La prochaine bataille ne sera pas celle des infrastructures, mais celle du quotidien :
Mais une ville peut afficher des grues, des usines et des kilomètres d’infrastructures tout en conservant des ménages préoccupés par leur panier alimentaire, leur logement, l’école de leurs enfants ou l’accès aux soins.
C’est précisément ce décalage que l’Istiqlal cherche à placer au centre de son argumentaire électoral. Durant la campagne, Nizar Baraka a régulièrement mis en avant le pouvoir d’achat, le soutien social, l’emploi, la santé et le renforcement de la classe moyenne parmi les priorités de son programme.
Le diagnostic est difficilement évitable : une hausse de revenu n’améliore véritablement la situation d’un ménage que si les prix ne progressent pas plus rapidement.
L’Istiqlal met donc l’accent sur les circuits de distribution, le nombre d’intermédiaires, la production agricole nationale ou encore la sécurité hydrique. Parmi ses propositions figure notamment l’idée de structures régionales capables d’intervenir dans la distribution de certains produits alimentaires.
Le raisonnement se comprend : si une partie de l’inflation alimentaire provient des dysfonctionnements de la chaîne entre producteur et consommateur, agir uniquement sur les revenus ne suffit pas.
Mais le passage de l’intention à l’action est plus complexe. Jusqu’où l’État doit-il intervenir ? Comment éviter qu’un nouvel opérateur public ou semi-public n’ajoute simplement une couche supplémentaire à la chaîne ? Comment contrôler les marges sans désorganiser le marché ?
Ce sont exactement les questions auxquelles la prochaine majorité, quelle qu’elle soit, devra répondre.
Une campagne qui redécouvre les services publics
La santé constitue le deuxième pilier de ce discours.
Là encore, le débat dépasse la construction d’hôpitaux. Il concerne les médecins, leur répartition géographique, leur rémunération et l’organisation des urgences.
Promettre davantage de médecins est une chose. Les former prend des années. Les convaincre de travailler durablement dans les zones moins attractives en est une autre.
Même constat pour l’éducation. La qualité de l’école publique ne se décrète pas. Quant à l’encadrement des hausses de frais dans le privé, il suppose de trouver un équilibre entre protection des familles et modèle économique des établissements.
La campagne électorale gagne néanmoins à revenir sur ces sujets concrets. Car le citoyen ne mesure pas l’efficacité de l’État uniquement dans les tableaux macroéconomiques : il la mesure aussi au temps d’attente aux urgences, à la qualité de l’école du quartier ou au coût mensuel de la scolarité.
Le sujet politiquement sensible des conflits d’intérêts
Autre marqueur du discours istiqlalien : la volonté affichée de légiférer davantage sur les conflits d’intérêts.
Le sujet est politiquement puissant parce qu’il touche directement à la confiance.
Les entreprises, notamment les PME, peuvent supporter la concurrence. Elles acceptent beaucoup moins facilement l’idée que certaines positions économiques puissent dépendre du réseau relationnel ou de l’accès privilégié à la décision.
L’Istiqlal présente donc la lutte contre les conflits d’intérêts et une plus grande place accordée aux entreprises régionales dans la commande publique comme deux instruments de rééquilibrage.
Là encore, le test sera juridique et opérationnel : définition du conflit d’intérêts, obligations déclaratives, sanctions, contrôle et transparence devront être précisés.
De la mondialisation heureuse à la souveraineté économique
Le discours de Tanger révèle aussi une évolution plus profonde de la doctrine économique.
Il y a encore quelques années, parler de souveraineté industrielle, alimentaire, pharmaceutique ou technologique pouvait sembler protectionniste. Les crises sanitaires, les ruptures logistiques et les tensions géopolitiques ont modifié le débat.
Le programme 2026-2031 de l’Istiqlal place explicitement la souveraineté, la résilience, la justice sociale et la confiance parmi ses grandes orientations.
La question pertinente n’est toutefois pas de savoir si le Maroc doit tout produire lui-même. Aucun pays moderne ne le peut.
Le véritable enjeu consiste à identifier ce dont le Royaume ne veut plus dépendre excessivement : eau, médicaments, alimentation stratégique, énergie, technologies critiques ou capacités industrielles.
C’est beaucoup plus précis qu’un slogan sur la souveraineté.
Le véritable examen commencera après le scrutin
Dans une campagne électorale, les partis parlent naturellement de ce qu’ils veulent faire. L’électeur, lui, devrait pouvoir demander autre chose : combien, quand, avec quel financement et selon quel indicateur de résultat ?
C’est là que le débat doit maintenant se déplacer.
- Créer une structure régionale de distribution : quel coût ?
- Renforcer les effectifs médicaux : combien de professionnels supplémentaires ?
- Donner une préférence aux entreprises locales : selon quelles règles ?
- Soutenir davantage les familles : quelle enveloppe budgétaire ?
- Renforcer la souveraineté : dans quelles filières prioritaires ?
L’idée mérite d’être discutée.
Mais, comme pour tous les programmes électoraux, le vrai juge ne sera pas la formulation de la promesse. Ce seront son financement, son calendrier et, surtout, sa capacité à produire des résultats mesurables.












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