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​Tourisme : pour sauver l’été, Mme la ministre doit passer en mode guerre économique


Rédigé par le Mercredi 18 Mars 2026



L’été marocain ne se sécurisera pas avec des slogans. Il se sécurisera avec une méthode.

Car ce qui se joue n’est pas une simple saison touristique, mais un test grandeur nature de pilotage public. Depuis le déclenchement de la guerre régionale fin février, le transport aérien au Moyen-Orient est secoué par les annulations, les détours, les fermetures temporaires d’espaces aériens et la hausse des coûts. Reuters rapporte que 30.000 vols ont déjà été perturbés dans la région et que certaines compagnies ont dû annuler massivement ou rallonger fortement leurs trajets.

Dans ce contexte, le Maroc part avec un avantage réel, mais fragile. Réel, parce que le Royaume sort d’une année 2025 record avec 19,8 millions de touristes, selon le ministère, ce qui confirme sa montée en puissance comme destination majeure. Fragile, parce qu’en période de crise régionale, le voyageur étranger ne lit pas les cartes comme un diplomate : il amalgame, il hésite, il reporte, il arbitre vite entre plusieurs destinations soleil.

C’est précisément là que Mme la ministre du Tourisme doit agir maintenant. Pas en juin, pas après les premières annulations, pas une fois les prix installés.

Maintenant. Première décision : créer une cellule de crise tourisme-aérien au niveau interministériel, avec le Tourisme, les Transports, l’ONDA, l’ONMT, les compagnies aériennes, les aéroports, les grands tour-opérateurs, les hôteliers et les agences réceptives. Son rôle ne serait pas de commenter la crise, mais de produire chaque semaine une cartographie des risques : marchés émetteurs à surveiller, routes menacées, prix des billets, taux de réservation, signaux faibles chez les tour-opérateurs, capacités aériennes disponibles, effets de report depuis des pays concurrents. Dans une période de guerre, l’improvisation coûte toujours plus cher que la prévention. Les turbulences actuelles de l’aérien international le prouvent déjà.

Deuxième chantier : négocier, ligne par ligne, marché par marché. Le Maroc ne peut pas se contenter d’observer la hausse des tarifs aériens comme si elle relevait d’une fatalité. Les compagnies, en particulier européennes et régionales, répercutent déjà les surcoûts liés aux détours, aux carburants et aux désorganisations logistiques. British Airways, Lufthansa Group, Air France-KLM et d’autres ont ajusté ou suspendu certaines dessertes au Moyen-Orient ces derniers jours. Cela recompose les flux, les correspondances et les prix.

Madame La Ministre doit donc ouvrir une négociation de crise avec les transporteurs et les distributeurs. Objectif : sécuriser des sièges vers le Maroc depuis les grands marchés émetteurs, garantir un minimum de visibilité tarifaire, éviter les flambées spéculatives de dernière minute, soutenir les dessertes directes là où elles font basculer une décision de voyage, et convaincre les compagnies que le Maroc peut devenir une destination-refuge dans une région élargie jugée instable. En clair, il ne faut pas seulement défendre la demande existante ; il faut aller chercher la demande qui fuit ailleurs.

Troisième priorité : reprendre la bataille de la perception. L’Égypte en fournit un contre-exemple instructif. Son économie, déjà exposée, est testée par la guerre, et Reuters souligne que le tourisme figure parmi les secteurs vulnérables aux répliques du conflit. Même lorsqu’un pays n’est pas directement au cœur des frappes, le voisinage géopolitique suffit à troubler les réservations.

Le Maroc doit donc lancer immédiatement une campagne de réassurance ciblée, sobre, crédible, sans excès publicitaire. Il faut parler aux marchés européens, britanniques et nord-américains avec un message simple : accessibilité, stabilité, continuité des services, sécurité des infrastructures, normalité de l’accueil. Pas de triomphalisme. Juste de la clarté. Un touriste étranger ne réserve pas seulement une chambre ou un vol : il achète une promesse de fluidité. Dès qu’un doute apparaît sur l’accès aérien, la logistique ou l’ambiance régionale, il change de cap.

