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Au bord du gouffre, le régime algérien fait un grand pas en avant


En quête de légitimité, le régime algérien comptait beaucoup sur les élections législatives pour désamorcer le Hirak. Il n’a récolté, en fin de compte, que l’étalage, sur la scène internationale, de la rupture entre l’élite dirigeante et la population.



Elections législatives en Algérie : bureau de vote désert et urne presque vide
Elections législatives en Algérie : bureau de vote désert et urne presque vide
30,2% est le taux de participation aux élections législatives qui se sont déroulées, le 12 juin, en Algérie.

Aussitôt après, les médias aux ordres des caporaux d’Alger ont reproché au président Tebboune de ne pas avoir reporté lesdites élections à une date ultérieure.

Il est à rappeler que le président Tebboune a dissous le parlement, un an avant l’achèvement de son mandat et un an après le déclenchement du Hirak, que le régime algérien n’est pas parvenu à étouffer depuis lors, malgré une violente répression des manifestants.

Connaissant l’entêtement des caporaux d’Alger, tout ceci n’est pas de bon augure pour le pays voisin de l’est de l’Oued Isly.

La légitimité que plus des deux tiers des électeurs algériens leur ont refusée, ils risquent de la chercher en suscitant une instabilité sécuritaire qui justifierait leur maintien au pouvoir.

Incontournable Hirak

C’est donc le mot d’ordre du Hirak, appelant à l’abstention, qui a été appliqué par près de 70% des électeurs algériens.

Ses militants se sont, toutefois, bien gardé de descendre dans la rue, de crainte de se faire bastonner et arrêter par les sbires d’un régime algérien craignant pour sa survie.

Une cartographie des communes les plus rebelles laisse entrevoir la vieille opposition kabyle au pouvoir centrale, les communes de Tizi-Ouzou et Bejaïa affichant des taux de participation ridiculement insignifiants, 0,45% et 0,79%.

Dans la capitale même, les chiffres sont des plus bas, moins de 6%. Pour la majorité des Algériens, les tenants du pouvoir à Alger sont des usurpateurs qui vampirisent le pays voisin depuis plus d’un demi-siècle.

Les militants du Hirak sont catégoriques : chasser les militaires du pouvoir est un préalable à toute solution politique.

Les deux parties s’inscrivent, dès lors, dans une logique de confrontation, dans laquelle il n’y peut y avoir qu’un seul gagnant.


Crise multiforme

L’image que renvoie la situation socioéconomique en Algérie n’est pas sans rappeler les derniers moments d’existence de l’URSS, par ailleurs longtemps première référence idéologique et principal allié du régime algérien.

Le long des derniers mois, les réseaux sociaux ne désemplissaient pas de vidéos montrant de longues files d’attente pour l’achat de semoule, d’huile ou de lait, en déficit d’approvisionnement sur les marchés.

Même les liquidités font défaut dans un pays pourtant exportateur d’hydrocarbures, mais qui a atteint son pic de production, en 2007.

De 2 millions de barils par jour, la production a chuté à moins d’un millions, après 2018.

En 2020, le volume des exportations d’hydrocarbures à reculé de 11%. Normalement, c’est une situation prévue par les experts algériens depuis près d’une dizaine d’années.

Faute d’avoir investit dans la diversification de son économie, excessivement dépendante des recettes des exportations du gaz et du pétrole, dont les prix sont restés bas au cours de la dernière décennie, l’Algérie tâte son matelas de devises, qui s’amincit à vue d’œil.

Inéluctable causalité

Il n’y a plus que quelques 43 milliards de dollars dans les coffres de la banque centrale, contre 97,3 milliards, fin 2017. L’avenir s’annonce des plus sombres.

Les Algériens ont directement constaté, au cours des dernières, une dégringolade sans fin de leur niveau de vie, avec un Dinar qui ressemble de plus en plus à de la monnaie de singe, depuis l’adoption de la politique d’assouplissement quantitatif (planche à billets) par le gouvernement Ouyahya (2017-2019).

Le recours au financement ‘non-conventionnel’ est le seul moyen dont disposent les dirigeants algériens, qui traînent un déficit budgétaire de quelques 14.000 milliards de dinars (100 dinars = 6,6 dirhams au cours officiel).

Pour rappel, la Syrie a atteint son pic pétrolier en 1996. De 583.000 barils, sa production a chuté à 368.000 barils, en 2009. En 2000, les recettes pétrolières alimentaient le budget syrien à hauteur de 45%.

Dix plus tard, cette part a reculé à 25%. Cette même année 2010, le déficit budgétaire syrien avait atteint 17% des dépenses. Un an après s’est déclenchée la révolte syrienne.

Les yeux plus gros que le ventre

Aujourd’hui, le président Tebboune, largement perçu comme une simple marionnette des militaires, a réussi la prouesse de faire regretter à pas mal d’Algériens l’époque de Bouteflika !

Les militaires, pour leur part, savent pertinemment que seules leurs armes maintiennent les manifestants du Hirak loin du palais présidentiel d’Al Mouradia.

Avec la nouvelle ambition d’Alger d’étendre son influence stratégique et géopolitique au Nord Mali, espérant ainsi combler la réduction de la présence militaire française dans ce pays et ayant même modifié la constitution algérienne pour autoriser le déploiement des troupes à l’étranger, tous les ingrédients d’un désastre de grande ampleur sont réunis.

Jean de la Fontaine avait drôlement prédit le sort réservé à ce genre de comportement dans sa fable de « La grenouille qui voulait devenir aussi grosse que le bœuf ». Elle en creva.





Ahmed Naji
Journaliste par passion, donner du relief à l'information est mon chemin de croix. En savoir plus sur cet auteur
Dimanche 13 Juin 2021

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