Cette nouvelle phase relève moins d’une guerre de conquête que d’une guerre de coercition. Les États-Unis veulent imposer un comportement à l’Iran sans engager, à ce stade, une invasion terrestre générale. L’objectif est de démontrer que chaque tentative de fermeture ou de taxation de facto du détroit provoquera une destruction méthodique des moyens militaires, portuaires et logistiques permettant à Téhéran d’exercer cette pression.
Le CENTCOM affirme ainsi avoir lancé, depuis le début de juillet, plusieurs vagues de frappes contre des dizaines de cibles iraniennes. Le ciblage comprend les systèmes de surveillance côtière, les défenses aériennes, les infrastructures logistiques militaires et les capacités navales utilisées autour d’Ormuz. Le commandement américain présente explicitement ces opérations comme destinées à dégrader la capacité iranienne à attaquer les navires empruntant le détroit.
Une stratégie américaine désormais centrée sur l’interdiction maritime
La différence avec la première séquence du conflit tient d’abord à la hiérarchie des priorités. Les installations nucléaires et la force balistique iranienne demeurent des préoccupations centrales, mais l’urgence opérationnelle américaine est devenue la liberté de navigation.
Après la rupture du cessez-le-feu, Washington a rétabli une campagne aéronavale soutenue. Les frappes ont été accompagnées d’une pression sur les ports iraniens et d’une volonté déclarée d’empêcher les forces iraniennes de perturber durablement le trafic maritime. Le détroit d’Ormuz, par lequel transitait avant la crise près d’un cinquième du pétrole et du gaz transportés par mer, est donc devenu le véritable centre de gravité de la confrontation.
La méthode américaine peut être résumée autour de quatre fonctions.
La première consiste à aveugler l’adversaire en frappant ses radars, ses moyens de surveillance et ses défenses aériennes côtières. La deuxième vise à désarticuler la chaîne logistique reliant les unités iraniennes aux ports, aux dépôts et aux axes de circulation. La troisième cherche à neutraliser les capacités navales légères, les missiles et les drones pouvant harceler les bâtiments commerciaux. La quatrième relève de la pression économique, par la réduction des exportations iraniennes et l’augmentation du coût intérieur de la poursuite de la guerre.
Cette approche est différente de l’invasion de l’Irak en 2003. Aucun dispositif public ne montre aujourd’hui une préparation comparable pour occuper l’ensemble de l’Iran, renverser son système politique et administrer durablement son territoire. La campagne ressemble davantage à une combinaison de frappes à distance, de blocus, de sanctions et de négociations sous contrainte.
L’ambition américaine paraît être d’obtenir une victoire politique sans assumer le coût d’une occupation. C’est aussi sa principale contradiction : une guerre aérienne peut dégrader des capacités, mais elle ne garantit pas que le pouvoir iranien acceptera les conditions imposées.
Les objectifs probables de Washington. À court terme, les États-Unis poursuivent vraisemblablement cinq objectifs.
Le premier est la réouverture durable d’Ormuz sans reconnaissance d’un droit iranien de filtrage ou de taxation. Le deuxième est la restauration de la crédibilité militaire américaine auprès des monarchies arabes. Le troisième consiste à imposer à l’Iran un nouvel accord plus restrictif sur le nucléaire, les missiles et la sécurité maritime. Le quatrième est de contenir l’escalade sous le seuil d’une invasion terrestre. Le cinquième est intérieur : montrer que la Maison-Blanche conserve l’initiative sans entraîner le pays dans une nouvelle guerre d’occupation.
Ces objectifs ne sont toutefois pas parfaitement compatibles. Une campagne suffisamment limitée pour éviter l’enlisement peut être insuffisante pour contraindre l’Iran. À l’inverse, une campagne assez puissante pour paralyser durablement le pays risque de provoquer l’effondrement de toute perspective diplomatique et l’élargissement régional du conflit.
La réponse iranienne : élargir la géographie de la guerre
L’Iran ne dispose pas de la supériorité aérienne nécessaire pour affronter les États-Unis dans une guerre conventionnelle symétrique. Sa stratégie consiste donc à disperser le coût de la campagne américaine.
Téhéran cible les bases, les installations et les États qui soutiennent Washington. Le Koweït, Bahreïn et d’autres pays du Golfe ont été visés ou placés en état d’alerte, tandis que les frappes iraniennes ont commencé à toucher des infrastructures dépassant le seul domaine militaire. L’attaque contre une installation koweïtienne de production électrique et de dessalement montre que la guerre peut désormais affecter directement les besoins vitaux des populations.
La logique iranienne est claire : si les territoires du Golfe servent de plateformes aux forces américaines, ils ne peuvent plus espérer rester totalement extérieurs à la confrontation. Téhéran cherche ainsi à provoquer une divergence entre Washington et ses partenaires arabes. Plus ces derniers craignent pour leurs villes, leurs raffineries, leurs ports et leurs usines d’eau potable, plus ils peuvent être incités à réclamer une désescalade.
Le levier énergétique reste également essentiel. La reprise des hostilités a déjà entraîné une hausse des prix du pétrole et une baisse des marchés du Golfe. La perturbation d’Ormuz produit donc des effets politiques bien au-delà de la région.
Israël : partenaire stratégique et réserve d’intervention
Israël demeure un acteur central, même si sa visibilité opérationnelle semble moins forte dans cette séquence. Son objectif dépasse la seule réouverture d’Ormuz : il souhaite empêcher durablement l’Iran de reconstituer ses capacités nucléaires, balistiques et régionales.
