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Point Marchés : Emploi en ralentissement, Afrique en accélération et Maroc en attente de catalyseurs


Les marchés financiers avancent rarement en ligne droite. Ils préfèrent les détours, les pauses, les faux signaux et les reprises soudaines. Cette nouvelle édition de Point Marché en donne une illustration presque parfaite : l’économie américaine ralentit sans tomber, les marchés émergents reprennent de la couleur, l’Afrique boursière affiche des performances spectaculaires, tandis que Casablanca observe, digère et attend son prochain catalyseur.



Marchés mondiaux : la Fed ralentit, l’Afrique accélère, le Maroc attend son déclic

Au cœur de cette séquence, un indicateur a retenu l’attention des investisseurs : l’emploi américain. Les créations de postes aux États-Unis ont ralenti en juin 2026, avec environ 57.000 nouveaux emplois annoncés, un chiffre inférieur aux attentes. Ce signal n’est pas anodin. Il suggère que la première économie mondiale perd un peu de vitesse, sans basculer pour autant dans une crise brutale.

Pour les marchés, ce type de ralentissement peut paradoxalement devenir une bonne nouvelle. Pourquoi ? Parce qu’une économie américaine moins surchauffée donne à la Réserve fédérale américaine davantage de marge pour adopter une politique monétaire moins restrictive. Autrement dit, moins de pression sur les taux, moins de stress sur le dollar, et potentiellement plus d’appétit pour les actifs risqués, notamment les actions et les marchés émergents.

Cette détente relative intervient dans un contexte géopolitique un peu moins tendu, notamment au Moyen-Orient, ce qui a contribué à nourrir le retour du risque sur les marchés internationaux.

Les marchés mondiaux reprennent leur souffle

Depuis le début de l’année, les grandes places internationales affichent des performances solides. Le MSCI World progresse d’environ 9,6 %, porté par une meilleure visibilité sur les taux et par l’enthousiasme persistant autour de la technologie. Les marchés émergents font encore mieux, avec une hausse de plus de 22 %, tirée notamment par l’Asie, les semi-conducteurs et l’intelligence artificielle.

Le Nasdaq, lui aussi, confirme cette dynamique, avec une progression d’environ 18 %, tandis que le S&P 500 gagne près de 10 %. En Europe, le STOXX 600 avance autour de 9,6 %, avec un secteur du luxe qui, malgré ses doutes structurels, continue de capter une partie de l’attention des investisseurs.

Le message est clair : les marchés mondiaux n’ont pas tourné le dos au risque. Ils le sélectionnent simplement avec davantage de prudence. L’époque où tout montait indistinctement semble derrière nous. Désormais, les investisseurs cherchent des histoires solides : technologie, visibilité bénéficiaire, monnaies stabilisées, marges défendables, et pays capables d’attirer les flux.

L’Afrique boursière accélère, mais pas partout

Le continent africain offre, lui, un tableau beaucoup plus contrasté. Certaines places s’envolent, d’autres temporisent. Le Nigeria affiche une performance impressionnante, autour de 47 % en monnaie locale, malgré les effets de la dévaluation. L’Égypte avance d’environ 21 %, la BRVM progresse de plus de 30 %, et le Kenya signe également une belle remontée.

Cette dynamique traduit un retour d’intérêt pour les marchés africains, souvent considérés comme risqués, mais parfois très attractifs en termes de valorisation. Les investisseurs internationaux regardent de nouveau ces places, surtout lorsqu’elles combinent liquidité, réformes, potentiel démographique et rattrapage économique.

Mais tout le continent ne suit pas la même trajectoire. L’Afrique du Sud recule d’environ 3,7 %, tandis que le Maroc affiche une performance négative autour de 2 %. Faut-il s’en inquiéter ? Pas nécessairement. Dans le cas marocain, il s’agit moins d’un rejet du marché que d’une respiration après une année 2025 déjà très robuste.

Casablanca : une consolidation plus qu’un décrochage

La Bourse de Casablanca traverse une phase d’attentisme. Le MASI, après une forte progression en 2025, consolide. Les volumes baissent, les investisseurs deviennent plus sélectifs, et le marché semble chercher une nouvelle histoire à raconter.

