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210 milliards pour les territoires : développement ou pré-campagne électorale ?


Rédigé par La rédaction le Mercredi 1 Juillet 2026



L’annonce est massive : 210 milliards de dirhams pour une nouvelle génération de programmes de développement territorial intégrés sur huit ans.

À elle seule, la somme suffit à imposer le sujet dans le débat public. Elle dit l’ampleur des fractures à corriger, mais aussi le poids politique de l’aménagement du territoire à l’approche des législatives de 2026.

Selon les éléments rapportés par nos confréres de L’Opinion, une première enveloppe de 20 milliards de dirhams est déjà inscrite dans la Loi de Finances 2026, tandis que près de 100 milliards de dirhams supplémentaires sont programmés dans les Programmes de développement régional 2022-2027. Le tout dessine une architecture financière considérable, censée répondre à une exigence : réduire les disparités territoriales. 

Sur le papier, l’approche est séduisante. Il ne s’agit plus, affirme le discours officiel, de distribuer les financements de manière uniforme, mais de partir de diagnostics locaux pour concentrer l’effort public sur les zones les moins équipées. Autrement dit, passer du saupoudrage à la chirurgie territoriale. C’est précisément là que se joue la crédibilité de cette nouvelle doctrine.

Car le Maroc ne manque pas de programmes. Il manque parfois de lisibilité, de coordination et de reddition des comptes. Entre l’État central, les régions, les préfectures, les provinces, les communes, les agences, les établissements publics et les ministères sectoriels, la gouvernance territoriale ressemble souvent à une mécanique ambitieuse, mais difficile à lire pour le citoyen.

La vraie question n’est donc pas seulement : combien va-t-on investir ? Elle est plutôt : qui décidera, selon quels critères, avec quels délais, et quels indicateurs de résultats ?

Une route construite, un centre de santé ouvert ou une école rénovée ne valent pas uniquement par leur inauguration. Ils valent par leur usage réel, leur entretien, leur accessibilité et leur impact sur la vie quotidienne.

À quelques mois des élections, le calendrier rend évidemment le sujet sensible. Tout programme territorial d’une telle ampleur peut être lu de deux façons.

Version institutionnelle : l’État accélère une politique de justice spatiale longtemps attendue. Version politique : les investissements publics deviennent aussi un message adressé aux électeurs des territoires périphériques, ruraux ou sous-équipés.

Les deux lectures ne s’excluent pas forcément. Un chantier peut être nécessaire et politiquement rentable. Le problème commence lorsque la communication prend le dessus sur l’exécution. Les citoyens des territoires oubliés n’attendent plus seulement des annonces. Ils veulent des routes praticables, de l’eau, des soins, des écoles, du transport, du numérique, de l’emploi local.

Le risque principal est celui de la dispersion. Avec plusieurs centaines de milliards annoncés sur la décennie, chaque territoire voudra sa part, chaque élu son projet, chaque administration son guichet. Or, réduire les disparités suppose de hiérarchiser. Il faudra accepter que certains besoins soient prioritaires, que certaines zones soient plus urgentes que d’autres, et que tous les projets ne se valent pas.

Le second risque est celui de l’illusion infrastructurelle. Construire ne suffit pas. Un dispensaire sans médecins, une école sans enseignants, une route sans entretien ou une zone industrielle sans entreprises ne réduisent pas durablement les écarts. Le développement territorial exige une chaîne complète : équipement, services, compétences, gouvernance locale et activité économique.

Le troisième risque est électoral. Non pas parce qu’il faudrait suspendre les politiques publiques en période préélectorale, ce qui serait absurde, mais parce que l’investissement public doit rester protégé de la tentation clientéliste. La justice territoriale ne peut pas devenir une carte de campagne.

Ce programme de 210 milliards peut donc devenir une étape importante dans la correction des fractures marocaines. Mais il devra être évalué autrement que par le montant engagé. Le vrai bilan ne sera pas budgétaire. Il sera territorial.

Dans huit ans, la question ne sera pas de savoir combien l’État a dépensé. Elle sera plus simple, plus rude : les Marocains des zones les moins équipées vivront-ils réellement mieux ?





Mercredi 1 Juillet 2026

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