Dans le partage implicite des rôles, les États-Unis semblent aujourd’hui conduire la campagne maritime et logistique, tandis qu’Israël conserve une capacité d’intervention contre des objectifs plus directement liés au programme nucléaire, aux missiles et aux structures de commandement.
Cette relative mise en retrait peut également répondre à une nécessité politique. Une guerre présentée comme exclusivement américano-israélienne renforcerait le discours iranien et compliquerait la position des gouvernements arabes alliés de Washington. Israël peut donc servir de réserve opérationnelle, prête à intervenir si l’Iran reprend massivement ses frappes contre son territoire ou si les États-Unis décident d’élargir la campagne.
Les pays du Golfe glissent vers une cobelligérance défensive
Les monarchies du Golfe évitent encore, pour la plupart, de se déclarer en guerre contre l’Iran. Elles interceptent les missiles, protègent leurs infrastructures et accueillent les forces américaines, mais cherchent à maintenir une distinction entre défense territoriale et participation offensive.
Cette distinction devient cependant de plus en plus théorique. Fournir des bases, du renseignement, de la surveillance, de la maintenance et un soutien logistique contribue directement à l’effort militaire américain. Aux yeux de Téhéran, ces pays sont déjà intégrés au dispositif adverse.
Une entrée directe dans la guerre pourrait être provoquée par une attaque iranienne causant de nombreuses victimes civiles ou détruisant une infrastructure stratégique. L’Arabie saoudite et les Émirats disposent des capacités les plus importantes, mais ils savent également qu’une participation offensive les exposerait à des représailles contre leurs centres urbains et énergétiques.
Le scénario le plus probable reste donc celui d’une intégration défensive renforcée, discrète et progressive, plutôt qu’une déclaration collective de guerre.
Pakistan et Kurdes : les deux périphéries sensibles
Le Pakistan tente de préserver une position d’équilibriste. Il veut maintenir ses relations avec l’Iran, protéger sa frontière occidentale et éviter une fragmentation du pays voisin. Simultanément, Islamabad approfondit sa coopération de défense avec l’Arabie saoudite et discute avec le Koweït d’un accord élargi pouvant inclure des moyens aériens, des drones et des systèmes de défense, sans qu’un engagement de troupes de combat soit officiellement envisagé à ce stade.
Le rôle pakistanais devrait donc rester principalement défensif : protection de sites, formation, renseignement et renforcement antiaérien. Une participation directe à des frappes contre l’Iran serait beaucoup plus risquée, compte tenu de la frontière commune et des tensions baloutches.
À l’ouest, les organisations kurdes iraniennes basées en Irak constituent une autre source de pression. Des contacts ont été rapportés entre ces groupes, les États-Unis et Israël, tandis que certaines factions ont envisagé des opérations transfrontalières. Israël aurait soutenu des préparatifs visant à prendre pied dans certaines zones frontalières iraniennes.
Un front kurde pourrait contraindre l’Iran à disperser ses forces. Mais il comporterait des risques majeurs : déstabilisation de l’Irak, opposition de la Turquie et fragmentation incontrôlée du territoire iranien. Il devrait donc rester un moyen de pression périphérique plutôt que le prélude à une grande offensive terrestre.
Le scénario dominant à court terme
Le scénario le plus probable est celui d’une guerre prolongée de coercition, alternant frappes, ripostes, pauses diplomatiques et nouvelles escalades.
Les États-Unis devraient poursuivre leurs opérations contre les moyens côtiers et logistiques iraniens. L’Iran continuera vraisemblablement à viser les bases américaines et les infrastructures des pays du Golfe, tout en évitant autant que possible une attaque si meurtrière qu’elle provoquerait une coalition régionale ouverte.
Le principal risque réside dans une erreur de calcul : destruction d’une grande usine de dessalement, frappe causant un bilan civil massif, attaque majeure contre une installation pétrolière saoudienne ou tentative américaine de prendre le contrôle d’une île stratégique.
À court terme, une invasion générale de l’Iran demeure peu probable. En revanche, une extension des frappes aux infrastructures économiques et énergétiques est plausible si Ormuz reste durablement perturbé.
La trajectoire qui se dessine est donc celle d’une guerre d’étranglement. Washington cherche à retirer à l’Iran son principal levier stratégique sans occuper le pays. Téhéran répond en transformant les alliés régionaux des États-Unis en vulnérabilités. Israël attend le moment d’intervenir davantage, les monarchies arabes glissent vers la cobelligérance et le Pakistan tente de rester médiateur tout en renforçant son rôle de protecteur.
Cette guerre peut encore déboucher sur une négociation. Mais chaque jour de frappes réduit l’espace politique disponible pour la conclure.
Le CENTCOM affirme ainsi avoir lancé, depuis le début de juillet, plusieurs vagues de frappes contre des dizaines de cibles iraniennes. Le ciblage comprend les systèmes de surveillance côtière, les défenses aériennes, les infrastructures logistiques militaires et les capacités navales utilisées autour d’Ormuz. Le commandement américain présente explicitement ces opérations comme destinées à dégrader la capacité iranienne à attaquer les navires empruntant le détroit.
Une stratégie américaine désormais centrée sur l’interdiction maritime
La différence avec la première séquence du conflit tient d’abord à la hiérarchie des priorités. Les installations nucléaires et la force balistique iranienne demeurent des préoccupations centrales, mais l’urgence opérationnelle américaine est devenue la liberté de navigation.
