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Ports marocains : la sûreté devient un levier stratégique de compétitivité


​À mesure que le Maroc consolide son statut de plateforme logistique entre l’Afrique, l’Europe et l’Atlantique, une autre question monte en puissance, plus discrète mais décisive : celle de la sûreté et de la sécurité des écosystèmes portuaires. Longtemps considérées comme des fonctions techniques ou périphériques, elles s’imposent désormais comme des composantes centrales de la performance industrielle, logistique et maritime. C’est l’un des messages forts ressortis d’un échange tenu à l’occasion du premier Salon international des ports et de leurs écosystèmes, où l’accent a été mis sur la nécessité d’accompagner la montée en gamme portuaire du Royaume par une montée en compétence humaine et organisationnelle.



Tanger Med, Nador, Dakhla : la performance passe aussi par la sécurité

Le constat de départ est clair : le Maroc n’avance pas seulement grâce à ses infrastructures, mais grâce à la cohérence de l’ensemble de la chaîne qui les entoure. Tanger Med a déjà imposé le pays comme un acteur crédible à l’échelle méditerranéenne. Nador West Med, en cours de déploiement, et l’ambition atlantique liée à Dakhla renforcent cette perspective d’un Maroc devenu carrefour logistique majeur. Mais cette ambition ne peut être durable sans maîtrise fine des risques, qu’ils soient industriels, humains ou malveillants. Dans ce cadre, les ports ne sont plus seulement des lieux de transit. Ils deviennent des espaces stratégiques où se croisent souveraineté économique, sécurité opérationnelle et rayonnement régional.

L’un des points les plus intéressants du débat porte sur la distinction entre sécurité et sûreté, deux notions souvent confondues dans le langage courant. La sécurité renvoie à la prévention des accidents du travail, des incidents techniques, des erreurs humaines et des expositions aux produits ou environnements dangereux. La sûreté, elle, concerne la lutte contre la malveillance, qu’elle soit interne ou externe. Autrement dit, la première protège contre le risque non intentionnel, la seconde contre l’acte volontaire. Cette distinction n’a rien de théorique. Elle conditionne la manière dont les entreprises industrielles, logistiques et portuaires conçoivent leur organisation, forment leurs équipes et articulent leurs responsabilités avec celles de l’État.

Dans un pays comme le Maroc, où les services régaliens assurent un maillage sécuritaire robuste, la tentation peut être grande de considérer que la sûreté relève d’abord de l’autorité publique. C’est précisément cette idée que certains professionnels cherchent aujourd’hui à nuancer. Le message est simple : la protection globale d’un site industriel ou portuaire ne peut pas reposer uniquement sur des acteurs extérieurs. Chaque entreprise doit aussi construire son propre système interne de management de la sûreté, capable d’anticiper les vulnérabilités, de détecter les signaux faibles et de mieux coordonner technologie, procédures et ressources humaines. La vidéosurveillance, par exemple, ne suffit pas en elle-même ; encore faut-il qu’elle soit bien exploitée, intégrée et pilotée par des équipes réellement formées.

Maroc logistique : sans sûreté, le hub reste fragile

L’autre idée forte, peut-être la plus réaliste, est que la montée en compétence ne se standardise pas. Dans l’entretien, il est expliqué qu’il n’existe pas de solution universelle applicable mécaniquement à toutes les entreprises. Les besoins diffèrent selon la taille de la structure, son mode de gestion des ressources humaines, la proportion de personnel permanent ou intérimaire, la nature des risques industriels, la culture interne et le niveau de maturité organisationnelle. Cette approche sur mesure tranche avec les logiques de formation générique qui dominent encore parfois certains secteurs. Elle rappelle qu’en matière de sécurité comme de sûreté, l’efficacité dépend moins d’un catalogue de modules que d’un diagnostic précis, d’une ingénierie adaptée et d’un accompagnement dans la durée.

Cette exigence a aussi une dimension économique très concrète. Renforcer la sécurité et la sûreté d’un port, d’un entrepôt ou d’une plateforme logistique, ce n’est pas seulement éviter des pertes. C’est protéger la continuité des opérations, rassurer les investisseurs, consolider la réputation d’un site et améliorer sa performance globale. Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, les perturbations maritimes et les reconfigurations des routes commerciales, cette robustesse devient un argument de compétitivité. Le Maroc le sait : sa valeur stratégique ne repose pas uniquement sur les crises des autres, mais sur sa capacité à inscrire son rôle dans une trajectoire historique cohérente, adossée à des ports fiables, bien connectés et bien sécurisés.

En filigrane, l’enjeu dépasse donc le seul secteur portuaire. Il touche à une vision plus large du développement marocain. Un pays qui veut se positionner comme hub industriel et logistique ne peut plus considérer la prévention des risques comme un sujet annexe. La sécurité des personnes, la protection des installations, la maîtrise des flux et la prévention des actes de malveillance font partie du socle même de la modernisation économique. C’est d’autant plus vrai dans les métiers du maritime, où une défaillance locale peut rapidement avoir des conséquences sur toute une chaîne.

Le débat ouvert autour du salon portuaire a au moins ce mérite : rappeler que la performance ne se décrète pas uniquement par des investissements visibles ou de grands projets emblématiques. Elle se construit aussi dans les détails moins spectaculaires, ceux qui sauvent des vies, réduisent les vulnérabilités et rendent les écosystèmes plus solides. Et dans le Maroc portuaire qui se dessine, cette bataille-là ne sera pas secondaire.
Vendredi 3 Avril 2026


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