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Vous n’avez rien vu : cette île peut faire bouleverser la guerre


Rédigé par le Samedi 28 Mars 2026

Une île grande comme deux fois le port de Casablanca. Quelques milliers d'habitants. Et pourtant, ce bout de terre posé dans le golfe Persique concentre à lui seul 90 % des exportations pétrolières de l'Iran — soit l'équivalent de 50 milliards de dollars par an. Une somme qui finance le régime de Téhéran, ses armées, ses alliés du Hezbollah au Liban, du Hamas à Gaza, des Houthis au Yémen. Depuis que Donald Trump a relancé sa guerre d'usure contre l'Iran, l'île de Kharg est devenue l'épicentre d'une crise dont les retombées pourraient se faire sentir jusqu'à la pompe à essence du coin.



​L'île de Kharg, le talon d'Achille de l'Iran que Washington tient dans son viseur

Le 13 mars dernier, les États-Unis ont frappé. Trump l'a lui-même décrit comme « l'un des raids aériens les plus puissants de l'histoire au Moyen-Orient ». Cibles visées : les installations militaires de l'île. Les infrastructures pétrolières, elles, ont été délibérément épargnées. Ce n'est pas de la clémence — c'est un message. Washington démontre qu'il peut détruire ce qui fait vivre le régime iranien, mais qu'il choisit pour l'instant de ne pas le faire. Une démonstration de force calculée, une menace suspendue comme une épée au-dessus de la tête de Téhéran. De son côté, l'Iran a minimisé les dégâts militaires tout en confirmant que le pétrole n'avait pas été touché. Mais le détroit d'Ormuz, lui, reste partiellement bloqué — ce passage par lequel transite une fraction significative du pétrole mondial demeure sous tension, ne laissant passer que quelques navires jugés « non hostiles » par Téhéran.

Ce bras de fer autour d'un détroit et d'une île n'est pas qu'une affaire moyen-orientale. Pour le consommateur marocain qui fait le plein ou paye sa facture de gaz, les ondes de choc d'une escalade dans le golfe Persique arrivent vite et fort. Le marché pétrolier mondial est nerveux par nature — il suffit d'une annonce, d'une frappe, d'un blocage supplémentaire pour que les prix s'envolent. Le Maroc, comme la plupart des pays importateurs de pétrole, absorbe ces turbulences directement dans son économie. Et dans ce contexte, deux scénarios militaires américains circulent à Washington — les deux, à des degrés différents, font froid dans le dos.

Le premier est le plus brutal : bombarder les infrastructures pétrolières de Kharg pour asphyxier financièrement le régime iranien. Priver Téhéran de ses 50 milliards annuels d'un seul coup. L'effet serait immédiat sur l'Iran, mais il le serait aussi sur les marchés mondiaux. Une telle destruction provoquerait une flambée des cours du brut dont personne, ni à Rabat, ni à Paris, ni à Pékin, ne sortirait indemne. Le second scénario, évoqué par le New York Times et le Wall Street Journal, est d'une autre nature mais tout aussi périlleux : déployer des milliers de soldats américains — marines débarquant par la mer, parachutistes depuis les airs — pour prendre physiquement le contrôle de l'île. L'objectif serait de priver l'Iran de ses revenus sans détruire l'outil de production, tout en évitant une flambée des prix. La logique est séduisante sur le papier. Sur le terrain, c'est une autre histoire.

90% du pétrole iranien transite par cette île sous tension

« C'est un pari extrêmement risqué », résument plusieurs analystes cités dans la presse américaine. L'Iran a déjà redéployé des soldats sur l'île et installé des mines, à terre et en mer. Téhéran ne frapperait pas ses propres installations pétrolières — c'est le calcul américain. Mais rien ne garantit que la réaction iranienne se limiterait à Kharg. Les Houthis du Yémen, alliés de l'Iran, pourraient intensifier leurs attaques sur la navigation maritime. La Chine, qui dépend massivement du pétrole iranien, serait directement lésée et devrait choisir son camp avec plus de clarté. L'Irak, déjà touché par des frappes sur son territoire — dont une sur un hôpital militaire faisant sept morts —, a saisi le Conseil de sécurité de l'ONU. Le Liban compte plus d'un million de déplacés. Plus de 2 000 morts ont déjà été recensés dans la région depuis le début du conflit. L'engrenage est en marche et chaque nouveau cran le rend plus difficile à stopper.

Des négociations indirectes existent, acheminées via le Pakistan qui joue le rôle de messager discret entre Washington et Téhéran. L'Iran a transmis ses réponses à un plan de paix en 15 points proposé par les États-Unis. Mais le chef de la diplomatie iranienne a prévenu sans ambiguïté : l'Iran mettra « fin à la guerre selon ses propres conditions ». Ce n'est pas la position d'un régime qui s'apprête à capituler. C'est celle d'un acteur qui, malgré la pression économique et militaire, entend négocier en position de force — ou pas négocier du tout. Le Pakistan, intermédiaire fragile dans une région qui n'en manque pas, tente de maintenir un canal ouvert. Mais les signaux contradictoires s'accumulent et la fenêtre diplomatique, si elle existe, est étroite.

Ce qui rend cette crise particulièrement difficile à lire, c'est la superposition des intérêts. Les États-Unis veulent affaiblir l'Iran sans déclencher une guerre totale. Israël mène sa propre campagne militaire avec ses propres objectifs. La Chine protège ses approvisionnements énergétiques. Les pays du Golfe surveillent leurs propres marges de sécurité. Et les populations civiles — iraniennes, libanaises, yéménites, irakiennes — subissent l'addition d'une guerre que personne ne semble vouloir assumer entièrement. L'île de Kharg cristallise tout cela : c'est un point géographique microscopique sur lequel se projettent des contradictions géopolitiques gigantesques.

Il y a quelque chose de vertigineux à réaliser qu'une île habitée par quelques milliers de pêcheurs et de travailleurs du pétrole concentre autant de puissance de feu symbolique et réelle. Que le prix du litre d'essence au Maroc, en France ou en Corée du Sud dépend en partie de ce qui se passe sur ce bout de terre du golfe Persique. Que les décisions prises dans les prochaines semaines à Washington, Téhéran ou Pékin pourraient redessiner durablement les équilibres régionaux. La vraie question n'est pas de savoir si les États-Unis frapperont à nouveau — c'est de savoir si quelqu'un, quelque part, a encore la capacité de poser les termes d'une sortie de crise avant que l'escalade ne prenne une dynamique propre, celle que personne n'a voulue mais que tout le monde aura contribué à alimenter.





Mohamed Ait Bellahcen
Un ingénieur passionné par la technique, mordu de mécanique et avide d'une liberté que seuls l'auto... En savoir plus sur cet auteur
Samedi 28 Mars 2026

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