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Rabat-Lagos : Du gaz, des engrais et des imams


Le projet du gazoduc Nigéria-Maroc sera concrétisé sans tarder. Et le royaume va participer au renforcement de la sécurité alimentaire du géant démographique africain par l’installation d’une usine de production d’engrais. Encore plus prégnant, parce que cultuel et culturel, les Nigérians semblent apprécier l’Islam éclairé enseigné à leurs futurs imams au Maroc.



A lire ou à écouter en podcast :

Sm Mohammed VI en compagnie du président du Nigéria, Muhammadu Buhari
Sm Mohammed VI en compagnie du président du Nigéria, Muhammadu Buhari
rabat_lagos_du_gaz,_des_engrais_et_des_imams.mp3 Rabat-Lagos Du gaz, des engrais et des imams.mp3  (5.18 Mo)

L’entretien téléphonique entre le Roi Mohammed VI et le président du Nigéria, Muhammadu Buhari, qui a fait l’objet d’un communiqué du Cabinet royal, est aussi concis que riche en données.

Il y est question de « la détermination commune (Ndlr : du Maroc et du Nigéria) à poursuivre et concrétiser, dans les meilleurs délais, les projets stratégiques entre les deux pays, particulièrement le gazoduc Nigeria-Maroc et la création d'une usine de production d'engrais au Nigeria ».

En quelques mots, la diplomatie marocaine a bien fait son travail, l’image de marque du royaume en Afrique de l’Ouest encourage à en faire un partenaire stratégique, le Maroc jette les bases d’une sphère de co-développement régionale en s’engageant dans de lourds projets à long terme et il ne va pas échapper aux investisseurs internationaux la confirmation, de fait, de son rôle de hub continental.

Encore une fois, bravo Votre Majesté.

Le plus facile n’est pas forcément le meilleur

Ce n’était pourtant pas évident que le projet marocain l’emporte sur le projet porté par l’Algérie. Le gazoduc Nigéria-Maroc est plus long, il devra mesurer 5.660 kms. Le gazoduc trans-saharien, qui devait relier le Nigéria à l’Algérie, ne devait faire, pour sa part, que 4.128 kms.

Les 1532 kms de différence sont à estimer en termes de coût de la pose des canalisations et de la durée des travaux. Ces considérations sont encore plus appesanties par le fait que le gazoduc Nigéria-Maroc sera sous-marin, même s’il sera relié à un autre déjà existant, le West African Gas Pipeline, qui va jusqu’au Ghana, en passant par le Bénin et le Togo.

En résumé, le projet marocain est techniquement le plus difficile, celui qui va coûter le plus cher et prendra le plus de temps à réaliser. Les Nigérians ont, cependant, parfaitement saisi que le projet marocain comporte une dimension qui va au-delà d’un simple conduit pour transporter du gaz naturel.

Autre considération, le projet algérien a été annoncé il y a 40 ans. Depuis lors… rien ! Le Maroc et le Nigéria ont signé un protocole d’accord à ce sujet en mai 2017. En juin 2018, un accord de coopération vient confirmer le projet.

Géopolitique de l’acide phosphorique

Le récent entretien téléphonique entre les deux chefs d’Etat reflète, par ailleurs, la ferme volonté politique au plus haut niveau de donner corps à ce projet.  

Avec les Marocains, c’est maintenant, alors qu’avec les Algériens, c’est toujours après. Et ce ne sont pas pressions diplomatiques d’Alger qui pourront y changer quoi que ce soit.

S’il est vrai que le projet de gazoduc Nigéria-Maroc est celui qui attire le plus l’attention des médias, de par son ampleur et sa signification géopolitique, l’autre relatif à une usine de production d’engrais, auquel va participer l’OCP, n’est pas moins stratégique.

Avec ses 214 millions d’habitants, le Nigéria est le pays le plus peuplé d’Afrique. Au niveau mondial, il vient en 7e position. Pour nourrir tous ces gens, il est nécessaire d’améliorer la production agricole et les rendements.

Qui dit meilleurs rendements, dit recours aux engrais, qui sont fabriqués avec de l’acide phosphorique, un produit dérivé du phosphate.

C’est là qu’apparaît l’OCP en tant qu’instrument majeur dans le renforcement géopolitique du Maroc sur un continent africain qui poursuit, seul au monde, son galop démographique.


14 gagnants et plus

Tracé du gazoduc Nigéria-Maroc
Tracé du gazoduc Nigéria-Maroc
Dans son approche globale du projet de gazoduc, le Maroc vise tout autant à faire distribuer du gaz naturel aux 14 pays(*) le long des côtes desquels seront posées les canalisations, et exporter le reliquat en Europe, mais aussi et surtout à en faire un levier permettant à tous ces pays de généraliser l’électrification et de stimuler leur développement.

Politiquement, le gazoduc va renforcer les relations entre tous ces pays, qui se doivent d’adapter leurs législations pour la réalisation du projet. Il devra également fournir le cadre conceptuel géopolitique d’une Afrique tournée vers l’Atlantique. Sur l’autre rive, les Amériques.

Restés coincés à l’ère des blocs idéologiques antagonistes et de la guerre froide, les dirigeants algériens ne semblent pas se rendre compte que les Africains subsahariens des temps présents n’ont plus rien à voir avec ceux d’il y a trente ans.

Les éternels perdants

Les médiocres d’Al Mouradia doivent maintenant avaler l’amère pilule de voir le projet de gazoduc porté par le Maroc évincer le leur, mais aussi celle de la reconnaissance tacite par le Nigéria de la marocanité du Sahara. Le gazoduc va longer les côtes des provinces du sud.

Les petits malins d’Alger peuvent toutefois nous sortir leur carte favorite ; trouver une origine algérienne à tous les Marocains.

Par Ahmed NAJI

(*) Les 14 pays reliés par le futur gazoduc Nigéria-Maroc sont : le Nigéria, le Bénin, le Togo, la Guinée équatoriale, le Ghana, la Côte d’Ivoire, le Liberia, le Sierra Leone, La Guinée-Conakry, la Guinée-Bissau, la Gambie, le Sénégal, la Mauritanie et le Maroc.








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