L'ODJ Média

lodj






Wald Maâlam – L’intelligence artificielle ne partage pas le savoir : elle révèle notre confusion


Par Dr Az-Eddine Bennani.

À mesure que les discours sur l’intelligence artificielle se multiplient, une idée s’impose peu à peu comme une évidence : celle d’un savoir désormais partagé entre l’humain et l’algorithme. Cette idée s’installe dans les conférences, les institutions, les universités. Elle séduit par sa modernité. Elle rassure par son apparente harmonie. Mais plus elle se diffuse, plus elle mérite d’être interrogée.

Le vocabulaire est séduisant. Il évoque le dialogue, la coopération, la co-construction. Il rassure. Il donne le sentiment que la machine entre dans le cercle du savoir humain, qu’elle en devient un partenaire légitime. Mais derrière cette rhétorique se cache une erreur fondamentale : celle de croire que produire des réponses équivaut à produire du sens.



Wald Maâlam, lui, ne s’y trompe pas.

Il ne rejette pas la technologie. Il ne cède ni à la fascination ni à la peur. Il observe. Il compare. Il ramène toujours les choses à leur essence.

Dans son atelier, qu’il soit fait de tissus, de peinture ou de systèmes d’information, une règle ne change jamais : on ne confond pas le geste et l’intention.

Un algorithme est une manière de penser. Un programme est l’exécution de cette pensée. La machine, elle, n’est que l’instrument. Elle calcule, elle optimise, elle génère. Mais elle ne comprend pas. Elle ne doute pas. Elle ne juge pas. Elle ne sait pas ce qu’elle fait.

Parler d’une épistémologie partagée suppose qu’il y ait deux sujets capables de produire du savoir. Or il n’y en a qu’un : l’humain.

Ce que nous appelons aujourd’hui intelligence artificielle n’est pas une intelligence au sens humain du terme.

C’est une puissance de calcul appliquée à des masses de données, capable de produire des textes, des images, des décisions apparentes. Cette capacité impressionne. Elle trouble. Elle donne l’illusion d’une compréhension. Mais elle n’est qu’une simulation.

Et c’est précisément là que réside le danger.

Non pas dans la machine elle-même, mais dans la projection que nous faisons sur elle.
Nous lui attribuons des qualités qu’elle n’a pas. Nous interprétons ses productions comme des signes d’intelligence.

Nous confondons fluidité et profondeur, vitesse et compréhension, réponse et vérité. Nous entrons dans une forme de post-réalité cognitive où ce qui est généré devient ce qui est cru.

Wald Maâlam le dit sans détour : le problème n’est pas l’intelligence artificielle. Le problème, c’est l’affaiblissement de l’intelligence humaine.

Dans l’artisanat, un apprenti peut reproduire un geste. Il peut apprendre à coudre, à assembler, à répéter un motif. Mais il ne devient Maâlam que lorsqu’il comprend ce qu’il fait, pourquoi il le fait, et dans quel contexte il le fait. Il ne devient maître que lorsqu’il est capable de créer, d’adapter, de transmettre.

L’intelligence artificielle, elle, restera toujours au stade de l’exécution. Elle pourra reproduire des formes de langage, des structures de raisonnement, des styles.

Elle pourra même dépasser l’humain en vitesse et en volume. Mais elle ne franchira jamais le seuil de l’intention.

Dire que le savoir est partagé entre l’humain et la machine, c’est oublier que le savoir n’est pas une accumulation d’informations.

C’est une construction. Une interprétation. Une responsabilité.

Ce glissement n’est pas anodin. Il a des conséquences profondes, notamment pour les organisations, les institutions, les systèmes éducatifs.

C’est pourquoi la question n’est pas de savoir si l’IA partage notre savoir. Elle est de savoir si nous sommes encore capables de penser les systèmes dans lesquels nous l’intégrons.

Wald Maâlam, fidèle à sa démarche, ramène le débat à une exigence simple : comprendre avant d’utiliser.

Sans cette compréhension, l’intelligence artificielle devient un outil puissant entre des mains incertaines.

Pour des pays comme le Maroc, l’enjeu est encore plus crucial. Il ne s’agit pas seulement d’adopter des technologies venues d’ailleurs. Il s’agit de construire une capacité à penser ces technologies, à les adapter, à les gouverner.

Wald Maâlam le rappelle avec force : on n’importe pas une intelligence. On construit une pensée.

L’intelligence artificielle ne partage pas le savoir. Elle amplifie ce que nous sommes capables de produire. Elle révèle nos forces, mais aussi nos faiblesses.

La question n’est donc pas de savoir si la machine pense avec nous. La question est de savoir si nous continuons à penser.

Par Dr Az-Eddine Bennani.



Mardi 21 Avril 2026


Billet | Chroniqueurs invités | Experts invités | Quartier libre | Chroniques Vidéo | Replay vidéo & podcast outdoor | Podcast Agora


Bannière Réseaux Sociaux


Bannière Lodj DJ

Avertissement : Les textes publiés sous l’appellation « Quartier libre » ou « Chroniqueurs invités » ou “Coup de cœur” ou "Communiqué de presse" doivent être conformes à toutes les exigences mentionnées ci-dessous.

1-L’objectif de l’ODJ est de d’offrir un espace d’expression libre aux internautes en général et des confrères invités (avec leurs accords) sur des sujets de leur choix, pourvu que les textes présentés soient conformes à la charte de l’ODJ.

2-Cet espace est modéré  par les membres de la rédaction de lodj.ma, qui conjointement assureront la publication des tribunes et leur conformité à la charte de l’ODJ

3-L’ensemble des écrits publiés dans cette rubrique relève de l’entière responsabilité de leur(s) auteur(s).la rédaction de lodj.ma ne saurait être tenue responsable du contenu de ces tribunes.

4-Nous n’accepterons pas de publier des propos ayant un contenu diffamatoire, menaçant, abusif, obscène, ou tout autre contenu qui pourrait transgresser la loi.

5-Tout propos raciste, sexiste, ou portant atteinte à quelqu’un à cause de sa religion, son origine, son genre ou son orientation sexuelle ne sera pas retenu pour publication et sera refusé.

Toute forme de plagiat est également à proscrire.

 







LODJ24 TV
آخر الأخبار
جاري تحميل الأخبار...
BREAKING NEWS
📰 Chargement des actualités...

Inscription à la newsletter

Plus d'informations sur cette page : https://www.lodj.ma/CGU_a46.html

















Vos contributions
LODJ Vidéo