Alger écorne la cape rouge, olé !


L’Algérie réduit les rangs de ses pays amis. Le pays voisin de l’Est vient, en effet, de suspendre son traité d’amitié, de bon voisinage et de coopération, avec l’Espagne, signé il y a vingt ans. Alger accélère son processus d’auto-affaiblissement.



C’est un communiqué de la présidence algérienne qui a annoncé, le 8 juin, la stupide décision de suspension du traité algéro-espagnol.

Dans un langage moins diplomatique, il s’agit presque d’une rupture des relations. Une démarche irréfléchie, qui reflète le profond embarras dans lequel s’est mise Alger en croyant faire plier l’Espagne à propos de l’affaire du Sahara.

Alger a au moins le mérite d’être franche à ce sujet. Sa brouille avec l’Espagne n’a rien totalement rien à voir avec la défense des intérêts du peuple algérien.

La cause « sacrée » des dirigeants du pays voisin de l’Est a toujours été et demeure la partition du Maroc et le changement de son régime politique.

Tu es ce que je te dis !

Dénonçant le soutien apporté par l’Espagne à la proposition marocaine d’autonomie, qualifiée par la présidence algérienne de « revirement injustifiable », le communiqué de cette dernière précise : « Les autorités espagnoles se sont engagées dans une campagne tendant à justifier la position qu’elles ont adoptée sur le Sahara en violation de leurs obligations juridique, morale et politique de puissance administrante du territoire qui pèse sur le Royaume d’Espagne jusqu’à ce que la décolonisation du Sahara Occidental soit déclarée accomplie par les Nations unies ».

L’argumentaire algérien s’appuie sur deux fausses affirmations, qui le fragilisent. Alger s’évertue à considérer l’Espagne comme la « puissance administrante » du Sahara, alors que pour Madrid, ce rôle a pris fin le 14 novembre 1975.

L’insistance des dirigeants du pays voisin à maintenir Madrid dans un statut auquel cette dernière a renoncé, il y a 47 ans, traduit leur immaturité politique. Alger se comporte littéralement comme un enfant capricieux auquel on aurait refusé d’acheter un jouet.

Déni des réalités

La seconde affirmation erronée découle de la première et porte sur une « décolonisation » du Sahara qui est pourtant achevée depuis près d’un demi-siècle. Alger s’enferme dans un déni des réalités qui l’empêche d’admettre l’évidence.

Les scrutins électoraux, communaux et législatifs, qui sont régulièrement tenus dans les provinces du Sud, comme dans le reste du royaume, ont démontré à la communauté internationale que non seulement les habitants de ces régions se considèrent comme Marocains, en affichant des taux de participation les plus élevés, mais qu’ils participent également pleinement à la gestion de leurs affaires à travers leurs élus.

Nul besoin de rappeler que dans les camps de Tindouf, les partis politiques et autres associations sont interdits et nul élection n’y a jamais organisé.

L’art de se défaire des amis

Une fois ces évidences soulignées, quel profil prend la géopolitique de la Méditerranée occidentale suite à cette décision algérienne ?

Un simple coup d’œil sur une carte permet d’avancer sans sa tromper que l’Algérie s’est enfermée dans une souricière.

A l’Est de l’Algérie, les dirigeants du pays voisin ont réussi à se mettre à dos autant Tunis que Tripoli. Aux Tunisiens, le président algérien Tebboune promet un soutien à la démocratie, dont les Algériens sont loin de jouir. Et les Libyens sont fatigués des tentatives d’Alger de se mêler de leurs affaires internes.

Au Sud, la situation n’est pas meilleure. L’Algérie constitue plus une entrave à la paix au Nord du Mali qu’un intermédiaire crédible pour des négociations entre les parties en conflit.

Quant à la Mauritanie, ses efforts pour maintenir sa neutralité dans l’affaire du Sahara sont systématiquement sabotés par Alger, qui veut la voir prendre position en faveur des séparatistes polisariens.

