C’est dans l’enceinte prestigieuse de l’Université Euromed de Fès, ce samedi 4 avril 2026, que l’Alliance des Économistes Istiqlaliens (AEI) a tenu la deuxième de ses six rencontres thématiques régionales. Dans un contexte mondial marqué par l'incertitude, le parti de la Balance a choisi de s'attaquer frontalement à une préoccupation majeure des Marocains : le pouvoir d'achat. Loin des discours populistes, cette rencontre a brillé par la lucidité de son diagnostic. En décortiquant les failles de notre système de santé, l'exclusion économique des femmes, la détresse des jeunes inactifs et la bombe à retardement des retraites, les ténors de l'Istiqlal ont tracé les contours d'un nouveau pacte social. Un pacte où la dignité de la famille marocaine n'est plus seulement une promesse morale, mais le véritable moteur d'une croissance économique durable.
Face aux crises mondiales, la résilience marocaine à l'épreuve de l'inflation
Le ton de la rencontre a été d'emblée donné par le Professeur Abdellatif Mâzouz, Président de l’AEI, qui a dressé un tableau macroéconomique d'une grande justesse. Le Maroc n'évolue pas en vase clos, et les secousses géopolitiques actuelles : des séquelles du Covid-19 au séisme d'Al Haouz, en passant par les conflits en Ukraine et en Iran ; redessinent violemment les équilibres mondiaux.
Si la hausse tarifaire liée à la crise iranienne semble, pour l'heure, moins aiguë que le choc provoqué par la guerre russo-ukrainienne, M. Mâzouz a lancé un avertissement clair : la crise actuelle est plus insidieuse. Elle porte en elle le germe de la « stagflation », ce mélange toxique de stagnation économique et d'inflation persistante. Face à ces vents contraires, le Royaume a fait preuve d'une capacité de gestion de crise remarquable. L'État a déployé un bouclier social massif, illustré par la généralisation de la couverture sociale et des subventions directes et indirectes. À titre d'exemple, l'effort colossal de l'ONEE, qui injecte 400 millions de dirhams par mois pour stabiliser les factures d'électricité des ménages, témoigne de cet engagement.
Cependant, la réalité du terrain est têtue. Ces efforts louables se retrouvent souvent noyés par une inflation importée qui empêche les prix de retrouver leur niveau d'avant-crise. Pour l'Istiqlal, le constat est sans appel : « Le moteur de notre croissance économique est principalement la demande interne, notamment en période de crise », a rappelé M. Mâzouz. Protéger le pouvoir d'achat n'est donc pas qu'une mesure d'urgence sociale, c'est un impératif de survie économique.
Si la hausse tarifaire liée à la crise iranienne semble, pour l'heure, moins aiguë que le choc provoqué par la guerre russo-ukrainienne, M. Mâzouz a lancé un avertissement clair : la crise actuelle est plus insidieuse. Elle porte en elle le germe de la « stagflation », ce mélange toxique de stagnation économique et d'inflation persistante. Face à ces vents contraires, le Royaume a fait preuve d'une capacité de gestion de crise remarquable. L'État a déployé un bouclier social massif, illustré par la généralisation de la couverture sociale et des subventions directes et indirectes. À titre d'exemple, l'effort colossal de l'ONEE, qui injecte 400 millions de dirhams par mois pour stabiliser les factures d'électricité des ménages, témoigne de cet engagement.
Cependant, la réalité du terrain est têtue. Ces efforts louables se retrouvent souvent noyés par une inflation importée qui empêche les prix de retrouver leur niveau d'avant-crise. Pour l'Istiqlal, le constat est sans appel : « Le moteur de notre croissance économique est principalement la demande interne, notamment en période de crise », a rappelé M. Mâzouz. Protéger le pouvoir d'achat n'est donc pas qu'une mesure d'urgence sociale, c'est un impératif de survie économique.
