Il y a une manière très commode d’éviter les vrais débats : disqualifier celui qui les pose.
Dès qu’un responsable politique parle de prix, de pouvoir d’achat, de marges abusives, de monopoles ou de régulation, une partie du commentaire public sort aussitôt le même mot : populisme. Le terme est efficace. Il ferme la discussion avant même qu’elle ne commence.
Pourtant, défendre le citoyen n’est pas du populisme. C’est le fondement même de l’action politique. La politique n’a pas été inventée pour accompagner passivement les rapports de force économiques. Elle existe pour arbitrer, protéger, corriger, prévenir les abus et garantir que l’intérêt général ne soit pas absorbé par les intérêts les mieux organisés.
Le débat relancé par Nizar Baraka autour des circuits de distribution et de la protection du pouvoir d’achat s’inscrit dans cette logique. Il ne s’agit pas de promettre des miracles ni de désigner des boucs émissaires. Il s’agit de rappeler une évidence : lorsque le marché ne fonctionne pas loyalement, l’État ne peut pas rester spectateur.
Car le citoyen marocain ne vit pas l’économie dans les rapports officiels. Il la vit au marché, à la station-service, dans les rayons des supermarchés, chez l’épicier, au moment de payer les fournitures scolaires, les soins, le transport ou le panier de la semaine. Pour lui, la question n’est pas de savoir si une théorie économique est élégante. La question est de savoir si son revenu tient encore face à la réalité des prix.
C’est ici que le politique doit reprendre sa place. Non pas contre l’entreprise. Non pas contre l’investissement. Non pas contre l’économie de marché. Mais contre l’idée dangereuse selon laquelle toute intervention publique serait suspecte. Une démocratie ne peut pas déléguer totalement la question sociale aux mécanismes du marché, surtout lorsque ces mécanismes sont parfois faussés par la concentration, les ententes, les rentes ou les réseaux d’influence.
Historiquement, le Parti de l’Istiqlal a toujours voulu associer la question nationale à la question sociale. L’indépendance politique n’a de sens que si elle se prolonge dans une capacité collective à protéger les citoyens, organiser l’économie et préserver la dignité des classes populaires et moyennes. Cette tradition permet aujourd’hui de défendre une ligne claire : l’économie doit produire de la richesse, mais cette richesse ne peut pas se construire contre la société.
Accuser cette approche de populisme revient à vider la politique de sa substance. Car si parler des prix est populiste, alors que reste-t-il au débat démocratique ? Parler uniquement de croissance abstraite ? De grands projets ? D’indicateurs financiers ? D’attractivité pour les investisseurs ? Tout cela est nécessaire, mais insuffisant. Un pays ne se gouverne pas seulement par ses agrégats. Il se gouverne aussi par le ressenti social, par la confiance, par la capacité des ménages à vivre dignement.
La souveraineté économique ne consiste pas seulement à produire localement ou à attirer des capitaux. Elle consiste aussi à empêcher que le citoyen devienne prisonnier de marchés qu’il ne comprend pas et sur lesquels il n’a aucun pouvoir. Qui fixe réellement les prix ? Qui contrôle les marges ? Qui surveille les circuits ? Qui sanctionne les abus ? Ces questions sont politiques avant d’être techniques.
Dans le monde entier, les tensions entre démocratie et marchés financiers se durcissent. Les citoyens acceptent de moins en moins que les décisions économiques semblent échapper au contrôle démocratique. Ils voient des profits progresser pendant que leur niveau de vie se contracte. Ils entendent des appels à la patience pendant que certains secteurs consolident leurs marges. Ce décalage nourrit la défiance, puis la colère.
Le Maroc ne peut pas ignorer cette dynamique. La stabilité sociale repose sur une conviction simple : les règles doivent être justes. Lorsque cette conviction disparaît, la défiance s’installe. Et lorsque la défiance s’installe, les discours les plus radicaux trouvent un terrain favorable.
C’est précisément pour éviter cela qu’une parole politique responsable doit agir en amont. Réguler n’est pas punir. Contrôler n’est pas étouffer. Protéger le consommateur n’est pas menacer l’entreprise. C’est rétablir l’équilibre entre des forces inégales.
Défendre le citoyen, c’est refuser que la politique soit réduite à une gestion technique de contraintes imposées par d’autres. C’est affirmer que l’État garde une responsabilité. C’est rappeler que le marché doit rester au service de la société, et non l’inverse.
La vraie question n’est donc pas de savoir si ce discours est populiste. La vraie question est plus directe : qui a intérêt à présenter comme populiste toute demande de justice économique ?
Car lorsque la politique ose reparler des prix, elle ne descend pas dans la facilité. Elle remonte vers sa mission première : protéger l’équilibre social, défendre les plus exposés et rendre au citoyen sa place dans les choix économiques.