Après la rupture du cessez-le-feu, Washington a rétabli une campagne aéronavale soutenue. Les frappes ont été accompagnées d’une pression sur les ports iraniens et d’une volonté déclarée d’empêcher les forces iraniennes de perturber durablement le trafic maritime. Le détroit d’Ormuz, par lequel transitait avant la crise près d’un cinquième du pétrole et du gaz transportés par mer, est donc devenu le véritable centre de gravité de la confrontation.
La méthode américaine peut être résumée autour de quatre fonctions.
La première consiste à aveugler l’adversaire en frappant ses radars, ses moyens de surveillance et ses défenses aériennes côtières. La deuxième vise à désarticuler la chaîne logistique reliant les unités iraniennes aux ports, aux dépôts et aux axes de circulation. La troisième cherche à neutraliser les capacités navales légères, les missiles et les drones pouvant harceler les bâtiments commerciaux. La quatrième relève de la pression économique, par la réduction des exportations iraniennes et l’augmentation du coût intérieur de la poursuite de la guerre.
Cette approche est différente de l’invasion de l’Irak en 2003. Aucun dispositif public ne montre aujourd’hui une préparation comparable pour occuper l’ensemble de l’Iran, renverser son système politique et administrer durablement son territoire. La campagne ressemble davantage à une combinaison de frappes à distance, de blocus, de sanctions et de négociations sous contrainte.
L’ambition américaine paraît être d’obtenir une victoire politique sans assumer le coût d’une occupation. C’est aussi sa principale contradiction : une guerre aérienne peut dégrader des capacités, mais elle ne garantit pas que le pouvoir iranien acceptera les conditions imposées.
Les objectifs probables de Washington. À court terme, les États-Unis poursuivent vraisemblablement cinq objectifs.
Le premier est la réouverture durable d’Ormuz sans reconnaissance d’un droit iranien de filtrage ou de taxation. Le deuxième est la restauration de la crédibilité militaire américaine auprès des monarchies arabes. Le troisième consiste à imposer à l’Iran un nouvel accord plus restrictif sur le nucléaire, les missiles et la sécurité maritime. Le quatrième est de contenir l’escalade sous le seuil d’une invasion terrestre. Le cinquième est intérieur : montrer que la Maison-Blanche conserve l’initiative sans entraîner le pays dans une nouvelle guerre d’occupation.
Ces objectifs ne sont toutefois pas parfaitement compatibles. Une campagne suffisamment limitée pour éviter l’enlisement peut être insuffisante pour contraindre l’Iran. À l’inverse, une campagne assez puissante pour paralyser durablement le pays risque de provoquer l’effondrement de toute perspective diplomatique et l’élargissement régional du conflit.
La réponse iranienne : élargir la géographie de la guerre
L’Iran ne dispose pas de la supériorité aérienne nécessaire pour affronter les États-Unis dans une guerre conventionnelle symétrique. Sa stratégie consiste donc à disperser le coût de la campagne américaine.
Téhéran cible les bases, les installations et les États qui soutiennent Washington. Le Koweït, Bahreïn et d’autres pays du Golfe ont été visés ou placés en état d’alerte, tandis que les frappes iraniennes ont commencé à toucher des infrastructures dépassant le seul domaine militaire. L’attaque contre une installation koweïtienne de production électrique et de dessalement montre que la guerre peut désormais affecter directement les besoins vitaux des populations.
La logique iranienne est claire : si les territoires du Golfe servent de plateformes aux forces américaines, ils ne peuvent plus espérer rester totalement extérieurs à la confrontation. Téhéran cherche ainsi à provoquer une divergence entre Washington et ses partenaires arabes. Plus ces derniers craignent pour leurs villes, leurs raffineries, leurs ports et leurs usines d’eau potable, plus ils peuvent être incités à réclamer une désescalade.
Le levier énergétique reste également essentiel. La reprise des hostilités a déjà entraîné une hausse des prix du pétrole et une baisse des marchés du Golfe. La perturbation d’Ormuz produit donc des effets politiques bien au-delà de la région.
Israël : partenaire stratégique et réserve d’intervention
Israël demeure un acteur central, même si sa visibilité opérationnelle semble moins forte dans cette séquence. Son objectif dépasse la seule réouverture d’Ormuz : il souhaite empêcher durablement l’Iran de reconstituer ses capacités nucléaires, balistiques et régionales.
Dans le partage implicite des rôles, les États-Unis semblent aujourd’hui conduire la campagne maritime et logistique, tandis qu’Israël conserve une capacité d’intervention contre des objectifs plus directement liés au programme nucléaire, aux missiles et aux structures de commandement.
Cette relative mise en retrait peut également répondre à une nécessité politique. Une guerre présentée comme exclusivement américano-israélienne renforcerait le discours iranien et compliquerait la position des gouvernements arabes alliés de Washington. Israël peut donc servir de réserve opérationnelle, prête à intervenir si l’Iran reprend massivement ses frappes contre son territoire ou si les États-Unis décident d’élargir la campagne.
Les pays du Golfe glissent vers une cobelligérance défensive
Les monarchies du Golfe évitent encore, pour la plupart, de se déclarer en guerre contre l’Iran. Elles interceptent les missiles, protègent leurs infrastructures et accueillent les forces américaines, mais cherchent à maintenir une distinction entre défense territoriale et participation offensive.
Cette distinction devient cependant de plus en plus théorique. Fournir des bases, du renseignement, de la surveillance, de la maintenance et un soutien logistique contribue directement à l’effort militaire américain. Aux yeux de Téhéran, ces pays sont déjà intégrés au dispositif adverse.