Le fardeau de la santé : quand se soigner appauvrit les familles
Cette érosion du pouvoir d'achat trouve sa traduction la plus cruelle dans les dépenses de santé. Le Dr Allal Amraoui, président du Centre Marocain d'études et de recherche en politiques de santé, a livré un réquisitoire implacable, chiffres à l'appui, sur le « reste à charge » des citoyens, véritable baromètre de l'efficacité de notre système sanitaire. Aujourd'hui, la charge totale de la santé au Maroc culmine à 80 milliards de dirhams, soit 6 % du PIB, représentant environ 2 200 dirhams par personne et par an.
Le déséquilibre est flagrant : les familles marocaines supportent 38 % de ces charges, bien au-delà des 25 % recommandés par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Pire encore, elles contribuent à hauteur de 14 % au financement de la couverture sociale. Dans le détail, 44 % des dépenses de santé des ménages sont englouties par les seuls médicaments, et 70 à 80 % des charges globales sont captées par le secteur privé, conséquence directe de l'encombrement et du manque de ressources humaines dans le public.
Le constat du Dr Amraoui est alarmant : ces dépenses contraintes font basculer 1,11 % des Marocains sous le seuil de pauvreté. La vision portée par l'AEI est claire : seule une amélioration drastique de la gouvernance permettra de ramener ce reste à charge à un seuil tolérable de 20 %, redonnant ainsi un véritable bol d'air financier aux familles.
Le déséquilibre est flagrant : les familles marocaines supportent 38 % de ces charges, bien au-delà des 25 % recommandés par l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Pire encore, elles contribuent à hauteur de 14 % au financement de la couverture sociale. Dans le détail, 44 % des dépenses de santé des ménages sont englouties par les seuls médicaments, et 70 à 80 % des charges globales sont captées par le secteur privé, conséquence directe de l'encombrement et du manque de ressources humaines dans le public.
Le constat du Dr Amraoui est alarmant : ces dépenses contraintes font basculer 1,11 % des Marocains sous le seuil de pauvreté. La vision portée par l'AEI est claire : seule une amélioration drastique de la gouvernance permettra de ramener ce reste à charge à un seuil tolérable de 20 %, redonnant ainsi un véritable bol d'air financier aux familles.
Femmes marocaines : transformer la charge sociale en levier de croissance
Le développement humain et l'amélioration du pouvoir d'achat ne peuvent se faire en laissant plus de la moitié de la population sur le bord de la route. L'intervention de Mme Naima Benyahya, Ministre de la Solidarité, de l’Insertion sociale et de la Famille, a mis en lumière un paradoxe marocain : 10 millions de citoyennes, soit 78 % des femmes de plus de 15 ans, sont exclues du marché du travail formel.
Avec un taux d'analphabétisme féminin stagnant à 32 %, le défi est immense. Pourtant, comme l'a souligné la ministre avec conviction, « la contribution des femmes à l’économie nationale est énorme mais invisible ». Confiné à la sphère domestique, ce travail n'est ni comptabilisé ni valorisé. Pour le parti de l'Istiqlal, il est urgent de briser le plafond de verre qui sépare les textes juridiques des réalités sociétales.
Des solutions pragmatiques sont sur la table : des négociations sont en cours avec le ministère de l'Emploi pour instaurer des formules de travail à mi-temps ou en distanciel. L'accent a également été mis sur la création d'un réseau de garderies, condition sine qua non pour libérer le temps des femmes. L'État montre d'ailleurs l'exemple en matière de protection de l'enfance : une épargne mensuelle de 500 dirhams est désormais allouée à chaque enfant placé en institution d'aide sociale, garantissant un pécule de départ d'au moins 10 000 dirhams à sa majorité.
Avec un taux d'analphabétisme féminin stagnant à 32 %, le défi est immense. Pourtant, comme l'a souligné la ministre avec conviction, « la contribution des femmes à l’économie nationale est énorme mais invisible ». Confiné à la sphère domestique, ce travail n'est ni comptabilisé ni valorisé. Pour le parti de l'Istiqlal, il est urgent de briser le plafond de verre qui sépare les textes juridiques des réalités sociétales.