Le populisme commence lorsqu’on ment au peuple. Mais défendre son pouvoir d’achat, exiger des marchés loyaux et refuser les rentes, ce n’est pas mentir. C’est peut-être, au contraire, recommencer à faire de la politique.
Pourtant, défendre le citoyen n’est pas du populisme. C’est le fondement même de l’action politique. La politique n’a pas été inventée pour accompagner passivement les rapports de force économiques. Elle existe pour arbitrer, protéger, corriger, prévenir les abus et garantir que l’intérêt général ne soit pas absorbé par les intérêts les mieux organisés.
Le débat relancé par Nizar Baraka autour des circuits de distribution et de la protection du pouvoir d’achat s’inscrit dans cette logique. Il ne s’agit pas de promettre des miracles ni de désigner des boucs émissaires. Il s’agit de rappeler une évidence : lorsque le marché ne fonctionne pas loyalement, l’État ne peut pas rester spectateur.
Car le citoyen marocain ne vit pas l’économie dans les rapports officiels. Il la vit au marché, à la station-service, dans les rayons des supermarchés, chez l’épicier, au moment de payer les fournitures scolaires, les soins, le transport ou le panier de la semaine. Pour lui, la question n’est pas de savoir si une théorie économique est élégante. La question est de savoir si son revenu tient encore face à la réalité des prix.
C’est ici que le politique doit reprendre sa place. Non pas contre l’entreprise. Non pas contre l’investissement. Non pas contre l’économie de marché. Mais contre l’idée dangereuse selon laquelle toute intervention publique serait suspecte. Une démocratie ne peut pas déléguer totalement la question sociale aux mécanismes du marché, surtout lorsque ces mécanismes sont parfois faussés par la concentration, les ententes, les rentes ou les réseaux d’influence.
Historiquement, le Parti de l’Istiqlal a toujours voulu associer la question nationale à la question sociale. L’indépendance politique n’a de sens que si elle se prolonge dans une capacité collective à protéger les citoyens, organiser l’économie et préserver la dignité des classes populaires et moyennes. Cette tradition permet aujourd’hui de défendre une ligne claire : l’économie doit produire de la richesse, mais cette richesse ne peut pas se construire contre la société.
Accuser cette approche de populisme revient à vider la politique de sa substance. Car si parler des prix est populiste, alors que reste-t-il au débat démocratique ? Parler uniquement de croissance abstraite ? De grands projets ? D’indicateurs financiers ? D’attractivité pour les investisseurs ? Tout cela est nécessaire, mais insuffisant. Un pays ne se gouverne pas seulement par ses agrégats. Il se gouverne aussi par le ressenti social, par la confiance, par la capacité des ménages à vivre dignement.
La souveraineté économique ne consiste pas seulement à produire localement ou à attirer des capitaux. Elle consiste aussi à empêcher que le citoyen devienne prisonnier de marchés qu’il ne comprend pas et sur lesquels il n’a aucun pouvoir. Qui fixe réellement les prix ? Qui contrôle les marges ? Qui surveille les circuits ? Qui sanctionne les abus ? Ces questions sont politiques avant d’être techniques.
Dans le monde entier, les tensions entre démocratie et marchés financiers se durcissent. Les citoyens acceptent de moins en moins que les décisions économiques semblent échapper au contrôle démocratique. Ils voient des profits progresser pendant que leur niveau de vie se contracte. Ils entendent des appels à la patience pendant que certains secteurs consolident leurs marges. Ce décalage nourrit la défiance, puis la colère.
Le Maroc ne peut pas ignorer cette dynamique. La stabilité sociale repose sur une conviction simple : les règles doivent être justes. Lorsque cette conviction disparaît, la défiance s’installe. Et lorsque la défiance s’installe, les discours les plus radicaux trouvent un terrain favorable.
C’est précisément pour éviter cela qu’une parole politique responsable doit agir en amont. Réguler n’est pas punir. Contrôler n’est pas étouffer. Protéger le consommateur n’est pas menacer l’entreprise. C’est rétablir l’équilibre entre des forces inégales.
Défendre le citoyen, c’est refuser que la politique soit réduite à une gestion technique de contraintes imposées par d’autres. C’est affirmer que l’État garde une responsabilité. C’est rappeler que le marché doit rester au service de la société, et non l’inverse.
La vraie question n’est donc pas de savoir si ce discours est populiste. La vraie question est plus directe : qui a intérêt à présenter comme populiste toute demande de justice économique ?
Car lorsque la politique ose reparler des prix, elle ne descend pas dans la facilité. Elle remonte vers sa mission première : protéger l’équilibre social, défendre les plus exposés et rendre au citoyen sa place dans les choix économiques.
Le populisme commence lorsqu’on ment au peuple. Mais défendre son pouvoir d’achat, exiger des marchés loyaux et refuser les rentes, ce n’est pas mentir. C’est peut-être, au contraire, recommencer à faire de la politique.












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