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Moscou coupe le gaz à Helsinki


La Finlande, pays candidat avec la Suède à une intégration dans l’Otan, vient de se faire couper le gaz par la Russie, le 21 mai. Motif invoqué par Moscou : le refus d’Helsinki de payer sa facture en roubles.



Avec l'adhésion de la Finlande et de la Suède, la Mer Baltique va se transformer en "lac" de l'Otan
Avec l'adhésion de la Finlande et de la Suède, la Mer Baltique va se transformer en "lac" de l'Otan
La Finlande, ce pays d’Europe du Nord dont le nom a longtemps été synonyme de neutralité, position qu’il a su garder tout le long de la guerre froide qui a opposé les deux pactes militaires, l’Atlantique à celui de Varsovie, a donc décidé de monter en première ligne contre la Russie.

Ce qui différencie la Finlande de cet autre pays nordique qu’est la Suède, qui a également exprimé sa volonté de rejoindre l’Otan, ce sont les frontières avec la Russie : 1340 kms.

Mis à part le Kazakhstan, la Chine et la Mongolie, des pays asiatiques avec lesquels la Russie a les plus longues frontières et entretient de bonnes relations, les frontières avec la Finlande sont les 5èmes plus longues après celles avec… l’Ukraine (1576 kms) !

Géopolitique au kilomètre

Il va sans dire que la décision d’Helsinki de rejoindre l’Otan a fait grincer des dents à Moscou, qui voit sa ligne de contact avec l’Otan s’allonger.

Jusqu’à présent, la Russie ne côtoie l’Otan que le long de ses frontières de 294 kms avec l’Estonie, 280 kms avec la Lituanie, 232 kms avec la Lettonie, 196 kms avec la Norvège et 217 kms avec la Pologne, mais à travers l’enclave russe de Kaliningrad, détachée du territoire de la fédération, qui donne sur la Mer Baltique.

Une Mer Baltique qui, soit dit en passant, va se transformer en « lac » de l’Otan, une fois que la Finlande et la Suède l’auront intégré.

Somme toute, la Russie devait, jusqu’à présent, surveiller les mouvements de l’Otan à ses frontières sur quelques 1219 kms. Si l’on y ajouté les 1340 kms avec la Finlande, cela va faire 2559 kms.

Du gaz et des roubles

Helsinki aurait vraiment tout fait pour provoquer l’ire de Moscou. Avec la Bulgarie et la Pologne, la Finlande est l’un des rares pays de l’UE à refuser de payer ses livraisons de gaz russe en roubles.

Ces trois pays ont d’ailleurs été sanctionnés par Moscou, qui a interrompu ses livraisons de gaz à leur destination.

Ils vont pouvoir, bien sûr, recevoir ce même gaz russe si honni à travers d’autres pays européens, mais en payant le surplus du droit de passage.

Un passé chargé

Soldats finlandais lors de la "guerre d'hiver" (1939-1940) contre l'Urss
Soldats finlandais lors de la "guerre d'hiver" (1939-1940) contre l'Urss
L’Histoire des relations russo-finlandaise est, par ailleurs, lourdement chargée de très mauvais souvenirs. En 1939, Staline avait lancé l’Armée rouge à l’assaut de la Finlande, une « guerre d’hiver » qui s’est achevée, en 1940, par la perte de 10% du territoire finlandais.

Après quoi, Helsinki s’est alliée, en 1941, à l’Allemagne nazie pour affronter l’Urss. L’armée finlandaise s’est donc remise à combattre l’armée rouge, dans ce qui fut d’ailleurs formellement appelé la « guerre de continuation ».

L’armée finlandaise a, par ailleurs, participé au terrible siège de Leningrad, ou s’est battu le père d’un certain Vladimir Poutine et qui a coûté aux Soviétiques pas moins de 1,8 millions de victimes.

Le sens de la mesure

L’anecdote de l’Histoire est que l’armée finlandaise s’est bien gardée d’imposer, sur sa ligne du front, un siège strict à la ville soviétique, permettant ainsi à Staline de continuer à approvisionner Leningrad, qui n’a pas succombé aux assauts répétés des nazis.

Ce « geste » aurait valu aux Finlandais de préserver leur souveraineté, sous condition de neutralité, au moment de la signature d’une paix séparée avec l’Urss, avant la chute de Berlin.

