Ce civisme n’est pas parfait, bien sûr. Il y a des moments de tension, des foules compactes, des personnes perdues, des groupes qui cherchent leur guide ou leur bus. Mais l’ensemble donne une leçon rare : quand un objectif spirituel commun rassemble les gens, les différences deviennent secondaires.
El Madina devient alors un immense laboratoire humain. On y voit des Africains, des Asiatiques, des Européens, des Arabes, des Turcs, des Indonésiens, des Marocains, des Pakistanais, des Sénégalais, des Bosniaques, des Malaisiens, des Nigérians, des Français, des Britanniques… Tous portés par la même intention : accomplir un voyage intérieur avant même d’accomplir un rite.
Ce qui impressionne surtout, c’est cette discipline douce. Personne ne l’impose totalement, mais beaucoup l’acceptent. Elle naît du respect du lieu, de la conscience du sacré, mais aussi de la nécessité pratique : sans civisme, une telle concentration humaine deviendrait ingérable.
Dans un monde souvent marqué par l’individualisme, El Madina rappelle une vérité simple : vivre ensemble n’est pas un slogan. C’est une pratique quotidienne, faite de patience, de retenue, de solidarité et d’attention aux autres.
Pour le futur pèlerin, cette expérience est déjà une préparation au Hajj. Avant Mina, Arafat ou Muzdalifa, El Madina enseigne une première leçon : le pèlerinage ne commence pas seulement par les rites, mais par le comportement.
Car le civisme, ici, devient presque une forme d’adoration silencieuse. Ne pas bousculer. Ne pas crier. Aider une personne âgée. Sourire à un inconnu. Laisser sa place. Attendre son tour. Retrouver un pèlerin perdu. Ces gestes modestes disent parfois plus que de longs discours.
El Madina impressionne parce qu’elle montre que l’humanité peut encore se rassembler sans se ressembler, marcher ensemble sans parler la même langue, partager un même espace sans se nier.
Dans cette ville, le pèlerin découvre que la spiritualité n’est pas seulement dans la prière. Elle est aussi dans la manière de se tenir parmi les autres. Et c’est peut-être là l’une des plus belles leçons du voyage.
Réflexion spirituelle d’Adnane Benchakroun
Après sa visite à El Madina — Hajj 1447 H












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