Une entrée directe dans la guerre pourrait être provoquée par une attaque iranienne causant de nombreuses victimes civiles ou détruisant une infrastructure stratégique. L’Arabie saoudite et les Émirats disposent des capacités les plus importantes, mais ils savent également qu’une participation offensive les exposerait à des représailles contre leurs centres urbains et énergétiques.
Le scénario le plus probable reste donc celui d’une intégration défensive renforcée, discrète et progressive, plutôt qu’une déclaration collective de guerre.
Pakistan et Kurdes : les deux périphéries sensibles
Le Pakistan tente de préserver une position d’équilibriste. Il veut maintenir ses relations avec l’Iran, protéger sa frontière occidentale et éviter une fragmentation du pays voisin. Simultanément, Islamabad approfondit sa coopération de défense avec l’Arabie saoudite et discute avec le Koweït d’un accord élargi pouvant inclure des moyens aériens, des drones et des systèmes de défense, sans qu’un engagement de troupes de combat soit officiellement envisagé à ce stade.
Le rôle pakistanais devrait donc rester principalement défensif : protection de sites, formation, renseignement et renforcement antiaérien. Une participation directe à des frappes contre l’Iran serait beaucoup plus risquée, compte tenu de la frontière commune et des tensions baloutches.
À l’ouest, les organisations kurdes iraniennes basées en Irak constituent une autre source de pression. Des contacts ont été rapportés entre ces groupes, les États-Unis et Israël, tandis que certaines factions ont envisagé des opérations transfrontalières. Israël aurait soutenu des préparatifs visant à prendre pied dans certaines zones frontalières iraniennes.
Un front kurde pourrait contraindre l’Iran à disperser ses forces. Mais il comporterait des risques majeurs : déstabilisation de l’Irak, opposition de la Turquie et fragmentation incontrôlée du territoire iranien. Il devrait donc rester un moyen de pression périphérique plutôt que le prélude à une grande offensive terrestre.
Le scénario dominant à court terme
Le scénario le plus probable est celui d’une guerre prolongée de coercition, alternant frappes, ripostes, pauses diplomatiques et nouvelles escalades.
Les États-Unis devraient poursuivre leurs opérations contre les moyens côtiers et logistiques iraniens. L’Iran continuera vraisemblablement à viser les bases américaines et les infrastructures des pays du Golfe, tout en évitant autant que possible une attaque si meurtrière qu’elle provoquerait une coalition régionale ouverte.
Le principal risque réside dans une erreur de calcul : destruction d’une grande usine de dessalement, frappe causant un bilan civil massif, attaque majeure contre une installation pétrolière saoudienne ou tentative américaine de prendre le contrôle d’une île stratégique.
À court terme, une invasion générale de l’Iran demeure peu probable. En revanche, une extension des frappes aux infrastructures économiques et énergétiques est plausible si Ormuz reste durablement perturbé.
La trajectoire qui se dessine est donc celle d’une guerre d’étranglement. Washington cherche à retirer à l’Iran son principal levier stratégique sans occuper le pays. Téhéran répond en transformant les alliés régionaux des États-Unis en vulnérabilités. Israël attend le moment d’intervenir davantage, les monarchies arabes glissent vers la cobelligérance et le Pakistan tente de rester médiateur tout en renforçant son rôle de protecteur.
Cette guerre peut encore déboucher sur une négociation. Mais chaque jour de frappes réduit l’espace politique disponible pour la conclure.
Chine et Russie : soutenir l’Iran sans entrer dans sa guerre
La Chine et la Russie constituent l’arrière-plan stratégique de la confrontation entre les États-Unis et l’Iran. Elles ne sont ni de simples observatrices ni, à ce stade, des cobelligérantes. Leur objectif commun est d’empêcher une victoire américaine qui affaiblirait durablement Téhéran ou provoquerait un changement de régime, tout en évitant une confrontation militaire directe avec Washington.
Cette convergence ne doit cependant pas masquer une différence importante. La Chine raisonne principalement en fonction de la sécurité énergétique, de la stabilité des échanges et de sa compétition globale avec les États-Unis. La Russie perçoit davantage la crise comme une occasion de disperser les moyens occidentaux, d’affaiblir la pression exercée sur elle en Europe et de contester l’ordre stratégique dominé par Washington.
Pour la Chine, la fermeture ou la perturbation durable du détroit d’Ormuz constitue une menace économique directe. Pékin dépend fortement des importations d’hydrocarbures du Moyen-Orient et ne peut considérer favorablement une crise qui renchérit le pétrole, désorganise les transports maritimes et fragilise les chaînes industrielles mondiales.
La diplomatie chinoise réclame donc simultanément l’arrêt des opérations militaires, la reprise des négociations et la réouverture des voies de navigation. Pékin considère officiellement que le conflit nuit à la croissance mondiale, au commerce international, aux chaînes d’approvisionnement et à la sécurité énergétique. Il refuse également toute stratégie de changement de régime imposé de l’extérieur.
Cette position ne signifie pas que la Chine se range derrière les objectifs américains. Pékin souhaite que la navigation soit rétablie, mais pas au prix d’une domination militaire américaine renforcée dans le Golfe ou d’un effondrement de l’État iranien. L’Iran reste pour elle un partenaire stratégique, un fournisseur énergétique, un membre des BRICS et de l’Organisation de coopération de Shanghai, ainsi qu’un élément important des corridors reliant l’Asie centrale, le Moyen-Orient et l’océan Indien.
