La guerre a brutalement rappelé une vérité que les marchés avaient parfois oubliée : les céréales ne sont pas seulement une marchandise, elles sont un instrument de souveraineté, de stabilité sociale et de diplomatie. C’est dans ce contexte que la visite au Maroc de Taras Vysotsky, vice-ministre ukrainien de l’Économie, prend une signification qui dépasse largement le commerce bilatéral classique. Derrière les chiffres des échanges, il y a une idée plus ambitieuse : faire du Maroc une plateforme ukrainienne vers l’Afrique.
Avant la guerre, les échanges entre Rabat et Kiev atteignaient environ 650 millions de dollars. Ils seraient tombés autour de 250 millions, selon les propos rapportés dans l’interview. La chute est sévère, mais elle n’a pas effacé la complémentarité entre les deux pays : l’Ukraine exporte céréales, blé, produits agricoles et agro-industriels ; le Maroc fournit notamment engrais, produits phosphatés, tomates, fruits et légumes.
Mais le vrai sujet n’est plus seulement bilatéral. Kiev regarde le Maroc comme une porte d’entrée vers l’Afrique. Et ce n’est pas un hasard. Tanger Med, Casablanca, les zones industrielles, les corridors logistiques et la proximité avec les marchés africains donnent au Royaume un avantage que peu de pays de la région peuvent offrir. Pour l’Ukraine, dont les routes commerciales ont été fragilisées par la guerre en mer Noire, disposer d’un relais stable au sud de la Méditerranée devient une option stratégique.
Le projet d’une plateforme céréalière ukrainienne au Maroc, évoqué depuis plusieurs années, prend donc une nouvelle actualité. L’idée serait simple : utiliser les infrastructures portuaires marocaines pour approvisionner à la fois le marché local et certains marchés africains. Dans un continent régulièrement exposé aux tensions alimentaires, aux prix volatils et aux ruptures logistiques, le Maroc pourrait jouer un rôle de hub de sécurité alimentaire.
Mais l’affaire ne s’arrête pas au blé. Le partenariat Maroc–Ukraine pourrait aussi s’inscrire dans l’après-guerre. Quand la reconstruction ukrainienne s’ouvrira réellement, elle nécessitera matériaux, logistique, financements, ingénierie, agriculture, énergie et industrie. Le Maroc, de son côté, peut y voir une opportunité de projection économique vers l’Europe de l’Est, mais aussi un levier pour renforcer sa diplomatie économique.
Plus sensible encore : la défense. L’Ukraine a acquis, dans le feu du conflit, une expérience considérable dans les drones, les systèmes de surveillance, la guerre électronique et les technologies militaires défensives. Or le Maroc développe lui aussi une industrie de défense locale. Une coopération dans ce domaine ne se fera évidemment pas sur la place publique ni par déclarations spectaculaires. Mais elle constitue une piste sérieuse, surtout si elle porte sur la formation, les composants, les drones défensifs ou les transferts industriels encadrés.
Reste l’agriculture, terrain naturel de rapprochement. L’Ukraine dispose d’une puissance céréalière. Le Maroc possède une expertise phosphatière mondiale, une agriculture exportatrice et une ambition africaine assumée. Ensemble, les deux pays peuvent bâtir une logique d’échange plus intelligente : céréales contre engrais, logistique contre accès aux marchés, expertise contre investissement.
La prudence s’impose toutefois. Transformer le Maroc en plateforme ukrainienne vers l’Afrique suppose des accords clairs, des opérateurs privés engagés, des tarifs compétitifs, une sécurité juridique et une lecture géopolitique fine. Le Royaume ne peut pas devenir un simple entrepôt. Il doit y gagner en valeur ajoutée, en emploi, en logistique, en influence et en souveraineté alimentaire.
C’est là que se joue l’intérêt de ce partenariat. Si l’on se contente de vendre et d’acheter, il restera ordinaire. Si l’on construit autour de Tanger Med, des ports marocains, des engrais, des céréales, de la reconstruction et de l’industrie, il peut devenir stratégique.
