Imaginez une forêt où chaque arbre deviendrait lui-même le terrain sur lequel poussent plusieurs autres arbres.
L’image paraît presque artificielle. Elle existe pourtant depuis plus de quatre siècles dans les montagnes du nord de Kyoto, au Japon.
La technique porte le nom de daisugi, littéralement une forme de culture du cèdre japonais de Kitayama. Elle consiste à tailler très précisément l’arbre-mère afin de provoquer la croissance verticale de plusieurs nouveaux troncs sur une plateforme de branches située à environ un mètre du sol.
Le résultat est spectaculaire : un tronc massif reste enraciné tandis qu’au-dessus de lui se dressent plusieurs tiges longues, fines et presque parfaitement rectilignes. La ville de Kyoto décrit ainsi des spécimens de Kitayama odaisugi vieux d’environ 400 ans, toujours capables de produire de nouvelles pousses.
L’image paraît presque artificielle. Elle existe pourtant depuis plus de quatre siècles dans les montagnes du nord de Kyoto, au Japon.
La technique porte le nom de daisugi, littéralement une forme de culture du cèdre japonais de Kitayama. Elle consiste à tailler très précisément l’arbre-mère afin de provoquer la croissance verticale de plusieurs nouveaux troncs sur une plateforme de branches située à environ un mètre du sol.
Le résultat est spectaculaire : un tronc massif reste enraciné tandis qu’au-dessus de lui se dressent plusieurs tiges longues, fines et presque parfaitement rectilignes. La ville de Kyoto décrit ainsi des spécimens de Kitayama odaisugi vieux d’environ 400 ans, toujours capables de produire de nouvelles pousses.
Récolter le bois sans supprimer l’arbre
L’intérêt historique du système est simple : obtenir beaucoup de bois de grande qualité sur une surface forestière réduite.
Une fois arrivés à maturité, certains troncs secondaires sont coupés et utilisés. L'arbre-mère, lui, reste en place. Les branches conservées peuvent alors faire apparaître de nouvelles pousses, permettant de recommencer le cycle.
Autrement dit : on récolte une partie de l'arbre sans nécessairement repartir de zéro par une nouvelle plantation.
Le principe ressemble au recépage pratiqué sur certaines essences feuillues. Mais Kyoto souligne que cette forme de production est beaucoup plus délicate avec des conifères comme le cèdre japonais.
C'est probablement ce qui explique l'étrangeté visuelle de ces arbres : ils ressemblent davantage à de gigantesques chandeliers végétaux qu'à des cèdres classiques.
Une fois arrivés à maturité, certains troncs secondaires sont coupés et utilisés. L'arbre-mère, lui, reste en place. Les branches conservées peuvent alors faire apparaître de nouvelles pousses, permettant de recommencer le cycle.
Autrement dit : on récolte une partie de l'arbre sans nécessairement repartir de zéro par une nouvelle plantation.
Le principe ressemble au recépage pratiqué sur certaines essences feuillues. Mais Kyoto souligne que cette forme de production est beaucoup plus délicate avec des conifères comme le cèdre japonais.
C'est probablement ce qui explique l'étrangeté visuelle de ces arbres : ils ressemblent davantage à de gigantesques chandeliers végétaux qu'à des cèdres classiques.
Une réponse ancienne à une contrainte très moderne
Il serait toutefois trompeur de présenter le daisugi comme une technologie écologique inventée pour lutter contre le changement climatique.
Son origine est d'abord économique et architecturale.
Les régions forestières japonaises ont développé, dès le XVIe siècle, des méthodes de sylviculture intensives pour répondre à la demande croissante en bois des villes. Le cèdre était particulièrement apprécié parce qu'il pousse relativement vite et fournit un bois droit, facile à travailler.
À Kyoto, le fameux cèdre de Kitayama devint notamment recherché pour ses troncs polis utilisés dans les maisons de thé, les piliers et l'architecture traditionnelle. Leur production demande encore aujourd'hui des décennies de soins et d'élagage.