La stratégie chinoise consiste donc probablement à préserver trois intérêts en même temps : empêcher l’asphyxie économique complète de l’Iran, maintenir la circulation maritime et se présenter comme la puissance capable de dialoguer avec toutes les parties.
Son soutien à Téhéran devrait rester prioritairement économique, diplomatique et technologique. Il peut passer par la poursuite des échanges commerciaux, l’utilisation de circuits financiers moins exposés aux sanctions occidentales, la fourniture de biens civils ou à double usage et une protection diplomatique dans les organisations internationales.
Une intervention militaire chinoise directe demeure hautement improbable. Pékin n’a aucun intérêt à risquer un affrontement naval avec les États-Unis dans le Golfe alors que son théâtre stratégique prioritaire reste l’Indo-Pacifique. Son objectif n’est pas de combattre pour l’Iran, mais d’empêcher que Washington transforme la crise en démonstration incontestable de suprématie.
La Chine observe également la campagne américaine comme un laboratoire opérationnel. Elle peut mesurer le rythme de consommation des missiles, les besoins en ravitaillement aérien, les capacités américaines de commandement à longue distance, l’efficacité des défenses antimissiles et les réactions de l’opinion publique face à une guerre prolongée. Ces enseignements intéressent directement Pékin dans la perspective d’une éventuelle crise autour de Taïwan.
Moscou cherche moins une victoire iranienne qu’un enlisement américain
La Russie entretient avec l’Iran une relation institutionnelle plus directement stratégique. Le traité de partenariat stratégique global signé en janvier 2025 et entré en vigueur la même année prévoit un approfondissement des relations politiques, économiques, sécuritaires et militaires. Il ne constitue toutefois pas automatiquement une alliance de défense collective comparable à l’OTAN. Moscou n’est donc pas juridiquement tenue d’entrer en guerre aux côtés de Téhéran.
La Russie condamne les frappes américaines et israéliennes, soutient la souveraineté iranienne et appelle officiellement à une solution politique. Après le cessez-le-feu conclu en juin, elle avait salué le mémorandum entre Washington et Téhéran. Sa position publique combine ainsi dénonciation de l’intervention occidentale et maintien d’une posture de médiateur.
Dans les faits, Moscou a intérêt à ce que les États-Unis ne remportent pas une victoire rapide. Une campagne américaine prolongée mobilise des avions, des navires, des systèmes antimissiles, des moyens de renseignement et des stocks de munitions qui ne peuvent être engagés simultanément avec la même intensité sur d’autres théâtres.
Tout renforcement du dispositif américain dans le Golfe peut donc réduire, au moins temporairement, les marges de manœuvre de Washington en Europe ou dans l’Indo-Pacifique. La hausse des prix des hydrocarbures peut également soutenir les recettes russes, même si une déstabilisation incontrôlée de l’économie mondiale finirait aussi par pénaliser Moscou.
Le soutien russe à l’Iran pourrait prendre la forme d’un partage de renseignement, d’une assistance en matière de guerre électronique, de cybersécurité, de surveillance satellitaire, de maintenance et de défense antiaérienne. La Russie peut également aider Téhéran à mieux disperser ses moyens, protéger ses centres de commandement et adapter ses tactiques aux frappes américaines.
Un engagement direct de forces russes contre les États-Unis reste néanmoins très improbable. Moscou cherche à augmenter le coût de la campagne américaine, non à provoquer une confrontation pouvant dégénérer entre puissances nucléaires.
Une coordination sino-russe réelle, mais sans alliance militaire automatique
La Chine et la Russie devraient coordonner leurs positions au Conseil de sécurité, dans les BRICS et au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai. Elles ont déjà démontré leur capacité à bloquer ou contester des initiatives occidentales concernant l’Iran et le détroit d’Ormuz. En avril 2026, leur veto a empêché l’adoption d’un projet de résolution du Conseil de sécurité relatif à la fermeture du détroit.
Leur coordination poursuivrait plusieurs objectifs : protéger la continuité institutionnelle de l’État iranien, empêcher une légitimation internationale des frappes américaines, préserver les échanges avec Téhéran et défendre une conception multipolaire de l’ordre international.
Il serait toutefois excessif de parler d’un bloc militaire parfaitement intégré. Pékin et Moscou ne partagent pas toujours les mêmes priorités. La Chine veut avant tout rétablir la stabilité nécessaire à son commerce. La Russie peut tirer davantage d’avantages d’une crise prolongée qui détourne l’attention américaine de l’Ukraine et maintient les prix énergétiques à un niveau élevé.
Leurs intérêts convergent donc pour empêcher la défaite stratégique de l’Iran, mais divergent potentiellement sur la durée souhaitable de la confrontation.
La chute du régime iranien constituerait leur véritable ligne rouge
Le comportement chinois et russe évoluerait sensiblement si les opérations américaines passaient d’une stratégie de coercition à une politique explicite de changement de régime.
Ni Pékin ni Moscou ne souhaitent voir l’Iran fragmenté, plongé dans une guerre civile ou remplacé par un pouvoir durablement aligné sur Washington. Un tel basculement modifierait l’équilibre du Moyen-Orient, affaiblirait les BRICS, menacerait les corridors eurasiatiques et renforcerait considérablement la présence américaine aux frontières méridionales de la Russie et occidentales de la Chine.
Dans ce scénario, leur soutien pourrait devenir plus substantiel : accélération des livraisons de technologies, renforcement du renseignement, soutien financier d’urgence, aide à la continuité de l’État iranien et multiplication d’initiatives diplomatiques destinées à isoler Washington.
