Le Maroc semble suivre sagement et tranquillement une autre logique : celle du « et ».
C’est un changement de dimension. Mais faut-il forcément y voir le choix d’Israël contre la Palestine ? Je ne le crois pas.
Le Maroc entretient et institutionnalise une relation avec Israël et continue officiellement de défendre la création d’un État palestinien indépendant vivant aux côtés d’Israël. Cette position sur les deux États n’est d’ailleurs pas apparue avec les événements actuels : elle figure depuis longtemps dans les positions exprimées par le Royaume et par Mohammed VI, président du Comité Al-Qods.
C’est ici que commence, à mes yeux, la véritable lecture du moment. Et si le fameux « deux États » devenait précisément la clé permettant de sortir de cette apparente contradiction ?
Une relation diplomatique avec Israël n’implique pas nécessairement l’adhésion à toutes les politiques d’un gouvernement israélien. De la même manière, défendre les droits nationaux palestiniens n’oblige pas nécessairement à rompre tout canal avec Israël. La diplomatie existe précisément parce que les États ont des intérêts communs, des désaccords et parfois les deux simultanément.
Le Maroc cherche ainsi peut-être moins à choisir un camp qu’à préserver plusieurs espaces de dialogue.
Washington et Pékin.
Europe et Afrique.
Monde arabe et Israël.
Relation avec Israël et défense d’un État palestinien.
Ce n’est pas de la neutralité. Ce n’est pas davantage l’absence de choix. C’est une conception de la politique étrangère dans laquelle les relations ne deviennent pas automatiquement des alignements.
La présence américaine à la rencontre de New York rappelle d’ailleurs que le rapprochement maroco-israélien s’inscrit depuis 2020 dans un triangle Rabat–Washington–Tel-Aviv. Mais faire du passage aux ambassades la conséquence directe d’une avancée vers deux États serait aller trop loin : à ce stade, c’est une hypothèse de lecture, pas un fait établi.
Reste une interrogation. Que serait une normalisation réellement achevée du Moyen-Orient ?
Peut-être pas seulement lorsque davantage de pays arabes disposeront d’ambassades en Israël. Peut-être lorsqu’un État palestinien pleinement reconnu disposera lui aussi de tous les attributs diplomatiques d’un État.
Deux peuples. Deux États. Deux légitimités reconnues.
Dans un monde qui nous somme de plus en plus de choisir entre les uns et les autres, la diplomatie marocaine semble vouloir conserver une autre grammaire : ne pas remplacer le dialogue par l’alignement et, chaque fois que cela reste possible, préférer le « et » au « ou ».
Par ma plume, je reste aligné sur cette confiance-là : celle d’une diplomatie qui n’a pas toujours choisi les chemins les plus faciles, ni les plus immédiatement compris, mais dont l’Histoire a souvent confirmé la maturité, la pertinence et parfois même un avant-gardisme qui finit par payer.
La diplomatie se juge rarement à chaud. Elle se mesure dans le temps long, lorsque les postures s’effacent, que les rapports de force se déplacent et que l’on découvre que certains choix, hier contestés ou incompris, avaient simplement quelques années d’avance.
C’est peut-être cela, au fond, la singularité marocaine : ne pas gouverner sa politique étrangère selon le bruit du jour, mais selon une boussole plus durable. Défendre ses principes, protéger ses intérêts, préserver ses alliances et continuer à parler là où d’autres préfèrent rompre.
Et si l’Histoire nous a appris quelque chose, c’est que cette capacité à tenir plusieurs fils à la fois n’est pas une faiblesse. Elle peut être, au contraire, une longueur d’avance.












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Le mandat adaptatif : demain, gouverner sera peut-être aussi savoir justifier ses pivots










