certaines collectivités.
Le véritable test ne sera donc pas la qualité des intentions, mais leur traduction sur le terrain.
Nizar Baraka propose à ce titre la mise en place de contrats territoriaux de développement, définissant les projets prioritaires, les financements, les responsabilités et les mécanismes d’évaluation. Une telle contractualisation permettrait, en théorie, de mieux coordonner l’État, les régions, les communes et les opérateurs publics.
Nahid Hamtami, présidente de l’Alliance des Architectes Istiqlaliens, a rappelé que 83 % des collectivités territoriales marocaines sont rurales. Ce chiffre montre l’ampleur du chantier. Il souligne aussi l’inadéquation d’un modèle national d’urbanisme encore largement structuré autour des besoins des villes.
Le débat sur le monde rural ne porte donc plus seulement sur l’équipement des villages. Il concerne la manière dont le Maroc répartit ses investissements, ses services publics et ses opportunités.
Une loi spécifique pourrait constituer une étape importante. Mais elle ne sera utile que si elle simplifie réellement la vie des citoyens, protège les terres agricoles, libère l’investissement local et oblige les politiques publiques à regarder les campagnes autrement que comme des territoires à rattraper.
C’est contre ce décalage que Nizar Baraka a plaidé, à Rabat, lors d’un colloque organisé par l’Alliance des Architectes Istiqlaliens. Le secrétaire général du Parti de l’Istiqlal défend l’adoption d’une législation spécifique à l’urbanisme rural, estimant que le cadre actuel ne permet plus de répondre aux réalités économiques, sociales et environnementales des campagnes.
Son message est clair : le monde rural ne peut plus être administré à coups de dérogations, de permis de construire et de documents de planification souvent dépassés. Il doit devenir un véritable espace de développement.
Une loi dédiée plutôt qu’une adaptation permanente des règles urbaines
Au cœur de la proposition figure l’élaboration d’une loi spécifique au monde rural. L’objectif serait de sortir d’une logique dans laquelle les normes urbaines sont simplement transposées aux campagnes, alors que les réalités foncières, démographiques et économiques y sont profondément différentes.
Nizar Baraka souhaite notamment que les futures Agences régionales de l’urbanisme et de l’habitat disposent de structures entièrement consacrées aux territoires ruraux. Ces départements auraient pour mission de mieux intégrer les contraintes locales, de simplifier les démarches administratives et d’accélérer l’instruction des projets.
L’enjeu n’est pas seulement juridique. Il est aussi économique. Dans de nombreuses communes, la lenteur des procédures, l’ancienneté des documents d’urbanisme et la complexité des régimes fonciers freinent les investissements, bloquent des projets et poussent parfois les habitants vers la construction informelle.
À travers cette réforme, Nizar Baraka défend aussi l’idée d’une nouvelle Charte nationale de l’urbanisme rural, fondée sur la justice territoriale, l’équité entre les espaces et la protection des ressources.
Cette charte devrait répondre à une question simple : comment construire sans détruire les terres agricoles, comment développer sans bétonner, et comment équiper les campagnes sans reproduire les déséquilibres des grandes villes ?
Rester au village doit devenir un choix
Le diagnostic posé est également démographique. Le monde rural continue de perdre une partie de sa population. Près de deux millions de personnes auraient quitté les campagnes au cours de la dernière décennie, soit environ 200.000 départs par an.
Le phénomène ne traduit pas seulement une attirance pour la ville. Il révèle surtout un écart persistant dans l’accès aux services, à l’emploi, aux soins, à l’éducation, aux transports et aux opportunités économiques.
Pour Nizar Baraka, l’objectif ne doit pas être d’empêcher la mobilité vers les villes. Il s’agit plutôt de faire en sorte que rester dans une commune rurale ne soit plus subi, faute d’alternative.
Autrement dit, l’exode rural ne se combat pas par des discours, mais par des conditions de vie comparables, des emplois accessibles et des services publics dignes.
Cette approche renvoie à l’idée d’un « Maroc à une seule vitesse », dans lequel le lieu de résidence ne déterminerait plus la qualité de l’école, la proximité d’un centre de santé, l’accès à l’eau potable ou la possibilité d’entreprendre.
Autre point central : le développement rural ne peut plus reposer presque exclusivement sur l’agriculture.
Ce secteur demeure essentiel, mais il ne peut absorber à lui seul les besoins d’emploi, notamment ceux des jeunes. La sécheresse, la pression sur les ressources hydriques, la fragmentation des exploitations et les mutations technologiques obligent à repenser les modèles économiques locaux.
Nizar Baraka plaide ainsi pour une diversification des activités : tourisme rural, artisanat, petites industries, commerce électronique, services numériques, énergies renouvelables et zones d’activités économiques.
Cette diversification suppose cependant des infrastructures. Sans routes, sans connexion numérique fiable, sans accès à l’eau, sans assainissement et sans foncier mobilisable, l’entrepreneuriat rural restera davantage un slogan qu’une politique publique.
L’urbanisme devient alors un levier économique. Il ne sert plus seulement à déterminer où l’on peut construire, mais aussi où installer un atelier, une petite unité industrielle, un service logistique, un projet touristique ou une activité commerciale.
L’eau, préalable absolu : Toute stratégie consacrée aux campagnes se heurte désormais à une réalité incontournable : la sécurité hydrique.
Nizar Baraka a rappelé les investissements réalisés ou programmés dans les barrages, le dessalement de l’eau de mer et la réutilisation des eaux usées traitées. Le Royaume prévoit notamment la construction de 155 nouveaux barrages dans les prochaines années.
Mais l’infrastructure hydraulique ne suffit pas si elle n’est pas intégrée à une vision territoriale plus large. L’accès à l’eau doit être pensé avec l’habitat, l’agriculture, les activités économiques, les établissements scolaires, les centres de santé et les réseaux de transport.
Le responsable istiqlalien résume cette évolution par une formule : il faut passer d’un urbanisme qui organise la construction à un urbanisme qui organise la vie.
Cette logique implique aussi d’intégrer davantage les risques naturels. Inondations, glissements de terrain, sécheresses et événements climatiques extrêmes doivent être anticipés dans les documents d’aménagement, plutôt que traités après la catastrophe.
Le défi de l’exécution
Les orientations avancées sont ambitieuses. Elles répondent à des blocages connus depuis longtemps : lourdeur administrative, multiplicité des intervenants, complexité foncière, documents dépassés et faibles moyens techniques de certaines collectivités.
Le véritable test ne sera donc pas la qualité des intentions, mais leur traduction sur le terrain.
Nizar Baraka propose à ce titre la mise en place de contrats territoriaux de développement, définissant les projets prioritaires, les financements, les responsabilités et les mécanismes d’évaluation. Une telle contractualisation permettrait, en théorie, de mieux coordonner l’État, les régions, les communes et les opérateurs publics.
Nahid Hamtami, présidente de l’Alliance des Architectes Istiqlaliens, a rappelé que 83 % des collectivités territoriales marocaines sont rurales. Ce chiffre montre l’ampleur du chantier. Il souligne aussi l’inadéquation d’un modèle national d’urbanisme encore largement structuré autour des besoins des villes.
Le débat sur le monde rural ne porte donc plus seulement sur l’équipement des villages. Il concerne la manière dont le Maroc répartit ses investissements, ses services publics et ses opportunités.
Une loi spécifique pourrait constituer une étape importante. Mais elle ne sera utile que si elle simplifie réellement la vie des citoyens, protège les terres agricoles, libère l’investissement local et oblige les politiques publiques à regarder les campagnes autrement que comme des territoires à rattraper.












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