Techniquement, cette consolidation reste saine. Elle ne remet pas en cause la tendance haussière de moyen terme. Elle traduit plutôt une pause, une digestion des valorisations, et un besoin de visibilité supplémentaire. En langage de marché, Casablanca ne panique pas ; elle attend.

Cette attente s’explique aussi par l’évolution des taux. Le rendement des obligations souveraines marocaines à dix ans tourne autour de 3,3 %, en légère progression. Cette hausse reflète plusieurs facteurs : besoins de financement, prudence géopolitique, attentes d’inflation modérée et repositionnement des investisseurs.

Or, la relation entre taux longs et actions est centrale. Quand les taux montent, les valorisations boursières deviennent plus exigeantes. Les investisseurs comparent davantage le rendement des actions avec celui des obligations. Cela pousse le marché à privilégier les sociétés solides, rentables, visibles, capables de défendre leurs marges et leurs dividendes.

Bank Al-Maghrib maintient le cap

Dans ce contexte, Bank Al-Maghrib maintient une politique monétaire accommodante, avec un taux directeur autour de 2,25 %. La banque centrale semble vouloir accompagner la croissance tout en gardant un œil vigilant sur l’inflation et les équilibres macroéconomiques.

Les projections de croissance autour de 5 % pour 2026 donnent au marché marocain un socle favorable. Mais la croissance macroéconomique, à elle seule, ne suffit pas toujours à déclencher un mouvement boursier. Il faut aussi des catalyseurs visibles : publications de résultats solides, opérations de marché, introductions en Bourse, annonces sectorielles ou signaux politiques rassurants.

C’est dans ce cadre que l’annonce d’une nouvelle IPO, notamment autour d’un acteur des dispositifs médicaux comme T2S, peut jouer un rôle intéressant. Une introduction en Bourse bien structurée peut redonner de la profondeur au marché, attirer de nouveaux investisseurs et rappeler que Casablanca a besoin de papier neuf pour élargir son univers d’investissement.

Le retour du stock picking

La baisse des volumes ne doit pas être interprétée uniquement comme un signe de faiblesse. Elle montre aussi que le marché entre dans une phase de sélection. Les investisseurs ne se contentent plus d’acheter l’indice. Ils cherchent les bons dossiers, les secteurs porteurs, les entreprises capables de résister aux cycles.

Dans cette configuration, le stock picking redevient central. Banques, assurances, santé, infrastructures, énergie, consommation, nouvelles technologies : chaque secteur doit être lu avec ses propres fondamentaux. Le marché marocain reste attractif, mais il demande désormais plus de discipline.

La période actuelle n’est donc pas forcément une mauvaise nouvelle. Elle peut même être utile. Une consolidation permet de calmer les excès, de réaligner les prix avec les fondamentaux et de préparer un éventuel nouveau cycle haussier.

Une Bourse en attente, pas une Bourse en panne

Le grand enseignement de cette édition de Point Marché est là : Casablanca n’est pas en rupture. Elle est en attente. Le marché marocain a besoin d’un déclencheur pour sortir de sa phase latérale. Ce déclencheur pourrait venir d’une détente des taux internationaux, d’un flux vers les marchés émergents, d’une IPO réussie, de bons résultats semestriels ou d’un apaisement durable du contexte géopolitique.

À l’échelle mondiale, les marchés ont déjà commencé à réagir à l’idée d’une Fed moins dure. À l’échelle africaine, plusieurs places ont pris de l’avance. Le Maroc, lui, reste plus prudent, presque trop sage. Mais cette prudence peut aussi devenir une force si elle s’accompagne de fondamentaux solides et d’une meilleure liquidité.

Pour les investisseurs, le mot d’ordre est donc simple : ne pas confondre pause et faiblesse. Le MASI consolide, mais il n’a pas perdu son histoire. Il attend seulement qu’un nouveau chapitre s’écrive.
Jeudi 9 Juillet 2026


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