Après les céréales, l’Ukraine ne cherche donc pas seulement un client marocain. Elle cherche un partenaire d’accès, un relais africain, peut-être même un allié logistique durable. Et pour le Maroc, la question est simple : veut-il seulement accueillir ce flux, ou en faire un nouvel étage de sa diplomatie économique africaine ?
Avant la guerre, les échanges entre Rabat et Kiev atteignaient environ 650 millions de dollars. Ils seraient tombés autour de 250 millions, selon les propos rapportés dans l’interview. La chute est sévère, mais elle n’a pas effacé la complémentarité entre les deux pays : l’Ukraine exporte céréales, blé, produits agricoles et agro-industriels ; le Maroc fournit notamment engrais, produits phosphatés, tomates, fruits et légumes.
Mais le vrai sujet n’est plus seulement bilatéral. Kiev regarde le Maroc comme une porte d’entrée vers l’Afrique. Et ce n’est pas un hasard. Tanger Med, Casablanca, les zones industrielles, les corridors logistiques et la proximité avec les marchés africains donnent au Royaume un avantage que peu de pays de la région peuvent offrir. Pour l’Ukraine, dont les routes commerciales ont été fragilisées par la guerre en mer Noire, disposer d’un relais stable au sud de la Méditerranée devient une option stratégique.
Le projet d’une plateforme céréalière ukrainienne au Maroc, évoqué depuis plusieurs années, prend donc une nouvelle actualité. L’idée serait simple : utiliser les infrastructures portuaires marocaines pour approvisionner à la fois le marché local et certains marchés africains. Dans un continent régulièrement exposé aux tensions alimentaires, aux prix volatils et aux ruptures logistiques, le Maroc pourrait jouer un rôle de hub de sécurité alimentaire.
Mais l’affaire ne s’arrête pas au blé. Le partenariat Maroc–Ukraine pourrait aussi s’inscrire dans l’après-guerre. Quand la reconstruction ukrainienne s’ouvrira réellement, elle nécessitera matériaux, logistique, financements, ingénierie, agriculture, énergie et industrie. Le Maroc, de son côté, peut y voir une opportunité de projection économique vers l’Europe de l’Est, mais aussi un levier pour renforcer sa diplomatie économique.
Plus sensible encore : la défense. L’Ukraine a acquis, dans le feu du conflit, une expérience considérable dans les drones, les systèmes de surveillance, la guerre électronique et les technologies militaires défensives. Or le Maroc développe lui aussi une industrie de défense locale. Une coopération dans ce domaine ne se fera évidemment pas sur la place publique ni par déclarations spectaculaires. Mais elle constitue une piste sérieuse, surtout si elle porte sur la formation, les composants, les drones défensifs ou les transferts industriels encadrés.
Reste l’agriculture, terrain naturel de rapprochement. L’Ukraine dispose d’une puissance céréalière. Le Maroc possède une expertise phosphatière mondiale, une agriculture exportatrice et une ambition africaine assumée. Ensemble, les deux pays peuvent bâtir une logique d’échange plus intelligente : céréales contre engrais, logistique contre accès aux marchés, expertise contre investissement.
La prudence s’impose toutefois. Transformer le Maroc en plateforme ukrainienne vers l’Afrique suppose des accords clairs, des opérateurs privés engagés, des tarifs compétitifs, une sécurité juridique et une lecture géopolitique fine. Le Royaume ne peut pas devenir un simple entrepôt. Il doit y gagner en valeur ajoutée, en emploi, en logistique, en influence et en souveraineté alimentaire.
C’est là que se joue l’intérêt de ce partenariat. Si l’on se contente de vendre et d’acheter, il restera ordinaire. Si l’on construit autour de Tanger Med, des ports marocains, des engrais, des céréales, de la reconstruction et de l’industrie, il peut devenir stratégique.
Après les céréales, l’Ukraine ne cherche donc pas seulement un client marocain. Elle cherche un partenaire d’accès, un relais africain, peut-être même un allié logistique durable. Et pour le Maroc, la question est simple : veut-il seulement accueillir ce flux, ou en faire un nouvel étage de sa diplomatie économique africaine ?












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