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Quand la production culturelle et artistique est prise sous un angle productif et créateur d’emploi


Art et culture : D’un patrimoine immatériel à un écosystème générateur d’emplois et de richesse

L’Alliance des Economistes Istiqlaliens(AEI) a organisé un weninar sur le thème : « Art et culture : D’un patrimoine immatériel à un écosystème générateur d’emplois et de richesse ». Cet événement culturel, modéré par Kacem Al Bouanani, a invité des acteurs culturels marocains de renommée nationale, arabe et internationale, des noms qui « résonnent » dans la scène culturelle et artistique. Ils ont enrichi le débat, pointé le doigt sur les réelles entraves quant au développement du secteur et mis en exergue ses problématiques. Surtout en cette période de crise sanitaire, sachant que c’est l’un des secteurs les plus touchés en cette période pandémique.



Les participants à ce webinar étaient Hicham Abkari, Directeur artistique ; Abdallah Bensmain, journaliste à L’Opinion, écrivain et auteur d’ouvrages et d’essais dans la culture ; Brahim El Mazned, Directeur fondateur de Visa For Music et Secrétaire général de la Fondation Hiba ; Hicham Lahlou, Designer international et Architecte d’intérieur, Regional Advisor Africa WDO ; Nabila Maan, auteure, compositrice et interprète et Mohammed Amine Sbihi, Ex ministre de la Culture.

L’ouverture du webinair a été lancée par Abdellatif Maazouz, Président de l’AEI, instigateur de cet événement culturel organisé par l’AEI en tant que force de proposition du Parti de l’Istiqlal. L’Alliance traite, depuis des années, de questions économiques et s’investit pleinement, depuis le début de la pandémie, dans des sujets variés pouvant aider le pays à sortir de la crise. L’AEI a d’ailleurs  proposé les premières mesures, aussi bien à l’égard des personnes touchées par la crise qu’aux entreprises impactées,  mesures qui ont été retenues et adoptées par le Gouvernement. Des questions sectorielles ont été également abordées, entre logements, technologies ou tourisme.

Pour cette fois, l’AEI s’attelle à la culture et à l’art, un secteur culturel à part entière qui devrait être traité aussi bien sous son aspect social qu’économique. D’ailleurs, comme disent les français, sa contribution au PIB est supérieure à celle de l’industrie automobile, un secteur très important en France.

Le Maroc est riche en culture et en art, un créneau pris en compte, lors du webinair, en tant qu’activité, production, perspective d’emploi et culture d’entreprendre.

La crise actuelle a affecté ce secteur plus que d’autres. Il est en train de s’effondrer, d’où l’intérêt de sortir, à  travers cette concertation et synergie entre professionnels, avec des propositions précises et pérennes. Pointer du doigt le mal qui entrave l’évolution du secteur culturel, impacté au plus haut niveau par le COV 19, ne peut être assuré qu’à travers ce staff de connaisseurs  et professionnels de la culture, chacun selon sa spécialité : musique, design, art etc.

Le webinar répond à plusieurs problématiques et relève des points  sensibles : Etat des lieux de la culture au Maroc, insuffisance des ressources mobilisées,  vision pour l’écosystème de la culture au Marocgouvernance adaptée à la vision stratégique

Autant de sujets qui ont trouvé des orateurs bien positionnés pour y répondre. Surtout que le chantier ouvert par Sa Majesté, en matière d’infrastructures, est en cours de finalisation. Les mégaprojets initiés, à savoir, la bibliothèque nationale du Royaume, le théâtre de Rabat ou autres, impulsent une vraie dynamique qui semble insuffisante pour la relance du secteur.

Il y a plusieurs failles en matière d’infrastructures et de compétences humaines qu’il faudrait développer. Une gestion plus réaliste est nécessaire pour la pérennité du secteur.
 
 

Brahim El Mazned : Repenser la politique culturelle si l’on veut créer, à partir de la culture, de la valeur et de la richesse

Brahim El Mazned a une longue carrière dans le domaine culturel. Ce passionné de culture est fondateur de VISA FOR MUSIC(VFM), un marché unique au monde qui met en contact les professionnels de la musique, de la production et les artistes. Cet espace de rencontres est à sa 7e édition à Rabat. Il est également Directeur d’autres festivals dont Timitar.

