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Mosengo-Omba : L’homme du couloir, le Maroc et la crise silencieuse de la CAF..


Le grand public voit les matchs, les trophées, les hymnes et les polémiques de dernière minute. Il voit rarement l’appareil administratif qui décide du rythme, des procédures, des rapports de force, parfois même du climat politique d’une compétition. Pourtant, c’est là que tout se joue. Pour le Maroc, qui a accueilli la CAN 2025 et se projette déjà vers le Mondial 2030, la question n’est plus marginale : quand la gouvernance de la CAF vacille, ce ne sont pas seulement les dirigeants qui s’usent. C’est aussi la crédibilité d’un pays hôte, l’image d’un tournoi et, au bout du compte, la confiance du citoyen ordinaire dans les institutions sportives qui se fissurent.



Pourquoi la gouvernance de la CAF inquiète Rabat ?

Le nom de Véron Mosengo-Omba revient, depuis des mois, comme un point de cristallisation. Officiellement, il demeure secrétaire général de la Confédération africaine de football. La CAF continue d’ailleurs à le présenter comme tel sur ses pages institutionnelles et dans ses communications récentes, y compris en 2026. Son arrivée à ce poste remonte à mars 2021, après un passage important à la FIFA, où il avait notamment dirigé la division des associations membres. Ce parcours n’est pas anodin : il dit quelque chose de la porosité croissante entre Zurich et l’instance continentale africaine, une porosité qui a souvent été présentée comme une garantie de professionnalisation, mais qui a aussi nourri un autre procès, plus discret et plus politique, celui d’une CAF sous influence.

Le problème, aujourd’hui, n’est pas seulement un homme. C’est le système de pouvoir qu’il révèle. En août 2024, Reuters rapportait qu’une enquête interne avait été lancée sur de possibles violations des règles de gouvernance et d’audit au sein du secrétariat de la CAF. L’agence précisait que des griefs visaient le secrétaire général, lequel niait les accusations et affirmait qu’elles étaient dépourvues de preuves documentées. Patrice Motsepe avait alors eu cette formule lourde de sens : “There is zero tolerance in CAF for corruption”. Le message était clair. Mais il portait déjà en lui un embarras : lorsqu’une institution se voit obligée de rappeler publiquement qu’elle ne tolère pas la corruption, c’est souvent que la confiance est déjà entamée.

Quelques mois plus tard, un autre épisode est venu compliquer encore le dossier. En janvier 2025, The Guardian rapportait que le ministère public suisse n’engagerait pas de poursuites contre Mosengo-Omba au sujet d’allégations de gestion déloyale, de fraude et de faux. La CAF s’en est félicitée ensuite, répétant que les autorités helvétiques n’avaient trouvé ni faits ni base légale suffisants pour poursuivre. Il faut être précis ici. L’arrêt d’une procédure ne vaut pas certificat moral global. Mais l’inverse est tout aussi vrai : l’absence de poursuites oblige à la prudence, surtout quand la tentation du procès médiatique est grande. Ce qui reste, malgré tout, c’est un climat. Et ce climat, pour une confédération censée piloter le football africain à l’heure de sa montée en puissance commerciale, est déjà un problème majeur.

Le dossier a pris une tournure plus politique encore en février 2026, lorsqu’un membre du comité exécutif de la CAF, le Mauricien Samir Sobha, a contesté publiquement la légitimité du secrétaire général. Selon The Guardian, relayé ensuite par plusieurs médias spécialisés, Sobha estime que Mosengo-Omba occupe son siège “illégalement”, au motif que la prolongation dont il avait bénéficié après avoir atteint l’âge réglementaire aurait expiré en octobre 2025. Là aussi, il faut rester rigoureux : la CAF continue de l’afficher en poste, ce qui signifie qu’aucune rupture institutionnelle n’a été actée publiquement. Mais le simple fait qu’un membre de l’exécutif mette ainsi en cause la base juridique des décisions du secrétaire général ouvre une zone grise dangereuse. Car dans le sport moderne, la bataille n’est pas seulement sur le terrain ; elle est aussi dans les procédures, les signatures et la solidité des actes administratifs.

Pour le Maroc, cette fragilité institutionnelle n’est pas une abstraction. Elle se mesure à des séquences très concrètes. La plus spectaculaire reste celle de la finale de la CAN 2025, dont l’issue a été renversée deux mois après les faits par la commission d’appel de la CAF. Dans son communiqué du 17 mars 2026, l’instance a jugé que le Sénégal avait perdu le match par forfait, en application des articles 82 et 84 du règlement, transformant la défaite sportive du Maroc en victoire administrative 3-0. Reuters a montré aussitôt l’ampleur du séisme : contestation sénégalaise, recours au Tribunal arbitral du sport, crise de crédibilité pour la compétition. Vu de Rabat, certains ont parlé de justice sportive. Vu d’ailleurs, d’autres ont dénoncé un chaos procédural. Dans les deux cas, un fait demeure : quand l’arbitrage institutionnel arrive si tard, si brutalement, il abîme tout le monde, y compris le vainqueur de droit.

C’est là que la question marocaine devient sérieuse. Non, rien ne permet d’affirmer, à ce stade, que Véron Mosengo-Omba “travaille contre les intérêts du Maroc”. Ce serait aller trop vite et mal faire du journalisme. En revanche, on peut soutenir autre chose, et c’est déjà beaucoup : une CAF fragilisée, opaque ou traversée par des luttes internes peut nuire objectivement aux intérêts marocains, même sans viser le Royaume en particulier. Le Maroc a beaucoup investi dans son statut de puissance sportive continentale. Reuters soulignait en janvier 2026 que l’organisation de la CAN avait dissipé les doutes sur sa capacité à coorganiser le Mondial 2030. L’agence notait aussi que la compétition avait attiré 23 sponsors, contre 17 en 2023, avec une hausse de 90 % des revenus commerciaux. Ce capital d’image est précieux. Il peut être affaibli si l’institution continentale qui valide les compétitions donne le spectacle du désordre permanent.

Le fond du sujet, au fond, dépasse même la personne de Mosengo-Omba. Il touche à une vieille maladie des organisations sportives : l’écart grandissant entre la modernisation du produit et l’archaïsme de certaines cultures de gouvernance. D’un côté, des stades neufs, des droits marketing en hausse, une Afrique du football qui pèse plus lourd, un Maroc qui s’affirme comme hub sportif et diplomatique. De l’autre, des suspicions récurrentes, des organigrammes contestés, des procédures qui débouchent sur des batailles juridiques interminables. Le citoyen marocain, lui, ne suit pas nécessairement tous les articles de règlements. Mais il comprend très bien une chose : lorsqu’une institution sportive devient imprévisible, ce sont toujours les supporters, les pays organisateurs et les économies locales qui paient la facture symbolique.

Le vrai enjeu, désormais, n’est donc pas de savoir si tel ou tel dirigeant survivra politiquement quelques mois de plus. Il est de savoir si la CAF peut entrer, enfin, dans l’âge adulte institutionnel qu’appellent les ambitions du football africain. Le Maroc, avec ses infrastructures, son soft power sportif et sa place croissante dans les grands rendez-vous du continent, a intérêt à une confédération forte, lisible et juridiquement solide. Pas à une maison traversée de querelles de personnes, de recours tardifs et de soupçons récurrents. Car derrière les manœuvres de sommet, il y a toujours quelque chose de très concret : l’idée que le football africain mérite mieux que l’instabilité administrative qui l’accompagne encore trop souvent. Et cette idée-là, au Maroc comme ailleurs, n’est plus négociable.



Samedi 28 Mars 2026


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