La Chine pourrait également accroître la pression américaine dans le Pacifique par des démonstrations de force, tandis que la Russie chercherait à exploiter la dispersion des moyens occidentaux en Ukraine, en Arctique ou sur le flanc oriental de l’Europe. Ces actions ne prendraient pas nécessairement la forme d’une coordination formelle, mais elles augmenteraient simultanément les contraintes supportées par les États-Unis.
À court terme, le scénario le plus probable reste donc celui d’un soutien indirect et calibré. La Chine apportera prioritairement l’oxygène économique et diplomatique nécessaire à la survie de l’Iran. La Russie contribuera davantage à sa résilience stratégique, sécuritaire et technologique.
Ni l’une ni l’autre ne paraît prête à entrer directement en guerre. Mais toutes deux ont intérêt à empêcher Washington de transformer sa supériorité militaire en victoire politique durable.
La confrontation du Golfe prend ainsi progressivement la forme d’une guerre régionale soutenue par des puissances mondiales. Les États-Unis conduisent les opérations, Israël demeure en réserve stratégique et les monarchies arabes glissent vers une implication défensive croissante. En face, l’Iran résiste avec ses propres moyens, mais sa capacité à tenir dans la durée dépendra de plus en plus de l’appui économique chinois et de l’assistance stratégique russe.
La variable décisive sera donc moins l’entrée officielle de Pékin ou de Moscou dans la guerre que leur capacité à prolonger la résistance iranienne jusqu’au moment où le coût militaire, économique et politique de la campagne deviendra supérieur, pour Washington, aux bénéfices attendus.
Cette convergence ne doit cependant pas masquer une différence importante. La Chine raisonne principalement en fonction de la sécurité énergétique, de la stabilité des échanges et de sa compétition globale avec les États-Unis. La Russie perçoit davantage la crise comme une occasion de disperser les moyens occidentaux, d’affaiblir la pression exercée sur elle en Europe et de contester l’ordre stratégique dominé par Washington.
Pour la Chine, la fermeture ou la perturbation durable du détroit d’Ormuz constitue une menace économique directe. Pékin dépend fortement des importations d’hydrocarbures du Moyen-Orient et ne peut considérer favorablement une crise qui renchérit le pétrole, désorganise les transports maritimes et fragilise les chaînes industrielles mondiales.
La diplomatie chinoise réclame donc simultanément l’arrêt des opérations militaires, la reprise des négociations et la réouverture des voies de navigation. Pékin considère officiellement que le conflit nuit à la croissance mondiale, au commerce international, aux chaînes d’approvisionnement et à la sécurité énergétique. Il refuse également toute stratégie de changement de régime imposé de l’extérieur.
Cette position ne signifie pas que la Chine se range derrière les objectifs américains. Pékin souhaite que la navigation soit rétablie, mais pas au prix d’une domination militaire américaine renforcée dans le Golfe ou d’un effondrement de l’État iranien. L’Iran reste pour elle un partenaire stratégique, un fournisseur énergétique, un membre des BRICS et de l’Organisation de coopération de Shanghai, ainsi qu’un élément important des corridors reliant l’Asie centrale, le Moyen-Orient et l’océan Indien.
La stratégie chinoise consiste donc probablement à préserver trois intérêts en même temps : empêcher l’asphyxie économique complète de l’Iran, maintenir la circulation maritime et se présenter comme la puissance capable de dialoguer avec toutes les parties.
Son soutien à Téhéran devrait rester prioritairement économique, diplomatique et technologique. Il peut passer par la poursuite des échanges commerciaux, l’utilisation de circuits financiers moins exposés aux sanctions occidentales, la fourniture de biens civils ou à double usage et une protection diplomatique dans les organisations internationales.
Une intervention militaire chinoise directe demeure hautement improbable. Pékin n’a aucun intérêt à risquer un affrontement naval avec les États-Unis dans le Golfe alors que son théâtre stratégique prioritaire reste l’Indo-Pacifique. Son objectif n’est pas de combattre pour l’Iran, mais d’empêcher que Washington transforme la crise en démonstration incontestable de suprématie.
La Chine observe également la campagne américaine comme un laboratoire opérationnel. Elle peut mesurer le rythme de consommation des missiles, les besoins en ravitaillement aérien, les capacités américaines de commandement à longue distance, l’efficacité des défenses antimissiles et les réactions de l’opinion publique face à une guerre prolongée. Ces enseignements intéressent directement Pékin dans la perspective d’une éventuelle crise autour de Taïwan.
Moscou cherche moins une victoire iranienne qu’un enlisement américain
La Russie entretient avec l’Iran une relation institutionnelle plus directement stratégique. Le traité de partenariat stratégique global signé en janvier 2025 et entré en vigueur la même année prévoit un approfondissement des relations politiques, économiques, sécuritaires et militaires. Il ne constitue toutefois pas automatiquement une alliance de défense collective comparable à l’OTAN. Moscou n’est donc pas juridiquement tenue d’entrer en guerre aux côtés de Téhéran.
La Russie condamne les frappes américaines et israéliennes, soutient la souveraineté iranienne et appelle officiellement à une solution politique. Après le cessez-le-feu conclu en juin, elle avait salué le mémorandum entre Washington et Téhéran. Sa position publique combine ainsi dénonciation de l’intervention occidentale et maintien d’une posture de médiateur.
Dans les faits, Moscou a intérêt à ce que les États-Unis ne remportent pas une victoire rapide. Une campagne américaine prolongée mobilise des avions, des navires, des systèmes antimissiles, des moyens de renseignement et des stocks de munitions qui ne peuvent être engagés simultanément avec la même intensité sur d’autres théâtres.