Des solutions pragmatiques sont sur la table : des négociations sont en cours avec le ministère de l'Emploi pour instaurer des formules de travail à mi-temps ou en distanciel. L'accent a également été mis sur la création d'un réseau de garderies, condition sine qua non pour libérer le temps des femmes. L'État montre d'ailleurs l'exemple en matière de protection de l'enfance : une épargne mensuelle de 500 dirhams est désormais allouée à chaque enfant placé en institution d'aide sociale, garantissant un pécule de départ d'au moins 10 000 dirhams à sa majorité.
Le défi démographique : repenser la solidarité envers nos aînés
En outre, cette rencontre a abordé une mutation silencieuse mais inéluctable : la transition démographique du Maroc. Le passage de la famille élargie à la famille nucléaire, couplé à une chute drastique du taux de fécondité (de 7,5 dans les années 60 à 1,97 aujourd'hui), bouleverse nos équilibres traditionnels.
Abdeljabbar Rachidi, Secrétaire d’État auprès de la Ministre de la Solidarité, de l’Insertion sociale et de la Famille, chargé de l’intégration sociale, a dressé un portrait sans concession de la situation de nos aînés. Le Maroc compte aujourd'hui 5 millions de personnes de plus de 60 ans ; ils seront 10 millions en 2050. Actuellement, 64 % d'entre eux souffrent d'une maladie chronique, 20 % vivent avec un handicap, et plus de la moitié (52,4 %) ne disposent d'aucun revenu propre. Conséquence directe : 77 % survivent grâce à la solidarité familiale, imposant aux ménages actifs des charges mensuelles oscillant entre 5 000 et 8 000 dirhams. Si la couverture sociale prend en charge 60 % de leurs frais médicaux, le reste pèse lourdement sur le pouvoir d'achat des familles.
Fidèle à son référentiel, l'Istiqlal insiste sur le fait que les réformes administratives ne suffiront pas si elles ne s'adossent pas aux valeurs de solidarité du peuple marocain. Le gouvernement agit déjà : 92 institutions d'aide sociale accueillent 8 000 bénéficiaires, et des clubs de jour se multiplient pour briser la solitude. Dans une annonce forte, M. Rachidi a révélé le lancement prochain du premier camping dédié aux personnes âgées, à Assilah, rappelant que le divertissement est un droit inaliénable participant à la dignité humaine.
Cependant, la préservation de cette dignité passe inévitablement par la sécurité financière. Or, les caisses de retraite marocaines foncent vers le mur. La réforme paramétrique de 2016 n'a été qu'un palliatif. M. Rachidi a dévoilé des projections inquiétantes : le déficit des caisses est de 6 milliards de dirhams dès 2026, et explosera à 14,11 milliards en 2031.
Face à ce péril, le statu quo n'est plus une option. La nécessité d'une réforme structurelle globale et courageuse s'impose pour éviter l'effondrement du système. Il s'agit non seulement de garantir une pension digne aux retraités, mais aussi de soulager la pression financière qui asphyxie les jeunes ménages, libérant ainsi un pouvoir d'achat crucial pour la relance économique du pays.
Abdeljabbar Rachidi, Secrétaire d’État auprès de la Ministre de la Solidarité, de l’Insertion sociale et de la Famille, chargé de l’intégration sociale, a dressé un portrait sans concession de la situation de nos aînés. Le Maroc compte aujourd'hui 5 millions de personnes de plus de 60 ans ; ils seront 10 millions en 2050. Actuellement, 64 % d'entre eux souffrent d'une maladie chronique, 20 % vivent avec un handicap, et plus de la moitié (52,4 %) ne disposent d'aucun revenu propre. Conséquence directe : 77 % survivent grâce à la solidarité familiale, imposant aux ménages actifs des charges mensuelles oscillant entre 5 000 et 8 000 dirhams. Si la couverture sociale prend en charge 60 % de leurs frais médicaux, le reste pèse lourdement sur le pouvoir d'achat des familles.