Quatrième point, plus discret mais décisif : travailler avec les tour-opérateurs avant qu’ils ne reconfigurent leurs brochures, packages et investissements média. Une saison se perd souvent dans les réunions de mars et d’avril, bien avant de se perdre dans les aéroports en juillet. Il faut donc verrouiller des accords commerciaux, des engagements de volume, des plans de co-marketing, des garanties sur les capacités et, surtout, des mécanismes de réaction rapide en cas de nouvelles secousses régionales. Le Maroc doit se vendre comme une destination fiable dans un environnement qui ne l’est plus totalement.

Cinquième axe : préparer le terrain intérieur. Car un pays qui veut rassurer l’étranger doit d’abord être impeccable chez lui. Cela suppose des aéroports fluides, une police touristique visible mais discrète, une gestion propre des taxis et transferts, des contrôles sur les abus tarifaires, une vigilance sur la qualité réelle des prestations, et un traitement rapide des litiges. Quand le contexte international est anxiogène, la moindre mauvaise expérience locale devient une sanction numérique immédiate : avis négatifs, vidéos virales, désistements en chaîne.

Enfin, il y a une lecture plus stratégique. La crise actuelle peut aussi ouvrir une fenêtre. Si certaines destinations voisines ou concurrentes deviennent plus compliquées à vendre, le Maroc peut apparaître comme l’alternative méditerranéenne et africaine la plus stable, la plus accessible et la plus lisible. Mais cela ne tombera pas du ciel. Il faudra négocier, sécuriser, rassurer, contrôler et communiquer avec une précision presque militaire.

En somme, Mme la ministre ne doit pas seulement défendre l’été. Elle doit l’organiser comme une opération nationale de sécurisation économique. Car dans le tourisme, les saisons fortes ne sont jamais naturelles : elles sont construites. Et en 2026, plus que jamais, elles devront être protégées.

Madame, ​Il faudra aussi, et peut-être surtout, penser à notre diaspora.

Chaque été, le Maroc ne vit pas seulement au rythme des touristes étrangers ; il bat aussi au rythme du retour de ses enfants. Les Marocains du monde ne constituent pas une clientèle parmi d’autres. Ils sont une mémoire en mouvement, un lien affectif, économique et familial avec le pays. Or, quand les prix des billets d’avion flambent, quand les traversées deviennent plus chères, plus compliquées ou plus incertaines, ce n’est pas seulement un arbitrage touristique qui se joue, c’est une relation intime avec le Maroc qui s’abîme.

Derrière un billet trop cher, il y a parfois une famille qui écourte son séjour, des grands-parents moins vus, une consommation locale en moins, des achats reportés, des villes entières moins animées. La saison estivale doit donc être pensée comme un grand mouvement national de retour, d’accueil et de fluidité. Cela suppose d’anticiper très tôt les capacités aériennes et maritimes, de discuter avec les compagnies, de surveiller les excès tarifaires, de mieux coordonner les ports, les aéroports, les douanes, les transports terrestres et l’hébergement.

Cela suppose aussi de traiter les MRE avec la considération stratégique qu’ils méritent, non comme une variable d’ajustement, mais comme une composante centrale de l’économie estivale du Royaume. Car un été réussi, au Maroc, ne se mesure pas seulement en nuitées ou en arrivées internationales. Il se mesure aussi à la qualité du retour, à la facilité des retrouvailles, à la dignité du voyage.

Sauver l’été 2026, ce n’est donc pas uniquement sécuriser une saison touristique sous tension régionale ; c’est protéger à la fois l’attractivité du pays, la fidélité de ses visiteurs et le droit au retour de sa diaspora. C’est là que se joue, au fond, la vraie réussite d’un été marocain.





Mercredi 18 Mars 2026

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