Dans ce contexte, Visa For Music a pu quand même se produire. Son fondateur parle de l’impact du COV 19 et de notre patrimoine immatériel culturel.

En cette période trouble qui perdure, la culture est le premier secteur impacté, le premier à avoir arrêté ses productions et le dernier à les reprendre.

VFM, le projet crée à Rabat et porté depuis 2014, est né du besoin d’une plateforme dédiée à la musique et qui porte les musiques africaines. Cette vision de M. El Mazned avait  eu l’approbation de M. Sbihi, ministre de la Culture à l’époque. Un projet concrétisé qui attire une trentaine de pays africains chaque année, 80 pays à l’échelle mondiale.  

Afin de protéger ce grand événement, l’équipe de VFM a opté, en période de crise, de s’investir, de prendre le risque, de se réinventer et de chercher la particularité. Cette 7e édition, malgré le contexte, a été une réussite et a constitué un exemple à l’échelle du monde, avec plus de 2 millions de spectateurs en distanciel.  Ayant à cœur les artistes, VFM a fait les choses dans les règles de l’art et de la santé, en prenant en charge les artistes avec zéro cas covid.

La crise a bel et bien montré à quel point le secteur est fragile. Il est d’ailleurs de nature précaire et saisonnière. La réussite de VFM a donné de l’espoir pour d’autres travaux. Il fallait profiter de cette année pour sortir l’anthologie des Rrways, une belle anthologie qui met en valeur cet art ancestral unique au Maroc. Cette initiative a été saluée par les médias, les professionnels, les connaisseurs et à très haut niveau, par Sa Majesté qui a félicité ce travail. Malgré le contexte particulier, des ateliers et des workshops ont été organisés.

Toute cette dynamique, optée par VFM, a permis de maintenir toutes les équipes de jeunes,  très attirés par le secteur de la culture, surtout les femmes. La culture étant considérée comme le secteur qui emploie le plus de jeunes au monde.

L’année a été riche en expériences. Un projet a été développé avec le Bureau de l’UNESCO à Rabat, intitulé : « La musique autour du développement durable » dont l’objectif est le développement des capacités des professionnels de la musique et l’accompagnement des artistes. Il y eut également l’organisation de plusieurs ateliers d’éveil musical, une opportunité pour les artistes qui veulent travailler dans de écoles. Sans oublier, le site dédié au secteur de la musique qui s’appelle MMC : Moroccan Music Connect,  un portail qui fait détaille le profil de plus de 1000 professionnels marocains. Toujours est-il que l’objectif de toutes ces initiatives est de se maintenir sur le plan économique, malgré le contexte particulier.

A la question de la préservation et de la promotion du patrimoine (comme Rrways), M. El Mazned attire l’attention sur la richesse de notre patrimoine immatériel qui s’impose surtout, à force de voyager à travers le monde. Mais qui se fragilise depuis des décennies, surtout à cause de la mondialisation et de la mutation numérique.

Ces pratiques ancestrales qui avaient un regard et une valeur sociétales extrêmement riches, n’ont pu connaitre une mutation vers un écosystème plus valorisant. Une réflexion sur des établissements spéciaux, comme mettre en place des maisons dédiées à ces arts, notamment sur le plan régional,  des conservatoires dédiés à une pratique artistique ayant  une forte présence dans un endroit particulier à fortiori quand son objectif était purement plutôt social.

La globalisation tout autant que la » glocalisation »  posent problème. Il y a un danger pour ces formes riches liées à un territoire. C’est  pour cela qu’il est impératif de travailler sur les mutations de ces formes amenées à disparaitre. Et ce en les considérant comme des pratiques identitaires et non comme des cartes postales figées. D’autant plus qu’au Maroc, on n’a pas d’inventaire dédié à ces pratiques artistiques.

Le Maroc est un pays très dynamique sur le plan culturel (festivals) mais devrait être accompagné par une politique culturelle tout aussi dynamique. Il est temps de nuancer et de  repenser ensemble cette politique, si l’on veut créer, à partir de la culture, de la valeur et de la richesse.

Bouteina BENNANI






Journaliste professionnelle. 30 ans d'expérience à L'Opinion. Actuellement journaliste à Radio Web... En savoir plus sur cet auteur
Dimanche 2 Mai 2021




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