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Moscou tente d’enliser le conflit en Iran, comme Washington l’avait fait en Ukraine..


Rédigé par le Vendredi 20 Mars 2026

Il faut parfois se méfier des lectures trop morales de la géopolitique. Les États ne prolongent pas les guerres parce qu’ils aiment le chaos en soi. Ils les prolongent lorsqu’ils estiment que le désordre leur rapporte davantage que la stabilité. C’est peut-être sous cet angle qu’il faut regarder le rôle russe dans la crise irano-américaine actuelle : non pas seulement comme un soutien à un partenaire, mais comme une stratégie plus large d’usure, de dispersion et de pression indirecte sur l’Occident.



Russie-Iran : la stratégie froide du conflit qui s’éternise

Moscou a officiellement appelé à la fin des hostilités dans le Golfe et se présente comme partisan d’une solution diplomatique. Le discours est connu : désescalade, sécurité collective, refus d’un embrasement régional. Mais derrière cette posture, la réalité des rapports russo-iraniens est plus ambivalente. La Russie et l’Iran ont consolidé ces derniers mois leur partenariat stratégique, sans aller jusqu’à une alliance militaire formelle. Ce détail est essentiel : il permet à Moscou de soutenir, d’influencer, d’équiper parfois, tout en évitant de porter le coût complet d’un engagement direct. 

Le cœur du sujet est là. Dans le monde actuel, la puissance ne s’exerce plus seulement par l’intervention frontale. Elle s’exerce par la capacité à compliquer le jeu adverse. Si la Russie aide l’Iran à renforcer certaines de ses capacités militaires ou technologiques, l’objectif n’est pas forcément de faire gagner Téhéran rapidement. Il peut être plus subtil : rendre plus coûteuse toute opération américaine ou israélienne, maintenir une zone de crise durable, détourner une partie de l’attention, des ressources et du capital politique occidental. Reuters relevait encore début mars que Moscou et Pékin avaient aidé l’Iran à construire des capacités destinées à compliquer les opérations américaines et à augmenter le coût d’une attaque. 

Ce schéma est familier. Depuis plusieurs années, les grandes puissances ont compris qu’un conflit long pouvait parfois être plus utile qu’une victoire nette. Une guerre qui s’étire fatigue les opinions publiques, dérègle les marchés, fracture les alliances, désorganise les agendas diplomatiques et oblige l’adversaire à disperser ses moyens. Reuters rapportait cette semaine que la guerre avec l’Iran est déjà entrée dans une “possible nouvelle phase” pour Washington, au point d’alimenter la réflexion américaine sur des renforts militaires supplémentaires. Dans le même temps, la crise a déjà des effets visibles sur les prix de l’énergie, ce qui transforme le champ de bataille en levier économique mondial. 

Autrement dit, le conflit n’est pas seulement militaire. Il est budgétaire, énergétique, psychologique et diplomatique. Il pèse sur les chaînes d’approvisionnement, sur les marchés pétroliers, sur les arbitrages électoraux des démocraties et sur la capacité des États-Unis à rester concentrés sur plusieurs théâtres à la fois. Reuters signalait même que la guerre autour de l’Iran perturbait le calendrier des discussions sur l’Ukraine, au point que le Kremlin lui-même a évoqué une pause de fait, le temps que Washington retrouve de la disponibilité politique. Cela dit quelque chose de la logique russe : chaque crise peut être utilisée pour en compliquer une autre.

La nouvelle arme géopolitique : faire durer la guerre plutôt que la gagner

Il serait pourtant réducteur de dire que Moscou “veut seulement prolonger la guerre”. La Russie agit d’abord selon une logique d’intérêt. Elle cherche à empêcher une victoire stratégique complète de Washington au Moyen-Orient, à préserver son accès à un partenaire utile, à maintenir sa place dans les équilibres énergétiques et à se présenter comme puissance incontournable dans toute sortie de crise. Son jeu n’est pas idéologique, il est transactionnel. Même lorsqu’elle appelle à la paix, elle le fait depuis une position calculée, pas depuis une neutralité angélique.

Le plus préoccupant, au fond, n’est pas seulement le tête-à-tête entre l’Iran et ses adversaires. C’est la transformation de chaque guerre régionale en carrefour de puissances connectées. Un front au Moyen-Orient devient un test pour les drones, pour les systèmes de défense, pour le renseignement satellitaire, pour les circuits énergétiques, pour les alliances navales et pour la résistance des économies. Les images satellites des frappes et contre-frappes dans la région, abondamment diffusées par Reuters, rappellent que cette guerre est aussi une guerre de visibilité, de précision et de signal. 

La vraie question n’est donc pas seulement de savoir si la Russie soutient l’Iran. Elle est de savoir quel modèle stratégique s’impose désormais dans le monde. Et la réponse est sombre : nous entrons dans un âge où certaines puissances jugent plus rentable d’entretenir une crise que de la résoudre. Un conflit qui dure use plus sûrement qu’un choc bref. Il épuise les finances, les nerfs, les certitudes et parfois les régimes.

La guerre moderne ne cherche plus toujours la conquête totale. Elle cherche souvent l’enlisement utile. C’est là, peut-être, que se trouve aujourd’hui la méthode russe : non pas remporter seule toutes les batailles, mais faire en sorte que personne n’en sorte vite.





Mohamed Ait Bellahcen
Un ingénieur passionné par la technique, mordu de mécanique et avide d'une liberté que seuls l'auto... En savoir plus sur cet auteur
Vendredi 20 Mars 2026


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