Nouakchott est ainsi poussée par Alger dans les bras de Rabat, avec quelques risques de troubles chez le voisin du Sud, du fait de l’activisme des polisariens installés en Mauritanie et bien incrustés dans le système politique.

Réduction volontaire des horizons

La récente décision d’Alger de suspendre sa coopération avec Madrid ne va pas manquer d’être finement analysée par les cercles du pouvoir à Paris, Rome et Berlin.

Ce sont autant de pays de l’Union européenne qui ont longtemps tenté d’équilibrer leurs relations entre Alger et Rabat, voir même de privilégier la première, dans le but de rééquilibrer la montée en puissance régionale constatée du royaume.

Dieu merci pour Rabat, les dirigeants algériens sont tellement arrogants, stupides et capricieux, le système politique du pays voisin de l’Est est tellement dépravé, que les pays du Nord ont fini par admettre, à contrecœur, qu’au Sud-ouest de la Mare Nostrum, le royaume est le seul acteur géopolitique pragmatique et influent, ce qui en fait un interlocuteur crédible et un partenaire intéressant.

Madrid a joué la carte algérienne autant qu’elle le pouvait, en tant que levier de pression contre Rabat. Une fois qu’il est devenu évident pour l’Espagne que le rapport coûts/bénéfices de cette forme de relation triangulaire avec le Maroc et l’Algérie n’était pas en sa faveur, elle l’a raisonnablement réadaptée.

Un partenaire imprévisible

Sur la colonne des pertes enregistrées, l’arrêt du gazoduc Maghreb-Europe passant par le Maroc, l’incapacité d’Alger à tenir ses promesses en matière de fourniture de gaz naturel à Madrid dans des volumes appropriés et à des prix préférentiels.

Outre les rapports tendus avec le Maroc qu’entraînait le laxisme espagnol envers les agissements des séparatistes polisariens qui trouvent refuge sur son territoire.

La scandaleuse affaire Brahim Ghali, alias « Benbatouch », l’un des pires tortionnaires des camps de Tindouf, poursuivi pour crimes contre l’humanité en Espagne même, en est la parfaite illustration.

Avec la réaction de Moscou aux propos irréfléchis de son ambassadeur à Alger à propos de l’affaire du Sahara, le faisant remplacer par son ex-ambassadeur à Rabat, il est devenu clair que même la Russie en a plus qu’assez des enfantillages des dirigeants algériens.

Le rêve brisé de l’Atlantique

Nul besoin de rappeler que l’Espagne et la Russie étaient des pièces maîtresses dans le jeu d’Alger au Maghreb, au Sahel et en Méditerranée occidentale.

Le retrait du soutien de Madrid et Moscou à la principale ambition géopolitique régionale de l’Algérie, à savoir son rêve d’atteindre les eaux de l’Atlantique pour briser son enclavement, est un coup dur pour cette dernière.

Considérant le triangle des relations Madrid-Rabat-Alger, dont Madrid-Alger serait l’hypoténuse, le carré de celui-ci est égal à la somme du carré de celles entre Rabat-Madrid et Rabat-Alger. Plus les relations entre Madrid et Alger, Rabat et Alger sont faibles, plus les relations entre Rabat et Madrid seront exponentiellement plus importantes.

Plus que jamais, Rabat apparaît comme l’unique portail d’entrée à la rive Sud de la Méditerranée occidentale. On s’imagine le chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, arborer un large sourire à la lecture de la récente (stupide, une de plus) décision algérienne.

A ce compte là, il peut se croiser les bras et laisser les dirigeants algériens faire le travail pour lui.

« Il n’y a de stupide que la stupidité », disait la maman de Forest Gump, dans la fiction cinématographique américaine ainsi intitulée. Elle devait sûrement bien connaître les dirigeants du pays voisin.





Ahmed Naji
Journaliste par passion, donner du relief à l'information est mon chemin de croix. En savoir plus sur cet auteur
Mercredi 8 Juin 2022

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