Le daisugi poussait simplement cette logique plus loin : transformer chaque souche en véritable unité de production verticale.
Son origine est d'abord économique et architecturale.
Les régions forestières japonaises ont développé, dès le XVIe siècle, des méthodes de sylviculture intensives pour répondre à la demande croissante en bois des villes. Le cèdre était particulièrement apprécié parce qu'il pousse relativement vite et fournit un bois droit, facile à travailler.
À Kyoto, le fameux cèdre de Kitayama devint notamment recherché pour ses troncs polis utilisés dans les maisons de thé, les piliers et l'architecture traditionnelle. Leur production demande encore aujourd'hui des décennies de soins et d'élagage.
Le daisugi poussait simplement cette logique plus loin : transformer chaque souche en véritable unité de production verticale.
Une forêt à deux étages
C'est ici que cette vieille technique japonaise devient fascinante pour notre époque.
La sylviculture moderne raisonne généralement à l'horizontale : une parcelle, un certain nombre d'arbres, une densité de plantation et, éventuellement, une coupe suivie d'un renouvellement.
Le daisugi introduit une autre logique : la verticalité productive.
Le sol supporte l'arbre-mère. L'arbre-mère supporte plusieurs troncs exploitables.
En caricaturant légèrement, c'est une forêt qui construit son propre deuxième étage.
Dans un monde confronté simultanément à la pression foncière, au besoin de matériaux renouvelables, à la restauration des forêts et au stockage du carbone, cette architecture végétale mérite au minimum d'être observée.
Mais elle ne constitue pas pour autant une recette universelle. Elle exige des essences adaptées, une taille extrêmement spécialisée, des décennies de patience et une organisation forestière très différente de la sylviculture industrielle.
La sylviculture moderne raisonne généralement à l'horizontale : une parcelle, un certain nombre d'arbres, une densité de plantation et, éventuellement, une coupe suivie d'un renouvellement.
Le daisugi introduit une autre logique : la verticalité productive.
Le sol supporte l'arbre-mère. L'arbre-mère supporte plusieurs troncs exploitables.
En caricaturant légèrement, c'est une forêt qui construit son propre deuxième étage.
Dans un monde confronté simultanément à la pression foncière, au besoin de matériaux renouvelables, à la restauration des forêts et au stockage du carbone, cette architecture végétale mérite au minimum d'être observée.
Mais elle ne constitue pas pour autant une recette universelle. Elle exige des essences adaptées, une taille extrêmement spécialisée, des décennies de patience et une organisation forestière très différente de la sylviculture industrielle.
Et si l'innovation forestière venait parfois du passé ?
Le véritable enseignement du daisugi est peut-être ailleurs.
Nous cherchons aujourd'hui à « augmenter » les objets, les villes, les usines et même l'intelligence humaine avec la technologie.
Les forestiers japonais avaient, plusieurs siècles auparavant, imaginé une forme d'arbre augmenté.
Pas avec des capteurs ou des algorithmes.
Avec du temps, des ciseaux d'élagage et une connaissance extrêmement fine du vivant.
Le daisugi ne nous dit donc pas nécessairement à quoi ressembleront les forêts de demain.
Il pose une question plus intéressante : et si la prochaine révolution forestière consistait moins à couper davantage d'arbres qu'à apprendre à produire davantage avec chaque arbre ?
Nous cherchons aujourd'hui à « augmenter » les objets, les villes, les usines et même l'intelligence humaine avec la technologie.
Les forestiers japonais avaient, plusieurs siècles auparavant, imaginé une forme d'arbre augmenté.
Pas avec des capteurs ou des algorithmes.
Avec du temps, des ciseaux d'élagage et une connaissance extrêmement fine du vivant.
Le daisugi ne nous dit donc pas nécessairement à quoi ressembleront les forêts de demain.
Il pose une question plus intéressante : et si la prochaine révolution forestière consistait moins à couper davantage d'arbres qu'à apprendre à produire davantage avec chaque arbre ?












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