Ce fut donc la sagesse des dirigeants finlandais de l’époque, qui ont su préserver la chèvre et le chou en pleine fumée des champs de bataille, qui a évité à ce pays nordique, pas du tout fasciste, de se faire dévorer par Staline.

Le coût du sevrage

La récente décision de Moscou d’interrompre les livraisons de gaz russe à la Finlande n’est pas une catastrophe pour cette dernière.

Le gaz naturel représente juste 6% du mix énergétique finlandaise, acheté à hauteur des deux tiers en Russie.

La Finlande et l’Estonie, décidés à se sevrer du gaz russe, vont louer, ensemble, un terminal flottant pour le stockage de gaz naturel liquéfié et sa regazéification, mais il est certain que les coûts vont grimper, ainsi que les factures de gaz des ménages finnois.

La fin du « bonheur » ?

Compte tenu du fait que, en termes d’échanges commerciaux extérieurs, la Russie est le 3ème fournisseur de la Finlande (10% de ses importations), et son 5ème client (5% de ses exportations), on se demande bien quel virus a infecté la classe politique à Helsinki.

Les 5,5 millions d’habitants de la Finlande, désigné cinq années de suite comme étant le peuple le plus heureux du monde (World Hapiness Report 2022), vont devoir désormais consacrer 2% de leur Pib à leur budget militaire, soit une hausse de quelques 70% !

Le fait est que 60% des Finlandais sont effectivement convaincus par l’adhésion de leur pays à l’Otan, la Russie étant perçue comme une menace.

Le souvenir des 108 ans passés sous l’autorité du Tsar de toutes les Russies, jusqu’à la chute de la dynastie des Romanov, doit encore imprégner l’inconscient collectif finlandais.

Trop boisé pour les blindés

Les Finlandais, peuple le plus heureux du monde, vont devoir remplacer leurs couronnes de fleurs par des casques en kevlar
Les Finlandais, peuple le plus heureux du monde, vont devoir remplacer leurs couronnes de fleurs par des casques en kevlar
Les Russes ne gardent pourtant pas de bons souvenirs de leurs campagnes militaires en Finlande, durant la 2ème guerre mondiale.

Les étendues boisées de ce pays nordique ne se prêtent pas aux mouvements de blindés et les soldats finlandais se sont forgés une réputation de professionnalisme et de ténacité.

Même peu peuplée, la Finlande est une autre paire de manche que l’Ukraine et l’état-major russe ne doit pas manquer de le savoir.

Ce sont, toutefois, 1340 kms de frontières russo-finnoises, autrefois paisibles, qui vont devenir militarisées.

Le goût de la peur

Avec des missiles hypersoniques russes désormais pointés sur leurs têtes, il n’est pas certain que les Finlandais vont continuer à trôner au classement du bonheur des peuples.

Du fond des forêts enneigées, les soldats finlandais vont devoir désormais guetter le bruit du ronflement des moteurs de chars T90 et au fond de la mer, leurs sonars tenter de capter celui des pales des sous-marins de la classe Boreï.

Terrés au fond de bunkers dans un froid glacial, faute de gaz pour se réchauffer, les soldats finlandais, leurs fusils d’assaut serrés contre eux, ne vont pas manquer de bénir leur nouvelle appartenance à la « sainte ligue otanesque », qui n’est pas sans rappeler l’Ordre des Chevaliers teutoniques qui massacraient sans discernement les Slaves autant que leurs propres ancêtres.

Le Sud en spectateur

Un scénario que pourrait, cependant, très bien éviter aux Finlandais le président turc Erdogan, qui s’est montré « hésitant » à propos de l’admission de la Finlande et la Suède au sein de l’Otan.

Le Sultan néo-ottoman, aux ambitions régionales amoindries après avoir été lâché par ses alliés otanesques en Syrie, est allé même jusqu’à qualifier les deux pays nordiques d’« incubateurs du terrorisme » ! Ses « têtes de turcs » à lui, ce ne sont pas tellement les Russes, mais surtout les Kurdes.

A Helsinki, comme à Stockholm, c’est un adieu volontaire aux douces et insouciantes années de la neutralité. D’un point de vue du Sud, les dirigeants des pays occidentaux paraissent de moins en moins comme des gens avisés.





Ahmed Naji
Journaliste par passion, donner du relief à l'information est mon chemin de croix. En savoir plus sur cet auteur
Samedi 21 Mai 2022

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