Tout renforcement du dispositif américain dans le Golfe peut donc réduire, au moins temporairement, les marges de manœuvre de Washington en Europe ou dans l’Indo-Pacifique. La hausse des prix des hydrocarbures peut également soutenir les recettes russes, même si une déstabilisation incontrôlée de l’économie mondiale finirait aussi par pénaliser Moscou.
Le soutien russe à l’Iran pourrait prendre la forme d’un partage de renseignement, d’une assistance en matière de guerre électronique, de cybersécurité, de surveillance satellitaire, de maintenance et de défense antiaérienne. La Russie peut également aider Téhéran à mieux disperser ses moyens, protéger ses centres de commandement et adapter ses tactiques aux frappes américaines.
Un engagement direct de forces russes contre les États-Unis reste néanmoins très improbable. Moscou cherche à augmenter le coût de la campagne américaine, non à provoquer une confrontation pouvant dégénérer entre puissances nucléaires.
Une coordination sino-russe réelle, mais sans alliance militaire automatique
La Chine et la Russie devraient coordonner leurs positions au Conseil de sécurité, dans les BRICS et au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai. Elles ont déjà démontré leur capacité à bloquer ou contester des initiatives occidentales concernant l’Iran et le détroit d’Ormuz. En avril 2026, leur veto a empêché l’adoption d’un projet de résolution du Conseil de sécurité relatif à la fermeture du détroit.
Leur coordination poursuivrait plusieurs objectifs : protéger la continuité institutionnelle de l’État iranien, empêcher une légitimation internationale des frappes américaines, préserver les échanges avec Téhéran et défendre une conception multipolaire de l’ordre international.
Il serait toutefois excessif de parler d’un bloc militaire parfaitement intégré. Pékin et Moscou ne partagent pas toujours les mêmes priorités. La Chine veut avant tout rétablir la stabilité nécessaire à son commerce. La Russie peut tirer davantage d’avantages d’une crise prolongée qui détourne l’attention américaine de l’Ukraine et maintient les prix énergétiques à un niveau élevé.
Leurs intérêts convergent donc pour empêcher la défaite stratégique de l’Iran, mais divergent potentiellement sur la durée souhaitable de la confrontation.
La chute du régime iranien constituerait leur véritable ligne rouge
Le comportement chinois et russe évoluerait sensiblement si les opérations américaines passaient d’une stratégie de coercition à une politique explicite de changement de régime.
Ni Pékin ni Moscou ne souhaitent voir l’Iran fragmenté, plongé dans une guerre civile ou remplacé par un pouvoir durablement aligné sur Washington. Un tel basculement modifierait l’équilibre du Moyen-Orient, affaiblirait les BRICS, menacerait les corridors eurasiatiques et renforcerait considérablement la présence américaine aux frontières méridionales de la Russie et occidentales de la Chine.
Dans ce scénario, leur soutien pourrait devenir plus substantiel : accélération des livraisons de technologies, renforcement du renseignement, soutien financier d’urgence, aide à la continuité de l’État iranien et multiplication d’initiatives diplomatiques destinées à isoler Washington.
La Chine pourrait également accroître la pression américaine dans le Pacifique par des démonstrations de force, tandis que la Russie chercherait à exploiter la dispersion des moyens occidentaux en Ukraine, en Arctique ou sur le flanc oriental de l’Europe. Ces actions ne prendraient pas nécessairement la forme d’une coordination formelle, mais elles augmenteraient simultanément les contraintes supportées par les États-Unis.
À court terme, le scénario le plus probable reste donc celui d’un soutien indirect et calibré. La Chine apportera prioritairement l’oxygène économique et diplomatique nécessaire à la survie de l’Iran. La Russie contribuera davantage à sa résilience stratégique, sécuritaire et technologique.
Ni l’une ni l’autre ne paraît prête à entrer directement en guerre. Mais toutes deux ont intérêt à empêcher Washington de transformer sa supériorité militaire en victoire politique durable.
La confrontation du Golfe prend ainsi progressivement la forme d’une guerre régionale soutenue par des puissances mondiales. Les États-Unis conduisent les opérations, Israël demeure en réserve stratégique et les monarchies arabes glissent vers une implication défensive croissante. En face, l’Iran résiste avec ses propres moyens, mais sa capacité à tenir dans la durée dépendra de plus en plus de l’appui économique chinois et de l’assistance stratégique russe.
La variable décisive sera donc moins l’entrée officielle de Pékin ou de Moscou dans la guerre que leur capacité à prolonger la résistance iranienne jusqu’au moment où le coût militaire, économique et politique de la campagne deviendra supérieur, pour Washington, aux bénéfices attendus.
Et si Washington faisait débarquer… non pas les Marines, mais des soldats privés ?
Une hypothèse commence à circuler discrètement dans certains cercles stratégiques américains. Et si, pour éviter le coût politique d'un débarquement classique, Washington choisissait une autre voie ? Non pas envoyer des divisions de Marines sur les côtes iraniennes, mais recourir massivement à des sociétés militaires privées.
L'idée peut sembler provocatrice. Pourtant, les États-Unis disposent d'une longue expérience dans ce domaine. De Blackwater en Irak aux multiples sociétés aujourd'hui regroupées sous différentes enseignes, le recours à des contractants privés est devenu un élément permanent de la puissance américaine. Protection de sites sensibles, sécurisation d'infrastructures, renseignement, maintenance, logistique, formation, opérations spéciales : la frontière entre armée régulière et acteurs privés est devenue beaucoup plus floue qu'il y a vingt ans.
