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Déperdition scolaire et illettrisme : Une réalité amère


Nos gouvernements ont décroché de l’enseignement pérenne depuis belle lurette

« Illettrisme, déperdition scolaire, incapacité de lire un texte correctement » ont été relevé dans le rapport de la Banque Mondiale de 2019. 66% des enfants marocains de 10 ans sont incapable de lire un texte simple.



C’est une réalité amère et dure à avaler, mais qui ne date pas d’aujourd’hui.

Professeurs universitaires, enseignants du collège et lycée avaient déjà déclenché la sonnette d’alarme sur le sujet depuis plusieurs années et ont beau répéter que de nombreux élèves n’arrivent pas à placer une phrase correcte, mais sans retour des parties concernées.

Et que certains étudiants du supérieur recalent, surtout en économie, sociologie ou autres branches de littérature, parce qu’ils écrivent et s’expriment tellement mal, avec des non-sens et incompréhension du contenu, et font aussi pleins de fautes.

Cette confusion se répercute sur (la correction de) leur copie d’examen. Ce qui est normal quand on voit que le Ministère de l’Education nationale fait passer un élève en CE6 (certificat des études primaires) au collège à 8,5/20 dans certaines écoles publiques. On ne regarde que la moyenne de la classe.

On dit que le banc d’une classe préserve de bien des aléas, oui…, mais on veut une tête bien faite et non une tête bien pleine. On ne leur inculque pas un apprentissage méthodique et selon les règles d’usage. On leur apprend à tout retenir même les fautes commises par les enseignants. On trouve des élèves en train d’apprendre même les exercices de mathématiques.

Messages-Audio de cours donnés aux élèves, devenus célèbres en période de confinement

La lecture est un apprentissage de base à inculquer dès la maternelle, d’abord à travers le sens de l’écoute.
En lisant aux enfants des livres, leurs oreilles deviennent plus enclines aux mots bien dits. C’est comme pour apprendre aux bébés : quand on leur dit « nini », « titi » ou « mimi » et qu’on garde ces termes communicatifs jusqu’à plus de 4 ans, c’est tout ce qu’un bébé garde à l’esprit. Tandis que quand on parle de manger, dormir ou s’asseoir, on leur apprend les termes exacts, on leur apprend à grandir avec les mots.

Elle est là la différence entre apprentissage et apprentissage.

Cette réalité a été mise à nu en période de confinement, via certains enregistrements audio d’enseignants (on ne parle pas de tous) du primaire en train de parler aux élèves et de donner des cours. A les entendre, on s’aperçoit vite de la gravité de cet apprentissage. Ce sont des enseignants du primaire en dessous du niveau pré-requis qui ont besoin eux-mêmes de leçons et d’enseignement. Et dire que, normalement, ils ont la licence et ont fait une formation en pédagogie.

Tout le monde s’en est rendu compte, via les réseaux sociaux et what’up : comment ils formulent les mots, comment ils leur parlent…C’est cette évidence qui a poussé aussi les parents à opter pour le présentiel plutôt que pour le distanciel. Et d’autres qui ont trouvé qu’une école privée n’a aucun apport pour leurs enfants.

Vivement un retour vers les examens oraux. Cette méthode fait travailler d’autres sens, essentiels pour une bonne maitrise des mots.

La déperdition scolaire, c’est tout un tournant décisif à franchir

En 2019, le Conseil Supérieur de l’Education, de la Formation et de la Recherche Scientifique avait aussi attiré l’attention sur l’abandon scolaire. Son enquête nationale avait relevé que 23,9% des élèves ruraux ont quitté l’école avant d’avoir le certificat du primaire contre 13,1% dans le milieu urbain. Un phénomène plus accentué pour les filles.

La déperdition scolaire n’est pas uniquement question de pauvreté ou de délinquance. Le décrochage scolaire est dû aussi à cette incapacité de lire, à un mauvais enseignement et apprentissage qui font défaut chez certains enseignants. S’y ajoute aussi l’analphabétisme des parents.

Même la société civile n’a cessé de dire que les enfants de la rue ne sont pas que des victimes de la pauvreté, de la dissolution familiale mais aussi d’un non confort à l’école, d’un apprentissage médiocre, de l’échec scolaire et du redoublement au niveau de certaines écoles publiques.

La façon même d’inculquer ou de donner un cours est la base de tout apprentissage. Certains maitres ne sont pas assez patients avec certains élèves. On ne travaille qu’avec les élèves performants (les élites), délaissant les autres à quotient intellectuel réduit.

Déjà en 2015, la déperdition scolaire était évaluée à 8,8%, soit 508.300 élèves qui ont quitté les bancs de l’école. Un nombre qui est arrivé à 432.000 élèves en 2018.
La déperdition scolaire ne date pas d’aujourd’hui, il fallait prendre le mal dès son apparition, lutter et faire le suivi : c’est le rôle de l’Etat.

Où en est –on de la réforme du système éducatif ?

Qu’ont fait les précédents gouvernements ?

On nous rabat les oreilles depuis de très longues années pour ce qui est de la réforme du système éducatif. Qu’en est-il ? Chaque mandat gouvernemental commence par des bribes d’idées et arrive à sa fin avec moins de 10% concrétisées.

Pourquoi les précédents gouvernements ni celui là, d’ailleurs, n’ont pas tenu compte des recommandations des ONGs qui avaient estimé que la vague des enfants de la rue, de la drogue est une question de système scolaire défaillant.

Depuis le début de l’année scolaire, et avec la Covid, le champ politique ne parle plus autant de la réforme du système éducatif. On ne pense plus qu’au présentiel et distanciel, aux cas Covid 19, à la CNSS, au système de santé défaillant... En pareils moments, la priorité est aux ressources humaines et aux bouches à nourrir. D’ailleurs, avec une scolarisation à 3 jours (pou la plupart), ce secteur promet monts et merveilles en lacunes éducatives et en déclarations et manifestations laconiques de la part du Ministère de tutelle.

Où en est-on de la vision 2015-2030 du Ministère de l’Education national ?

Des faits sociaux et beaucoup d’amertume

L’illettrisme et l’abandon scolaire seront revus à la hausse. Les prochains rapports le prouveront, surtout avec cette crise sanitaire qui va s’éterniser pour un bon bout de temps.
Tout un ensemble de facteurs influent sur cet élève, en plus de la pauvreté : ses enseignants, ses aptitudes, le milieu des parents, la distance et la sécurité entre l’école et le foyer, le quartier, les amis, le voisinage …L'école est un endroit où il devrait s’épanouir.

Aussi, si les parents n’ont pas de quoi nourrir leurs enfants, il est probable que ces derniers sortent travailler pour aider, c’est humain.






Journaliste professionnelle. 30 ans d'expérience à L'Opinion. Actuellement journaliste à Radio Web... En savoir plus sur cet auteur
Vendredi 11 Décembre 2020

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