Fidèle à son référentiel, l'Istiqlal insiste sur le fait que les réformes administratives ne suffiront pas si elles ne s'adossent pas aux valeurs de solidarité du peuple marocain. Le gouvernement agit déjà : 92 institutions d'aide sociale accueillent 8 000 bénéficiaires, et des clubs de jour se multiplient pour briser la solitude. Dans une annonce forte, M. Rachidi a révélé le lancement prochain du premier camping dédié aux personnes âgées, à Assilah, rappelant que le divertissement est un droit inaliénable participant à la dignité humaine.
Cependant, la préservation de cette dignité passe inévitablement par la sécurité financière. Or, les caisses de retraite marocaines foncent vers le mur. La réforme paramétrique de 2016 n'a été qu'un palliatif. M. Rachidi a dévoilé des projections inquiétantes : le déficit des caisses est de 6 milliards de dirhams dès 2026, et explosera à 14,11 milliards en 2031.
Face à ce péril, le statu quo n'est plus une option. La nécessité d'une réforme structurelle globale et courageuse s'impose pour éviter l'effondrement du système. Il s'agit non seulement de garantir une pension digne aux retraités, mais aussi de soulager la pression financière qui asphyxie les jeunes ménages, libérant ainsi un pouvoir d'achat crucial pour la relance économique du pays.
Les NEETs : désamorcer la bombe à retardement de la jeunesse
Enfin, Abdelmajid Fassi Fihri, Vice-Président de la Chambre des Représentants, a rappelé l'engagement historique et idéologique de l'Istiqlal, fidèle à la ligne tracée par feu Allal El Fassi, envers l'émancipation citoyenne. Aujourd'hui, les indicateurs sont au rouge : un jeune sur quatre (entre 15 et 24 ans) est un « NEET » (ni à l'emploi, ni en études, ni en formation), et le taux de chômage de cette catégorie culmine à 37 %.
Ce mal est structurel. M. Fassi Fihri a pointé du doigt l'absence de convergence entre les institutions et un système d'évaluation des politiques publiques trop quantitatif, incapable de mesurer l'impact réel sur le terrain. Le secteur informel, bien qu'il agisse comme une soupape de sécurité, témoigne de la fragilité de notre tissu entrepreneurial. Pour stopper l'hémorragie, il propose une refonte systémique : réformer l'éducation et la formation professionnelle, restructurer l'ANAPEC, et créer un écosystème d'accompagnement pré et post-création d'entreprise basé sur un mentorat solide
À travers cette rencontre de Fès, l'Alliance des Économistes Istiqlaliens a prouvé qu'elle possédait non seulement l'expertise pour poser les bons diagnostics, mais surtout le courage politique pour proposer les remèdes nécessaires à l'édification d'un État social véritablement protecteur.
Ce mal est structurel. M. Fassi Fihri a pointé du doigt l'absence de convergence entre les institutions et un système d'évaluation des politiques publiques trop quantitatif, incapable de mesurer l'impact réel sur le terrain. Le secteur informel, bien qu'il agisse comme une soupape de sécurité, témoigne de la fragilité de notre tissu entrepreneurial. Pour stopper l'hémorragie, il propose une refonte systémique : réformer l'éducation et la formation professionnelle, restructurer l'ANAPEC, et créer un écosystème d'accompagnement pré et post-création d'entreprise basé sur un mentorat solide
À travers cette rencontre de Fès, l'Alliance des Économistes Istiqlaliens a prouvé qu'elle possédait non seulement l'expertise pour poser les bons diagnostics, mais surtout le courage politique pour proposer les remèdes nécessaires à l'édification d'un État social véritablement protecteur.












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