Dans le contexte iranien, cette option présenterait plusieurs avantages pour Washington. Elle réduirait l'impact politique de pertes militaires officiellement américaines, offrirait une grande souplesse opérationnelle et permettrait d'intervenir sans donner immédiatement l'image d'une invasion classique. Des milliers d'anciens militaires américains, britanniques, australiens ou d'autres pays alliés possèdent déjà l'expérience des conflits du Moyen-Orient et pourraient être mobilisés sous contrat.
Leur mission ne serait probablement pas de conquérir Téhéran. Elle pourrait être beaucoup plus ciblée : sécuriser des ports, protéger des terminaux pétroliers, défendre des usines de dessalement, accompagner des forces locales, contrôler des îles stratégiques du détroit d'Ormuz ou protéger des corridors logistiques. Autrement dit, tenir le terrain sans engager officiellement une armée d'occupation.
Mais cette stratégie ouvrirait une nouvelle étape de la guerre. Car face à des soldats privés, l'Iran ne ferait sans doute aucune distinction avec des militaires américains. Téhéran considérerait ces sociétés comme des prolongements directs de Washington et les traiterait comme des cibles légitimes. Leur capture, leur élimination ou leur instrumentalisation médiatique deviendraient rapidement des armes de guerre psychologique.
Au-delà du cas iranien, une telle évolution poserait une question beaucoup plus vaste : assistons-nous à la privatisation progressive des conflits du XXIᵉ siècle ? Après les drones autonomes, les cyberattaques et l'intelligence artificielle, le prochain visage de la guerre pourrait être celui d'armées hybrides, mêlant forces régulières, entreprises militaires privées, spécialistes du renseignement, opérateurs cyber et systèmes autonomes.
Pour l'instant, aucun élément public ne permet d'affirmer que les États-Unis préparent une telle option contre l'Iran. Mais les précédents historiques existent, les capacités sont disponibles et les contraintes politiques d'un engagement terrestre classique rendent cette hypothèse crédible dans une logique de planification stratégique.
Si ce scénario venait à se concrétiser, l'histoire retiendrait peut-être qu'après avoir externalisé une partie de leur industrie, les grandes puissances ont commencé à externaliser une partie de leurs guerres. Et le premier débarquement du XXIᵉ siècle ne serait alors plus celui des Marines américains… mais celui de combattants privés opérant sous contrat, avec un uniforme sans drapeau mais au service d'intérêts parfaitement identifiables.
L'idée peut sembler provocatrice. Pourtant, les États-Unis disposent d'une longue expérience dans ce domaine. De Blackwater en Irak aux multiples sociétés aujourd'hui regroupées sous différentes enseignes, le recours à des contractants privés est devenu un élément permanent de la puissance américaine. Protection de sites sensibles, sécurisation d'infrastructures, renseignement, maintenance, logistique, formation, opérations spéciales : la frontière entre armée régulière et acteurs privés est devenue beaucoup plus floue qu'il y a vingt ans.
Dans le contexte iranien, cette option présenterait plusieurs avantages pour Washington. Elle réduirait l'impact politique de pertes militaires officiellement américaines, offrirait une grande souplesse opérationnelle et permettrait d'intervenir sans donner immédiatement l'image d'une invasion classique. Des milliers d'anciens militaires américains, britanniques, australiens ou d'autres pays alliés possèdent déjà l'expérience des conflits du Moyen-Orient et pourraient être mobilisés sous contrat.
Leur mission ne serait probablement pas de conquérir Téhéran. Elle pourrait être beaucoup plus ciblée : sécuriser des ports, protéger des terminaux pétroliers, défendre des usines de dessalement, accompagner des forces locales, contrôler des îles stratégiques du détroit d'Ormuz ou protéger des corridors logistiques. Autrement dit, tenir le terrain sans engager officiellement une armée d'occupation.
Mais cette stratégie ouvrirait une nouvelle étape de la guerre. Car face à des soldats privés, l'Iran ne ferait sans doute aucune distinction avec des militaires américains. Téhéran considérerait ces sociétés comme des prolongements directs de Washington et les traiterait comme des cibles légitimes. Leur capture, leur élimination ou leur instrumentalisation médiatique deviendraient rapidement des armes de guerre psychologique.
Au-delà du cas iranien, une telle évolution poserait une question beaucoup plus vaste : assistons-nous à la privatisation progressive des conflits du XXIᵉ siècle ? Après les drones autonomes, les cyberattaques et l'intelligence artificielle, le prochain visage de la guerre pourrait être celui d'armées hybrides, mêlant forces régulières, entreprises militaires privées, spécialistes du renseignement, opérateurs cyber et systèmes autonomes.
Pour l'instant, aucun élément public ne permet d'affirmer que les États-Unis préparent une telle option contre l'Iran. Mais les précédents historiques existent, les capacités sont disponibles et les contraintes politiques d'un engagement terrestre classique rendent cette hypothèse crédible dans une logique de planification stratégique.
Si ce scénario venait à se concrétiser, l'histoire retiendrait peut-être qu'après avoir externalisé une partie de leur industrie, les grandes puissances ont commencé à externaliser une partie de leurs guerres. Et le premier débarquement du XXIᵉ siècle ne serait alors plus celui des Marines américains… mais celui de combattants privés opérant sous contrat, avec un uniforme sans drapeau mais au service d'intérêts parfaitement identifiables.












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