À chaque rentrée universitaire, la même question revient : pourquoi tant de diplômés peinent-ils encore à trouver un emploi ? La réponse paraît simple, presque confortable : l’université formerait mal, trop loin des besoins du marché. Pourtant, les propos du ministre de l’Enseignement supérieur, Azzedine Midaoui, invitent à déplacer le débat. Le chômage des diplômés ne relève pas uniquement de la qualité des formations. Il dépend aussi, et peut-être surtout, de la capacité de l’économie à créer suffisamment d’emplois qualifiés.
C’est une nuance essentielle. Une université peut améliorer ses cursus, renforcer les langues, développer les compétences numériques et encourager l’entrepreneuriat. Mais si la croissance reste insuffisante, si l’investissement productif demeure limité et si les entreprises créent surtout des emplois peu qualifiés, le diplôme ne peut pas, à lui seul, résoudre l’équation.
Le ministre refuse ainsi de faire de l’université le bouc émissaire unique. Il rappelle que plusieurs pays européens et les États-Unis continuent d’attirer des diplômés marocains, preuve que le problème n’est pas toujours la faiblesse du niveau académique. Le paradoxe est là : des compétences jugées employables ailleurs se retrouvent parfois bloquées au Maroc, faute d’un tissu économique capable de les absorber.
Cela ne signifie pas que l’université soit irréprochable. Le décalage entre certaines formations et les besoins réels des entreprises reste visible. Trop de filières restent encore pensées autour du diplôme plutôt qu’autour des compétences. Trop d’étudiants sortent de l’université sans expérience professionnelle solide, sans maîtrise suffisante des langues ou sans culture de projet.
Mais l’entreprise marocaine doit aussi être interrogée. Investit-elle assez dans la recherche et développement ? Offre-t-elle suffisamment de stages structurés ? Participe-t-elle vraiment à la définition des formations ? Trop souvent, elle réclame des profils immédiatement opérationnels sans contribuer suffisamment à leur construction.
Le vrai sujet est donc celui du lien entre université, entreprise et croissance. Former mieux ne suffira pas si l’économie ne monte pas en gamme. Le Maroc ne pourra absorber massivement ses diplômés que s’il développe davantage d’industries technologiques, de services à forte valeur ajoutée, de recherche appliquée, de santé, d’ingénierie, de culture numérique et d’économie verte.
L’intelligence artificielle ajoute une pression supplémentaire. Elle peut accélérer la transformation des métiers, mais elle risque aussi de rendre obsolètes certaines compétences répétitives. Le ministre insiste sur un point juste : l’IA n’est utile que si l’étudiant maîtrise déjà son domaine de base. Autrement dit, l’outil ne remplace pas la compétence ; il l’amplifie.
La piste de l’université entrepreneuriale mérite aussi d’être prise au sérieux. L’université de demain ne peut plus être seulement un lieu de cours et d’examens. Elle doit devenir un espace où l’on crée des projets, des start-up, des brevets, des solutions locales. Cela suppose des incubateurs crédibles, des financements d’amorçage, des enseignants formés à l’innovation et une vraie tolérance à l’échec.
Au fond, accuser uniquement l’université permet d’éviter une question plus dérangeante : quel modèle économique voulons-nous pour nos diplômés ? Un pays qui forme des ingénieurs, des juristes, des chercheurs, des développeurs et des techniciens supérieurs doit leur offrir autre chose qu’un horizon administratif bouché ou une expatriation forcée.
Le diplôme n’est donc pas innocent, mais il n’est pas coupable seul. Il est le miroir d’un système plus vaste : école, université, entreprise, État, croissance, innovation. Tant que ces pièces ne fonctionneront pas ensemble, le Maroc continuera à produire des compétences que d’autres économies sauront parfois mieux utiliser que la sienne.
C’est une nuance essentielle. Une université peut améliorer ses cursus, renforcer les langues, développer les compétences numériques et encourager l’entrepreneuriat. Mais si la croissance reste insuffisante, si l’investissement productif demeure limité et si les entreprises créent surtout des emplois peu qualifiés, le diplôme ne peut pas, à lui seul, résoudre l’équation.
Le ministre refuse ainsi de faire de l’université le bouc émissaire unique. Il rappelle que plusieurs pays européens et les États-Unis continuent d’attirer des diplômés marocains, preuve que le problème n’est pas toujours la faiblesse du niveau académique. Le paradoxe est là : des compétences jugées employables ailleurs se retrouvent parfois bloquées au Maroc, faute d’un tissu économique capable de les absorber.
Cela ne signifie pas que l’université soit irréprochable. Le décalage entre certaines formations et les besoins réels des entreprises reste visible. Trop de filières restent encore pensées autour du diplôme plutôt qu’autour des compétences. Trop d’étudiants sortent de l’université sans expérience professionnelle solide, sans maîtrise suffisante des langues ou sans culture de projet.
Mais l’entreprise marocaine doit aussi être interrogée. Investit-elle assez dans la recherche et développement ? Offre-t-elle suffisamment de stages structurés ? Participe-t-elle vraiment à la définition des formations ? Trop souvent, elle réclame des profils immédiatement opérationnels sans contribuer suffisamment à leur construction.
Le vrai sujet est donc celui du lien entre université, entreprise et croissance. Former mieux ne suffira pas si l’économie ne monte pas en gamme. Le Maroc ne pourra absorber massivement ses diplômés que s’il développe davantage d’industries technologiques, de services à forte valeur ajoutée, de recherche appliquée, de santé, d’ingénierie, de culture numérique et d’économie verte.
L’intelligence artificielle ajoute une pression supplémentaire. Elle peut accélérer la transformation des métiers, mais elle risque aussi de rendre obsolètes certaines compétences répétitives. Le ministre insiste sur un point juste : l’IA n’est utile que si l’étudiant maîtrise déjà son domaine de base. Autrement dit, l’outil ne remplace pas la compétence ; il l’amplifie.
La piste de l’université entrepreneuriale mérite aussi d’être prise au sérieux. L’université de demain ne peut plus être seulement un lieu de cours et d’examens. Elle doit devenir un espace où l’on crée des projets, des start-up, des brevets, des solutions locales. Cela suppose des incubateurs crédibles, des financements d’amorçage, des enseignants formés à l’innovation et une vraie tolérance à l’échec.
Au fond, accuser uniquement l’université permet d’éviter une question plus dérangeante : quel modèle économique voulons-nous pour nos diplômés ? Un pays qui forme des ingénieurs, des juristes, des chercheurs, des développeurs et des techniciens supérieurs doit leur offrir autre chose qu’un horizon administratif bouché ou une expatriation forcée.
Le diplôme n’est donc pas innocent, mais il n’est pas coupable seul. Il est le miroir d’un système plus vaste : école, université, entreprise, État, croissance, innovation. Tant que ces pièces ne fonctionneront pas ensemble, le Maroc continuera à produire des compétences que d’autres économies sauront parfois mieux utiliser que la sienne.












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